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Chapitre 14
Topographie cornéenne

D. Touboul

Définition
La topographie cornéenne est la science de la représentation et de l'analyse du relief tridimensionnel des surfaces cornéennes. Combinée avec la tomographie cornéenne, elle permet également la description des variations d'épaisseur de la cornée, analysées en cartes ou en coupes. La biométrie cornéenne est ainsi devenue naturellement accessible, et d'une utilité indissociable et complémentaire de l'examen biomicroscopique de la cornée.
Indications
Le développement de la topographie cornéenne est d'une utilité croissante en ophtalmologie. Le dioptre cornéen est en effet le haut lieu de la réfraction oculaire et, responsable d'environ deux tiers de la vergence oculaire, sa caractérisation précise intervient dans une grande partie des activités médico-chirurgicales des ophtalmologistes de notre époque. Le raffinement de la prescription des lentilles de contact, de la réfraction subjective, l'optimisation des procédures de chirurgie réfractive ou de la cataracte ont propulsé l'analyse systématisée de la forme cornéenne au-devant de la scène des outils indispensables dans la routine des consultations dites du « segment antérieur».
La dimension tomographique associée à celle de la topographie a ouvert un tout nouveau champ de l'analyse et de la compréhension des pathologies cornéennes, permettant la dissociation des différentes couches histologiques, illustrant les atteintes structurelles et fonctionnelles, guidant les décisions ou les actes thérapeutiques jusque dans les microscopes opératoires des chirurgiens. Les topographes sont aussi des pupillomètres et ils permettent à ce titre de situer la pupille par rapport à la cornée, ce qui est très important pour l'analyse fonctionnelle de la qualité de la vision.
Technologies disponibles pour la topographie cornéenne
Il existe plusieurs générations de topographes cornéens témoignant du cheminement vers l'avènement des topographes les plus modernes. Celles-ci se sont chronologiquement succédé, complétées, puis concurrencées depuis la deuxième moitié du XIX e siècle. Nous rappellerons ici brièvement les caractéristiques techniques de ces outils ainsi que leurs avantages et limitations (fig. 14-1
Fig. 14-1
Évolution des technologies de topographes cornéens.
Source : D. Touboul.
).
Topographie par analyse de la réflexion spéculaire
Dans la continuité de l'astucieux kératomètre décrit en 1851 par l'Allemand Hermann Von Helmholtz et perfectionné par le Français Louis Émile Javal, Antonio Plácido Da Costa, ophtalmologiste portugais (1849–1916), a eu l'ingéniosité en 1880 de proposer le photokératoscope. Le kératoscope aurait été inventé indépendamment en 1847 par Henry Goode, de l'Université de Cambridge [1]. Pour ces pionniers, il s'agissait de tirer parti de l'observation du « reflet cornéen», comme l'avaient suggéré successivement Christoph Scheiner en 1619, puis David Brewster en 1808.
Il est proposé par Placido d'analyser la réflexion de l'image d'un motif de cercles concentriques (alternance de bandes noires sur fond blanc) à travers le centre troué d'un disque portant ces derniers. Ce dispositif, initialement rudimentaire et portatif, permet ainsi la perception par l'œil de l'opérateur des réflexions de ces cercles sur le film lacrymal cornéen observé. Leur déformation, comparée à la taille et à la déformation des cercles projetés, dont les dimensions sont connues, permettait de définir les variations de courbures cornéennes sur une zone de 5 à 7 mm, c'est-à-dire bien au-delà de la simple zone d'analyse centrale étudiée par le plus rudimentaire kératomètre. Le dispositif a ensuite été perfectionné en intégrant un point de fixation lumineux, un cône d'illumination, un appareil photographique, puis un système de caméra pour l'observation (vidéokératoscopie).
La traduction de la déformation des mires de Placido sur le dôme cornéen est ainsi à l'origine de la représentation topographique instantanée de la face avant de la cornée. La conversion entre la déformation des mires observées et la courbure cornéenne se fait en corrélation de l'espacement entre les différents anneaux concentriques. Plus les anneaux sont rapprochés, plus la cambrure, ou courbure, ou kératométrie, est augmentée. L'unité de mesure de cette courbure s'exprime en millimètre, correspondant au rayon d'un cercle osculateur tangent au point de courbure mesuré. Plus le rayon est petit, plus la courbure est grande. Cette courbure peut être exprimée en vergence dioptrique par introduction de la valeur d'un indice réfractif théorique affectant les milieux optiques traversés selon la formule suivante : Puissance dioptrique (D) = (indice milieu 1-indice milieu 2)/rayon r (m), ce qui se simplifie P (D) = 0,337/r (m) ou P(D) = 337/r (mm), pour l'interface air/film lacrymal. L'expression de la courbure en millimètres ne souffre pas des approximations de l'indice réfractif et est le plus souvent utilisée en contactologie [2].
Le traitement numérique et informatisé de l'information obtenue en deux dimensions permet, grâce à un code colorimétrique, une représentation cartographique des courbures en de nombreux points de la surface cornéenne explorable (3000 à 5000 points). Certaines limitations existent avec la topographie spéculaire : des ombres liées aux projections de l'orbite, des cils, du nez vont limiter la surface utile de réflexion; la cambrure naturelle de la cornée limite l'obtention des mires très périphériques, limitant la zone exploitée à environ 7 mm autour du vertex, point cornéen localisé approximativement dans l'axe de fixation du patient. Les irrégularités du film lacrymal sont aussi un problème, grevant la répétabilité des mesures en cas d'altération de ce dernier. Enfin, le centre de la topographie est extrapolé, car il n'y a pas de mires réfléchies dans les 2 mm centraux à cause de la présence de la caméra d'acquisition. L'analyse des vergences cornéennes est limitée par la non-évaluation de la puissance dioptrique de la face postérieure de la cornée, les valeurs de vergences dioptriques de la face antérieure étant naturellement minorées par une extrapolation des valeurs antagonistes de vergences de la face postérieure. La courbure moyenne centrale de la cornée devrait ainsi être évaluée à 48 D et non pas 43 D, comme habituellement proposé. Cette convention pourrait à présent faire débat car, longuement utilisée, elle a tout de même été conservée pour figurer par défaut sur les topographes plus modernes, pourtant capables d'accéder à la kératométrie de la face postérieure.
Les avantages de la technologie spéculaire sont aujourd'hui réduits au caractère véritablement instantané de l'acquisition, restant de nature peu sensible aux mouvements oculaires, et à la visualisation dynamique du film lacrymal, très utile pour la prise en charge de l'œil sec. De ce fait, plusieurs topographes d'élévation combinent un dispositif spéculaire pour optimiser le centrage, ajuster les mesures de courbures centrales, et proposer d'analyser le film lacrymal [3]. Les glandes meibomiennes sont également analysées par la caméra, optimisée en filtre infrarouge, pour compléter la station d'aide au diagnostic des dysfonctions de l'œil sec (fig. 14-2
Fig. 14-2
a, b. Limitations de la topographie spéculaire.
On remarquera la réflexion des cils en haut et en bas des mires. La figure b montre aussi une zone de flou qui correspond à l'instabilité du film lacrymal. Le cône d'illumination est particulièrement petit dans cet exemple (assez peu d'anneaux, analyse centrale 5–6 mm), il est positionné relativement proche de l'œil.
Source : CHU de Bordeaux.
) [4].
Topographie par analyse de la réflectivité de fentes lumineuses
L'apparition du concept de topographie d'élévation, rendu possible avec l'arrivée des premiers topographes à balayage par fente lumineuse, marque un tournant majeur dans le domaine de l'analyse topographique de la cornée. Le dispositif précurseur fut l'Orbscan® (Bausch and Lomb, États-Unis), mis sur le marché à la fin des années 1990, muni de deux fentes lumineuses se croisant à la surface cornéenne, puis dont les réflexions aux interfaces sont analysées par une caméra infrarouge pour reconstituer, par triangulation, le profil cornéen en trois puis deux dimensions (somme de 40 images intégrées) [5]. Le dispositif est couplé à un projecteur de mires spéculaires. À l'instar d'une lampe à fente, la machine projette des fentes verticales sur l'ensemble de la cornée de manière séquentielle et un filtre numérique permet d'identifier les contours de la cornée par rapport aux réflexions issues de l'iris ou du cristallin sous-jacents. Environ 260 points sont analysés sur chaque fente et, au total, près de 10000 points couvrent l'analyse de la surface cornéenne (soit environ 250 μm entre chaque point). L'élévation, c'est-à-dire les coordonnées spatiales en x, y et z, sont dérivées de la triangulation des distances entre la caméra, les projecteurs et la surface observée.
L'évolution des caméras a rapidement permis d'intégrer le mode d'acquisition d'image dit « Scheimpflug », favorisant l'obtention naturelle de l'alignement du plan d'observation à l'intersection des plans de l'imagerie et de l'objectif. Cela permet ainsi l'observation d'un large plan de netteté, malgré les variations de profondeur et de courbures des surfaces explorées. Le concept optique Scheimpflug est fondamental pour obtenir une véritable coordination des points mesurés sur la cornée [6]. Le dispositif permet ainsi de visualiser le profil du tissu cornéen sans interruption du centre à une assez large périphérie, dépassant les 8 ou 9 mm. La conversion des données obtenues en carte topographique se fait ensuite par confrontation d'un volume cornéen mesuré avec un volume de référence. Il s'agit le plus souvent d'une sphère positionnée au point de meilleure congruence des surfaces entre elles; en anglais, c'est le mode « float» de la « best fit sphere» .
Néanmoins, il est possible de définir autrement le mode d'affrontement des surfaces (pointé, centré) et de changer la forme de la surface de référence (torique et/ou asphérique par exemple) pour l'analyse des faces antérieure et postérieure de la cornée. La confrontation du décalage entre la position de ces deux surfaces permet l'élaboration d'une cartographie d'épaisseur, dite pachymétrique.
L'avantage de la technologique est majeur par rapport au système de Placido, car celle-ci ouvre vraiment l'accès à une analyse tridimensionnelle plus juste au centre, mais surtout étendue en périphérie. L'obtention d'une carte pachymétrique permet l'étude du gradient d'amincissement naturel de la cornée entre le centre et la périphérie, et une analyse très précise de l'épaisseur cornéenne [7].
Des fonctions d'analyse de densité optique et le tracé de rayons ( ray tracing ) sont des options également intéressantes (voir chapitre 15 ) [8 , 9]. Le Pentacam® (Oculus, Allemagne), puis le Galilei® (Ziemer, Suisse) furent les précurseurs mis sur le marché dans les années 2000 [10]. Le premier dispose d'une caméra rotative, le deuxième d'un couple de caméras rotatives pour réaliser environ 50 images en 2 ou 3 secondes.
Le désavantage de la technologie est la latence de l'acquisition qui n'est pas instantanée, et varie entre 1 et 2 secondes selon les machines. Elle reste donc sensible aux mouvements. C'est la raison pour laquelle le disque de Placido ou la présence d'une deuxième caméra ont fait leur apparition dans certaines machines, respectivement pour améliorer l'alignement et pour diminuer le temps d'acquisition (un demi-déplacement par caméra). Enfin, le film lacrymal reste mesuré en assimilation à la surface cornéenne et peut altérer la qualité des mesures en cas de dysfonction. Les projections d'ombres portées à la surface restent problématiques pour certains patients, mais de manière moins marquée qu'avec le système spéculaire. L'extrême périphérie reste difficile à capturer en raison de l'angulation du champ d'observation des caméras. La pénétration tissulaire et donc l'analyse de la face postérieure sont également perturbables par la présence de milieux diffusants (fig. 14-3
Fig. 14-3
Topographie d'élévation par balayage de fente lumineuse.
a. Zone de réflexion obtenue par le système Orbscan® associant une mire de Placido et un balayage croisé horizontal par deux demi-fentes lumineuses. b. Image de densité optique obtenue avec le Pentacam® utilisant une caméra rotative Scheimpflug. Noter la surbrillance au niveau des angles iridocornéens. c. La surface est ensuite reconstituée théoriquement par le logiciel d'analyse des images.
Source : fig. a, Bausch+Lomb, fig. b, c, Oculus.
).
Topographie par analyse de la réflectivité par interférométrie optique
L'interférométrie optique est arrivée dans le champ de l'ophtalmologie pour l'analyse en coupes de la rétine. Le principe repose sur l'échographie optique de la cornée par le balayage d'un laser monochromatique dans l'infrarouge [11-12-13]. La réflectivité est mesurée point par point sur un axe traversant la cornée ( A-scan ), lui-même balayé très rapidement sur une ligne verticale ou horizontale ( B-scan ), permettant de reconstituer des profils et des volumes tridimensionnels. Le traitement des données est converti en cartes topo- et tomographiques de la même manière que pour les topographes par balayage de fentes lumineuses. La résolution en z est en revanche bien meilleure et permet des coupes optiques avec une résolution proche de 5 μm. La couche épithéliale est dissociable de la couche stromale; les détails de la structure en coupe sont disponibles avec meilleure résolution (cartographie épithéliale). Le temps d'acquisition et la pénétration tissulaire sont améliorés. Il faut environ 25 millisecondes pour réaliser plus de 125 coupes par certaines machines, ce qui diminue la sensibilité au mouvement. L'extrême périphérie est accessible au-delà de 10 mm. Le film lacrymal n'est pas mesuré directement, ce qui induit moins de fluctuations en cas de dysfonction de ce dernier. Le couplage avec un disque de Placido est parfois proposé pour améliorer le centrage; des traqueurs de la pupille sont parfois associés pour l'autocentrage des mesures. La décomposition des aberrations optiques à partir de l'analyse des surfaces par tracés de rayons est également possible.
D'autres modes d'analyses du segment antérieur sont disponibles, analysant la globalité de la chambre antérieure, l'angle iridocornéen et le cristallin dans sa partie accessible par l'ouverture pupillaire. Comme dans le champ d'application de l'imagerie rétinienne, la technologie OCT spectral domain (SD) est plus résolutive, mais l'OCT swept source (SS) a une meilleure pénétration tissulaire. Enfin, l'accès à la longueur axile (mesure séquentielle) dans les dernières générations d'OCT-topographes permet d'envisager, à moyen terme, l'implémentation d'outils de simulation des trajets optiques dans ces machines (fig. 14-4
Fig. 14-4
a. Acquisition d'images en OCT – topographe swept source Casia 2® (Tomey-japon) – par un balayage de 128 coupes radiaires centrées sur le vertex topographique réalisées en 25 ms pour reconstitutions topo- et tomographiques. b. Reconstruction 3D du volume de la chambre antérieure.
Source : D. Touboul.
).
Topographie par analyse des réflexions de Purkinje
De manière plus confidentielle, la technologie Cassini® (États-Unis), utilisant les réflexions 1 et 2 de Purkinje, permet d'obtenir une cartographie très fiable des deux faces cornéennes. Ainsi, une coupole constituée de 700 LED tricolores et infrarouges enregistre, point par point, les deux premières réflexions cornéennes de Purkinje pour ensuite reconstituer les deux surfaces par triangulation. L'épaisseur de la cornée n'est pas disponible. Le système a l'avantage de ne pas être sensible au mouvement, car il est quasi instantané; il réalise un compromis de résolution spatiale intermédiaire entre celle des topographes Scheimpflug et spéculaires [14].
Ce système est moins complexe que les autres topographes d'élévation, et permet la mesure de l'astigmatisme postérieur et total. C'est donc une très bonne alternative pour l'analyse de la cornée centrale. Il permet également l'analyse de la qualité du film lacrymal (fig. 14-5
Fig. 14-5
Technologie Cassini Ambient utilisant la réflectivité de LED en couleur et infrarouge pour caractériser les surfaces avant et arrière de la cornée.
Le principe du calcul du tracé de rayons permet la construction des surfaces.
Source : Cassini.
).
Topographie par analyse de l'émission de fluorescence
De manière expérimentale, il existe des systèmes de cartographie cornéenne antérieure utilisant les propriétés de la fluorescence. Ils permettent de matérialiser la surface oculaire par photographie de la projection d'un quadrillage lumineux excitant un chromophore, préalablement instillé dans le film lacrymal. La « raster-stéréographie», ou topographie d'émission, est ainsi théoriquement utilisable sans présenter les biais de mesures afférents à la réflexion de la lumière sur la cornée (ombres, lacunes, angulation de la périphérie). Les conditions de réalisation et le recours à un fluorochrome rendent cette approche trop complexe pour être diffusée en routine [15].
Sémiologie topographique
Les topographes délivrent une représentation graphique de la cornée sous forme de cartes bidimensionnelles selon des conventions de calculs et d'affichage qui ne rendent pas totalement compte de la réalité physique de la forme cornéenne. Selon l'utilisation de la carte choisie, la lecture sera différente et, selon la machine utilisée, les valeurs peuvent varier significativement. Habituellement, les nouvelles machines sont calibrées sur les standards des précédentes pour ne pas perturber les utilisateurs.
Il existe essentiellement trois modalités de représentations selon qu'il s'agit de cartes de courbures (kératométrique), d'élévations ou d'épaisseurs (pachymétrique). Chacune de ces cartes nécessite une connaissance sémiologique spécifique.
Représentations kératométriques
Les topographes sont tous capables de donner des informations kératométriques relativement superposables d'une machine à l'autre. La figure 14-6
Fig. 14-6
Résumé des modalités d'affichages des modes et échelles colorimétriques topographiques pour les cartes kératométriques.
Source : D. Touboul.
résume les données importantes.
Convention colorimétrique
Par convention, les zones les plus cambrées (ou courbes) sont représentées en couleurs chaudes alors que les couleurs froides sont réservés aux zones les plus plates. La couleur verte est le plus souvent attribuée à la valeur moyenne (43 D pour la cornée centrale). La courbure peut se décrire soit en rayon de courbure (rayon du cercle osculateur noté en millimètres, tangent au point mesuré), soit en vergence dioptrique, selon une formule de conversion intégrant l'indice réfractif moyen estimé du tissu cornéen. Ce dernier étant uniquement estimé, et non mesuré, il est théoriquement plus précis d'utiliser une représentation en rayon de courbure, comme souvent pratiqué en contactologie.
Modes
L'algorithme de calcul doit choisir une référence pour construire la surface observée. Il a généralement le choix entre soit étudier de proche en proche les variations localisées de courbure, soit toujours se rapporter à l'axe d'observation central. Il en résulte respectivement des représentations assez différentes. Le « mode tangentiel» est meilleur pour examiner des détails et mieux cerner les anomalies localisées; le « mode axial» donne une meilleure visualisation de la forme générale de la cornée et de ses corrélations avec la réfraction. Le « mode différentiel» permet la soustraction de deux mesures espacées dans le temps, ce qui est très utile pour la chirurgie cornéenne et pour le suivi de processus évolutifs. Le « mode réfractif» permet de donner la réfraction prédite, éventuellement cumulant ou dissociant la traversée à travers les deux faces de la cornée.
Échelles, pas et bornes
L'échelle peut être imposée par l'examinateur, modifiant les bornes (limites des échelles et valeur de la couleur centrale) et le pas (valeurs d'une couleur) de la carte choisie. Les unités sont choisies soit en dioptries (D) de vergence, soit en millimètres de rayon de courbure. L'échelle peut être « normalisée (ou relative)» avec un pas fixe et des bornes ajustées aux extrêmes mesurés; la valeur centrale (le vert) est variable, ce qui est utile pour magnification des zones d'irrégularités. L'échelle peut également être « standardisée» ou, à l'inverse, la valeur du pas et celle du vert sont variables, mais les bornes restent fixes. Cela permet d'éviter la saturation des couleurs, ce qui est utile pour analyser les cornées hors norme. Le plus souvent, le mode choisi est « absolu», avec bornes et pas fixes pour aider à la comparaison interindividuelle, proche ou non de la normalité. La valeur moyenne du vert est constante.
Représentations en élévations
Les topographes d'élévation sont capables de donner des informations kératométriques aussi précises et même plus complètes que celles obtenues en topographie spéculaire. Cependant, l'innovation porte surtout sur la capacité de regarder le parallélisme entre les surfaces, les gradients pachymétriques et les cartes d'épaisseurs de la cornée (discutées plus loin). La figure 14-7
Fig. 14-7
Résumé des modalités d'affichages des modes et échelles colorimétriques topographiques pour les cartes d'élévation.
Source : D. Touboul.
résume les données importantes.
Convention colorimétrique
La représentation est très différente de la précédente. Ce qui est regardé, c'est le rapport entre une surface de référence et la surface étudiée, colorée en vert. Les unités sont inscrites en micromètres (μm). Par convention, les zones de la surface mesurée qui passent en dessous de la surface de référence sont notées en couleurs froides (par référence au niveau de la mer). À l'inverse, les zones qui passent au-dessus de la surface de référence sont notées en couleurs chaudes (fig. 14-8
Fig. 14-8
Illustration du principe de représentation de la surface de référence et des conventions colorimétriques pour la topographie d'élévation.
Source : D. Touboul.
). Il est important de noter que c'est exactement l'inverse de la représentation colorimétrique kératométrique. Par exemple, l'examen d'un même astigmatisme en représentation kératométrique et en élévation donnera un aspect inversé des codes couleurs : l'axe le plus cambré de l'astigmatisme sera représenté en couleur chaude dans le premier cas et en couleur froide dans le second (fig. 14-9
Fig. 14-9
Illustration de l'inversion des couleurs pour la représentation de l'astigmatisme en cartes topographiques kératométrique (à droite) et d'élévation (à gauche).
Source : D. Touboul.
).
Surfaces de références et modes
Ce qui est important est de bien choisir sa surface de référence (forme) et son mode de présentation sous la surface à étudier (mode). Le plus courant est la « forme sphérique» qui met bien en évidence l'astigmatisme et l'asphéricité des surfaces. La « forme torique-asphérique» permet de mettre en évidence des déformations plus subtiles, témoignant d'asymétries. L'analyse est donc complémentaire entre les deux formes (fig. 14-10
Fig. 14-10
Exemple de différence d'affichage d'une carte d'élévation en fonction de la surface de référence.
La zone entourée en rouge illustre les différences. Pour une même cornée, la surface BFS (sphère) montre moins bien l'asymétrie haut-bas que la surface BFTA (surface torique et asphérique ou aconic mode).
Source : D. Touboul.
). Le mode correspond au positionnement de la surface de référence, le plus souvent choisi en mode flottant ( float ), ce qui indique que le logiciel détermine seul la position optimale. Le mode pointé impose la localisation sur l'axe d'examen; d'autres modes sont possibles sur certaines machines, mais il faut faire attention à ne pas changer trop souvent de mode car cela perturbe l'interprétation de l'observateur et ajoute de la complexité.
Échelles, pas et bornes
Les échelles sont représentées avec des bornes fixes ou ajustables. Les pas sont habituellement modulables entre 5 et 10 μm d'incrémentation.
Représentation en cartes tomographiques
Convention colorimétrique
Ces cartes sont de conception simple et mesurées en microns d'épaisseur. Par convention, le plus épais est en couleur froide et le plus fin en couleur chaude (fig. 14-11
Fig. 14-11
Cartes topographiques et tomographiques.
a. Représentation Quad map classique associant courbure antérieure, pachymétrie et élévations antérieure et postérieure. b. Cartes pachymétriques de la cornée, totales à droite et épithéliales à gauche (images OCT).
Source : D. Touboul.
).
Cartes et modes
Les cartes pachymétriques peuvent regarder la cornée en totalité, ou – uniquement avec la technologie OCT – simplement se focaliser sur l'épithélium et le stroma cornéen. La technologie OCT-SS est à ce titre moins résolutive que celle de l'OCT-SD. Certains topographes proposent des graphiques montrant l'amincissement cornéen sur un axe passant par le vertex et l'apex (point le plus cambré) de la cornée. Ce mode vise à déterminer la perte de volume cornéen de l'apex à la périphérie. Il donne aussi une idée de la régularité pachymétrique par rapport à la norme établie sur une population donnée. Le dépistage du kératocône débutant profite de ce mode de visualisation.
Échelles, pas et bornes
Les échelles sont généralement ajustées avec des bornes fixes et une valeur moyenne centrale fixe. Le pas est modulable en fonction de la carte observée. La carte épithéliale, disponible avec la technologie OCT, propose un pas très faible par rapport à la carte d'épaisseur totale, habituellement affichée entre 5 et 10 μm de pas.
Règles d'interprétation de la topographie cornéenne
De nombreux outils ont été développés et mis en place pour dépister, catégoriser et quantifier les cornées en dehors de la norme. Des algorithmes se développent à l'aide de l'intelligence artificielle pour assister le clinicien dans l'analyse de données topo- et tomographiques, toujours plus nombreuses. Cependant, in fine , c'est la responsabilité du clinicien de statuer sur la normalité d'une topographie cornéenne. Une stratégie d'analyse méthodique peut être instaurée pour ne pas se perdre dans cette tâche.
Nous proposons ici une méthodologie en sept étapes successives permettant de guider les utilisateurs dans l'objectif d'une analyse exhaustive.
1. Vérification de la validité d'acquisition des données
Il existe de nombreux perturbateurs de l'acquisition des données. La vérification de la cohérence des données sources est de la responsabilité de l'opérateur qui réalise et interprète l'examen. Les principaux points de contrôle sont les suivants (fig. 14-12
Fig. 14-12
Illustration des critères de validité de la topographie cornéenne : surface analysée, qualité de fixation, qualité du film lacrymal, tonus de la paupière.
Source : D. Touboul.
) :
  • il faut vérifier la date de l'examen, l'identité du patient et la latéralité de l'œil observé;
  • certaines machines proposent un protocole de calibration qu'il faut respecter;
  • le retrait des lentilles de contact est un préalable évident. Le délai de ce retrait est également à connaître, car l'empreinte biomécanique des lentilles souples et a fortiori rigides peut donner l'illusion d'une topographie soit faussement normale, soit faussement anormale;
  • le centrage de l'examen sur la cornée est d'intérêt majeur. Il doit se faire sur l'axe visuel du patient dans le topographe, c'est-à-dire en un point assimilable au vertex au plan cornéen. La position de ce centrage sur la cornée est particulièrement importante car, par exemple, l'observation de l'angle alpha (angle entre l'axe visuel et le centre géométrique cornéen) plus ou moins grand permet de relativiser la déformation topographique (asymétries et/ou irrégularités). Il est facilement observable sur les images montrant à la fois le périmètre limbique et le vertex topographique. Il est souvent assimilé à l'angle kappa (angle entre l'axe visuel et le centre de la pupille), plus facile à observer une fois la pupille resserrée. Cependant, la pupille n'est pas une référence absolue de centrage, car l'axe visuel ne passe pas toujours en son centre et parce que son centre est variable en fonction de la dilatation pupillaire. La qualité de fixation du patient doit être critiquée en cas de forte déviation (> 600 μm); certains patients avec nystagmus, strabisme, amblyopie ou présentant des scotomes centraux ont le plus souvent un centrage topographique excentrique et éventuellement variable, compliquant l'interprétation;
  • la qualité du film lacrymal peut modifier radicalement les puissances mesurées; l'observation du motif topographique, de l'image source des mires de réflexion spéculaires permet de relativiser les conclusions;
  • le tonus de la paupière supérieure est connu pour influencer la déformation cornéenne. Trop tendue, elle imprime une asymétrie haut-bas (bombement supérieur) et un astigmatisme direct. Cette tension peut varier entre deux examens et diminuer avec l'âge;
  • la surface de données effectivement mesurée est parfois en décalage avec celle qui est extrapolée et représentée sur les cartes topographiques. C'est surtout important pour les images spéculaires, dont la véritable surface mesurée est parfois assez restreinte. Les zones très centrales ou très périphériques sont en partie imaginaires;
  • la qualité de la segmentation des surfaces analysées est vérifiable pour les mesures d'élévations en fente fine ou en OCT, en regardant si le logiciel délimite bien les bonnes interfaces sur les données brutes de l'imagerie. Les machines donnent accès à la revue des coupes servant à la reconstitution des surfaces. Ce travail de révision est utile en cas de discordance entre la clinique et les cartographies. Des indices de fiabilité sont éventuellement fournis par la machine (rapport signal/bruit);
  • la transparence des milieux est un piège pour l'analyse tomographique. Une cornée opalescente induit un biais dans l'analyse de la face postérieure et de l'épaisseur cornéenne. Par exemple, la présence d'une fibrose cornéenne superficielle ( haze post-laser ou post- corneal collagen cross-linking ) entraîne une sous-estimation de l'épaisseur de la cornée avec les topographes d'élévation par balayage de fente. C'est moins le cas avec les topographes OCT.
2. Vérification des réglages pour l'affichage des cartes
Il est primordial de bien établir son protocole de réglages pour l'affichage des cartes topographiques. Il s'agit de vérifier la valeur de la couleur verte, l'amplitude des bornes, le pas et les modes choisis pour l'affichage, qu'il soit kératométrique, en élévation ou en carte pachymétrique. Le mode « 4 cartes» est le plus souvent retenu ( Quad map ), associant sur la même page de rapport une carte kératométrique, les deux cartes d'élévation antérieure et postérieure, et la carte pachymétrique.
3. Analyse de la forme cornéenne
La forme cornéenne doit être analysée en plusieurs composantes :
  • la cambrure moyenne de la cornée est mesurée majoritairement dans les 3 mm centraux;
  • la toricité est ensuite regardée comme témoin de l'astigmatisme d'origine cornéenne. L'axe et l'amplitude sont notés. Les mesures se font sur les méridiens les plus plats et les plus bombés, définissant un cylindre kératométrique entre les deux valeurs. La toricité peut être « symétrique» le long des hémiméridiens ou « asymétrique» si ces derniers sont angulés entre eux de plus de 21° (SRAX ou skewed radial axes des Anglo-Saxons). Elle peut être « irrégulière» si la puissance entre les hémiméridiens opposés est nettement différente, ou « régulière» dans le cas contraire. La classification morphologique de Rabinowitz fait référence pour catégoriser les motifs ( patterns ) de déformation de la cornée (voir chapitre 45.3 ) (fig. 14-13
    Fig. 14-13
    Illustration des 13 profils topographiques définis par Rabinowitz pour catégoriser les cornées irrégulières.
    Source : D. Touboul.
    );
  • l'analyse de l' asphéricité se fait sur un diamètre donné par quantification du coefficient d'asphéricité Q (habituellement entre 6 et 10 mm). Celui-ci est de valeur comprise entre –1 et +1, parfois noté ε pour facteur d'excentricité, valeur absolue de Q. Il définit ainsi si la cornée est sphérique (Q nul), prolate (Q négatif) ou oblate (Q positif). Il est mesuré essentiellement sur l'axe horizontal.
4. Revue des points caractéristiques
Certains points sont dits « caractéristiques» ou remarquables. Ils sont nombreux, mais seuls les plus importants sont à connaître. Sur les cartes kératométriques, il faut pouvoir identifier la valeur de la kératométrie maximale centrale (kmax), l'astigmatisme kératométrique (kcyl) et le point de cambrure maximal (k apex). Sur les cartes d'élévations, il faut regarder le ratio d'élévations entre les deux faces de la cornée et la position des points d'élévations maximales antérieures et postérieures. La perte de parallélisme des deux faces cornéennes est un critère important en faveur d'un processus d'ectasie. Plus de 10 μm d'élévation semblerait suspect (fig. 14-14
Fig. 14-14
Illustration de l'aspect d'un astigmatisme direct observé à la face antérieure et postérieure, et topographie d'élévation sous la forme d'une bande horizontale de couleurs chaudes.
Dans cet exemple, la face postérieure est suspecte de bombement excessif par rapport à la face antérieure, et le centrage de la bande est décalé vers le bas, ce qui évoque une cornée asymétrique.
Source : D. Touboul.
).
Le rapport BAD ( Belin/Ambrosio enhanced ectasia display ) du topographe Pentacam® est par exemple spécialisé pour la détection de perte de parallélisme des deux faces cornéennes (voir chapitre 45.3 ) [16] (fig. 14-15
Fig. 14-15
Rapport BAD (Belin Ambrosio display) du topographe Pentacam® (Oculus, Allemagne).
Il est dédié à souligner le risque d'ectasie cornéenne (enhanced ectasia). Ici, on observe la courbe de progression de l'amincissement de l'apex cornéen vers la périphérie, en passant par le vertex topographique). La courbe rouge est décalée vers le bas et suit un trajet trop différent de la trajectoire moyenne attendue (mesuré en pourcentage ou en microns). Le score BAD-D (D pour déviation à la norme) est allumé en jaune (supérieur à 1,6), signifiant une anomalie pouvant faire craindre une cornée fragile ou irrégulière.
Source : D. Touboul.
).
Sur la carte pachymétrique, il faut pouvoir identifier la pachymétrie centrale et au point le plus fin. La mesure du diamètre cornéen est une dimension utile, extrapolée du le « blanc à blanc horizontal» vu au limbe sur l'image vidéotopographique. C'est aussi le cas des coordonnées spatiales de l'axe de fixation par rapport au centre pupillaire (distances kappa mesurées en mm x/y).
De multiples indices, scores et gradients complètent l'arsenal des données caractéristiques disponibles dans les différents topographes. Certains sont des propriétés de la machine et représentent des boîtes noires dont le calcul précis n'est pas vraiment lisible. Ces derniers sont souvent développés pour assister à la détection des cornées dites irrégulières ou asymétriques dans le cadre du dépistage ou de la quantification de sévérité du kératocône fruste pour la pratique de la chirurgie réfractive cornéenne. Le calcul des aberrations cornéennes antérieures, postérieures ou totales (estimées par ray tracing ) sont décomposables et quantifiables par l'intermédiaire des transformées de Fourier (voir chapitre 15 ).
5. Contrôle du profil pachymétrique et de la carte épithéliale
Le gradient pachymétrique entre le centre et la périphérie (profil d'amincissement) est de plus en plus regardé pour définir la trophicité de la fonction endothéliale, ou détecter une ectasie cornéenne. Un gradient augmenté peut signifier un processus d'ectasie [17]. Un gradient diminué évoque une défaillance endothéliale ou une maladie de surcharge intrastromale. Les cartes épithéliales sont intéressantes à regarder pour dépister des irrégularités soulignant soit une souffrance de la surface oculaire (hyperplasies ou hypoplasies liées aux différents stades de la sécheresse oculaire chronique), soit une irrégularité sous-jacente du stroma cornéen (effet de lissage ou de masquage; fig. 14-16,
Fig. 14-16
Carte pachymétrique épithéliale montrant un amincissement central progressivement élargi avec le temps en relation avec l'effet de compensation déployé par l'épithélium pour masquer la progression d'une ectasie cornéenne ou kératocône.
Source : Adil El Maftouhi.
fig. 14-17
Fig. 14-17
Carte pachymétrique épithéliale montrant les différents stades de souffrance épithéliale reliés à la présence d'une sécheresse oculaire chronique.
On voit successivement, de gauche à droite, un épithélium normal, une hyperplasie à dominante inférieure, une hypoplasie à dominante supérieure, une hypoplasie diffuse.
Source : Adil El Maftouhi.
).
6. Évaluation de l'énantiomorphisme
La symétrie en miroir entre les cornées droite et gauche est une caractéristique importante de la surface oculaire. Les valeurs kératométriques, l'astigmatisme cornéen, l'asphéricité et la pachymétrie sont souvent véritablement en miroir entre les deux yeux [18 , 19]. Toute variation significative doit faire rechercher une raison anatomique ou fonctionnelle. Les angles alpha et kappa peuvent varier un peu en raison de la dominance oculaire [20].
7. Observation du profil évolutif
La morphologie cornéenne présente un profil évolutif très lent et très faible dans le temps. Toute évolution rapide doit faire redouter une altération de l'équilibre biomécanique du tissu. C'est d'autant plus valable en cas de chirurgie cornéenne préalable. Les cartes différentielles sont bien utiles pour illustrer les changements topo- et tomographiques.
Représentation et évolution de l'astigmatisme cornéen topographique
Young (1800) et Airy (1825) ont découvert indépendamment l'astigmatisme oculaire en observant l'image des objets réfléchis sur la surface antérieure de la cornée. Depuis, il a été découvert que la cornée était le dioptre dominant pour cet astigmatisme, le cristallin restant peu responsable, bien que contribuant à limiter l'astigmatisme total chez le sujet jeune. La genèse de cet astigmatisme est certainement reliée à la génétique et aux contraintes biomécaniques imposées à la cornée.
L'astigmatisme cornéen est caractérisé par une puissance kératométrique méridionale plus importante dans un axe que dans son contre-axe. Autrement dit, la cornée n'est pas une coupole sphérique parfaite, mais présente une modeste ovalisation. Il est intéressant de noter ici l'illustration typique de la différence entre « représentation graphique» et « représentation réaliste». En effet, la toricité cornéenne , qui se définit par une variation sinusoïdale de la puissance méridionale de la cornée centrée sur le vertex, ne s'illustre pas dans nos topographes comme une roue de couleurs variables, mais comme un nœud papillon d'orientation et de taille variables. Cela n'a bien sûr pas de réalité morphologique, mais traduit la convention d'associer à la représentation de la toricité la représentation de l'asphéricité, naturellement présente sur les deux faces de la cornée. Cette dernière exprime la variation de courbure progressive que subit la cornée du centre vers la périphérie. La cornée est le plus souvent dite prolate, indiquant qu'elle s'aplatit progressivement du centre vers la périphérie; elle est dite oblate dans le cas opposé. La combinaison géométrique de la variation de toricité et d'asphéricité aboutit finalement à une représentation théorique de l'astigmatisme kératométrique en forme de nœud papillon. La représentation en élévation est plus proche de la forme réaliste de la cornée, à condition d'imaginer la surface de référence correctement. Certaines machines proposent une représentation en 3D (fig. 14-18
Fig. 14-18
Illustration de la fusion des concepts de variation méridionale de la puissance kératométrique avec la variation radiale de l'asphéricité cornéenne expliquant l'image en nœud papillon des cartes topographiques kératométriques pour représenter l'astigmatisme cornéen.
La correspondance avec les aberrations optiques Z2-2 et Z4-0 est notée également.
Source : D. Touboul.
).
L'astigmatisme cornéen évolue lentement avec l'âge [21]. La cornée est naturellement ovalisée, initialement plus cambrée dans l'axe vertical (direct). Cette ovalisation tend à s'inverser lentement après 50 ans (axe inverse) sous l'effet des modifications du collagène et de la contrainte diminuée des paupières, détendues par le vieillissement. La cornée présente un astigmatisme postérieur dont l'axe est proche de l'astigmatisme antérieur direct, mais dont l'effet réfractif est antagoniste en raison du gradient inversé de changement d'indice optique [22]. Ce dernier a tendance à minorer les astigmatismes antérieurs directs et majorer les astigmatismes antérieurs inverses. Les topographes sont capables d'identifier et de faire la somme vectorielle entre les astigmatismes antérieurs et postérieurs, applications surtout utiles en cas d'implantation de lentilles intraoculaires ou d'adaptation de lentilles de contact.
L'astigmatisme cornéen est le plus souvent mesuré régulier, symétrique et énanthiomorphique. Dans le cas contraire, il faut suspecter une pathologie associée. L'asymétrie est en faveur d'une ectasie. L'irrégularité peut également être due à une ectasie, mais aussi à une déviation de l'axe de fixation (vertex) par rapport au centre géométrique de la cornée (angle alpha).
La perte de l'énanthiomorphisme peut être congénitale ou acquise. Dans le premier cas, il faut rechercher une amblyopie et, dans le second, suspecter une déformation progressive de la cornée. L'astigmatisme peut avoir un retentissement bénéfique sur la vision lorsqu'il induit une amélioration de la profondeur de champ sans trop perturber la qualité de restitution de l'image sur la rétine. À dioptrie d'erreur réfractive égale, l'astigmatisme est moins délétère sur la vision que le défocus.
La sévérité de l'astigmatisme kératométrique est classée arbitrairement en faible (mois de 1,5 D), modérée (1,5 à 3 D), sévère (plus de 3 D). La prévalence de l'astigmatisme de plus de 1 D est d'environ 30 %, et varie avec l'âge et les régions [23].
Points forts
  • La topographie et la tomographie cornéennes sont devenues des outils indispensables pour la prise en charge des patients en ophtalmologie, couvrant une large gamme d'applications.
  • Une interprétation méthodique est nécessaire pour bien utiliser cette imagerie.
  • Le lien entre la réfraction et la topographie cornéenne est très fort.
  • Le couplage de la topographie aux outils de correction de l'erreur réfractive est de plus en plus élaboré.
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