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Chapitre 26
Conjonctivochalasis

R. Attia, T. David

Introduction
Le conjonctivochalasis est une affection oculaire caractérisée par un excès de conjonctive bulbaire lâche, généralement bilatéral et localisé sur la partie inférieure de l'œil. Cette atteinte peut entraîner une irritation oculaire et perturber la distribution des larmes.
Causes
La physiopathologie du conjonctivochalasis n'est pas entièrement élucidée, mais semble résulter de la dégradation des fibres élastiques du tissu conjonctival. L'hypothèse est que le frottement répété des paupières contre la conjonctive contribue à la rupture des fibres élastiques et au développement de plis conjonctivaux parallèles aux paupières [1]. L'âge est le facteur de risque principal de cette perte d'élasticité. Une inflammation chronique du bord libre palpébral peut favoriser la survenue d'un conjonctivochalasis ou l'aggraver. D'autres facteurs tels que la sécheresse oculaire, le stress mécanique comme le port de lentilles de contact, l'inflammation chronique ou encore l'exposition aux UV peuvent exacerber le processus de cette affection [2].
Aspects cliniques
À l'examen à la lampe à fente, on observe un excès de conjonctive, souvent avec une présence de plis conjonctivaux (fig. 26-1
Fig. 26-1
Conjonctivochalasis inférieur (flèche).
et fig. 26-2a
Fig. 26-2
a. Conjonctivochalasis inférieur avec hyperhémie conjonctivale. b. Perturbation du ménisque lacrymal par le conjonctivochalasis.
). Plusieurs systèmes de cotation ont été décrits et sont utiles en recherche clinique, mais peu utilisés en pratique clinique. Le plus largement utilisé est celui de Meller et Tseng [3] prenant en compte l'emplacement des plis, leur hauteur, l'occlusion lacrymale et les changements dans le regard vers le bas et à la pression au doigt (tableau 26-1
Tableau 26-1
Classification du conjonctivochalasis selon Meller et Tseng (d'après [3]).
EmplacementHauteurs des plis par rapport au ménisque lacrymalOcclusion du point lacrymalChangement dans le regard vers le basChangement à la pression au doigt
0 : aucun
1 : 1 emplacement
2 : 2 emplacements
3 : toute la paupière
A : < ménisque lacrymal
B : = ménisque lacrymal
C : > ménisque lacrymal
O + : localisation nasale avec occlusion du point lacrymal
O – : localisation nasale sans occlusion du point lacrymal
G ↑ : la hauteur du chalasis augmente dans le regard vers le bas
G ↔ : aucune différence
G ↓ : la hauteur du chalasis diminue dans le regard vers le bas
P ↑ : la hauteur du chalasis augmente à la pression au doigt
P ↔ : aucune différence
P ↓ : la hauteur du chalasis diminue à la pression au doigt
Annotations : Le système de notation définit l'extension d'une conjonctive redondante comme étant le grade 1 = un emplacement, 2 = 2 emplacements, 3 = paupière entière. Pour 1 et 2, il est en outre précisé par T, M et N si le conjonctivochalasis est retrouvé respectivement dans la partie temporale, au milieu (ou en dessous du limbe) ou dans la partie nasale de la paupière inférieure. Pour chaque emplacement (T, M et N), une notation supplémentaire est donnée pour indiquer si la hauteur des plis est inférieure à (A), égale à (B) ou supérieure à (C) la hauteur du ménisque lacrymal. S'il est trouvé à l'emplacement nasal (N), l'étendue du chalasis est en outre déterminée afin de déterminer s'il obstrue le point lacrymal inférieur. Pour chaque emplacement, il est en outre noté G ↑ si sa hauteur est supérieure, G ↔ s'il est égal à, et G ↓ s'il est inférieur à la hauteur du ménisque lacrymal. De même, il est noté P ↑, P ↔ et P ↓ s'il est augmenté, sans différence, ou diminué avec la pression au doigt (P).
).
Le conjonctivochalasis peut être totalement asymptomatique ou provoquer un spectre de symptômes large. Il empêche la formation du ménisque lacrymal en occupant l'espace où il se forme habituellement, et crée ainsi une instabilité du film lacrymal pouvant entraîner des fluctuations visuelles (fig. 26-2b
Fig. 26-2
a. Conjonctivochalasis inférieur avec hyperhémie conjonctivale. b. Perturbation du ménisque lacrymal par le conjonctivochalasis.
). Les patients atteints peuvent présenter une sensation de corps étranger ou de brûlures, un larmoiement par obstruction du méat lacrymal, une hyperhémie conjonctivale (voir fig. 26-2a
Fig. 26-2
a. Conjonctivochalasis inférieur avec hyperhémie conjonctivale. b. Perturbation du ménisque lacrymal par le conjonctivochalasis.
), une sécheresse oculaire, voire une vision floue intermittente.
Prise en charge
Le traitement varie en fonction de la sévérité des symptômes et de l'impact sur la qualité de vie du patient. Les options incluent des larmes artificielles, des anti-inflammatoires topiques, le traitement d'une blépharite associée et, dans les cas plus sévères, la chirurgie pour retirer l'excès de conjonctive. Cette dernière consiste en la résection de la conjonctive inférieure excessive ( « lifting» conjonctival) et la fermeture, généralement par colle biologique ou fils résorbables avec ou sans membrane amniotique [4].
Bibliographie
[1]
Gan JY, Li QS, Zhang ZY, et al. The role of elastic fibers in pathogenesis of conjunctivochalasis. Int J Ophthalmol 2017 ; 10(9) : 1465-73.
[2]
Yvon C, Patel BC, Malhotra R. Conjunctivochalasis. Int Ophthalmol Clin 2023 ; 63(3) : 209-23.
[3]
Meller D, Tseng SCG. Conjunctivochalasis : literature review and possible pathophysiology. Surv Ophthalmol 1998 ; 43(3) : 225-32.
[4]
Marmalidou A, Kheirkhah A, Dana R. Conjunctivochalasis : a systematic review. Surv Ophthalmol 2018 ; 63(4) : 554-64.