Retour
Chapitre 42
Dystrophies endothéliales

42.1. Dystrophie de Fuchs

V. Borderie, C. Georgeon

En 1910, l'ophtalmologiste autrichien Ernst Fuchs a décrit une pathologie cornéenne endothéliale et épithéliale. Ce n'est que secondairement que le primum movens a été rapporté au dysfonctionnement de la cellule endothéliale.
Physiopathologie
La dystrophie de Fuchs est une pathologie primitive de l'endothélium cornéen. Elle comporte une mort cellulaire endothéliale accélérée par apoptose (fig. 42-1
Fig. 42-1
Préparation à plat d'un endothélium d'un patient atteint de dystrophie de Fuchs.
La coloration des noyaux par le colorant Hoechst montre des noyaux condensés en apoptose (flèches).
) [1]. Cette activation de l'apoptose des cellules endothéliales est sous-tendue par un certain nombre de processus cellulaires : surexpression de clustérine, diminution des péroxiredoxines, diminution de Nrf2 (facteur de transcription impliqué dans la réponse antioxydante), activation de la voie de signalisation du TGF-β [2]. Ces anomalies entraînent l'action de lésion de l'ADN mitochondrial et nucléaire. On observe également au niveau de l'endothélium une transition endothélio-mésenchymateuse, un épaississement de la membrane de Descemet, la formation de verrucosités de la membrane de Descemet ( cornea guttata ) et une évolution vers la constitution d'un œdème cornéen.
Il est encore difficile de savoir si les cellules endothéliales entrent en apoptose à cause de la présence des gouttes ou si elles se mettent à produire le collagène VIII qui constitue les gouttes du fait de leur mort cellulaire accélérée. Néanmoins, l'interaction entre la membrane de Descemet anormale et l'endothélium cornéen semble jouer un rôle important dans le cercle physiopathologique de la dystrophie [3]. Expérimentalement, la culture de cellules endothéliales sur une membrane de Descemet d'une dystrophie de Fuchs est d'autant plus difficile que la taille des gouttes est importante. Lorsque les gouttes sont de grande taille, les cellules endothéliales cultivées ne recouvrent pas les gouttes et elles entrent en apoptose [4].
Cependant, la culture des cellules endothéliales sur une membrane de Descemet de patients présentant une dystrophie de Fuchs est possible, alors qu'elle est difficile sur une membrane de Descemet de patients présentant une kératopathie bulleuse [5]. Ce résultat semble contredire l'hypothèse privilégiant la sécrétion du collagène anormal comme primum movens de la maladie. À l'inverse, une dégénérescence fibroblastique primitive de la cellule endothéliale pourrait entraîner une perte de la fonction de pompe cellulaire et une sécrétion de matériel fibreux. Enfin, l'œdème induit par la perte de la fonction de pompe pourrait avoir comme conséquence une fibrose sous-endothéliale. Ce dernier point semble exact en ce qui concerne la 4 e couche aspécifique de collagène retrouvée à la face postérieure de la membrane de Descemet qui est connue pour être une conséquence de l'œdème cornéen chronique quelle qu'en soit l'étiologie.
La présence d'une cornea guttata ne suffit pas à affirmer le diagnostic de dystrophie de Fuchs. En effet, la cornea guttata est une anomalie très fréquente, ubiquitaire, liées au vieillissement de l'endothélium cornéen. La majorité des cornea guttata n'évoluent jamais vers la constitution d'un œdème cornéen. Une cornea guttata peut également se développer après inflammation telle que les uvéites, les traumatismes cornéens et dans la dystrophie cornéenne maculaire.
Une hypothèse étiologique serait un vieillissement accéléré de l'endothélium cornéen central. La transcription de certains gènes associés à la sénescence cellulaire est augmentée dans la dystrophie de Fuchs [6]. Cette hypothèse ne s'oppose pas au caractère génétique de la maladie : le vieillissement accéléré de l'endothélium serait le caractère héréditaire. Il faut noter que la lésion primitive, la cornea guttata , a une prévalence qui augmente avec l'âge.
Le stress oxydant joue un rôle important dans la physiopathologie de la dystrophie [7]. Généré par les radiations ultraviolettes sur une cellule endothéliale bloquée en phase G1 du cycle cellulaire, celui-ci induirait des lésions de l'ADN mitochondrial et l'apoptose de la cellule endothéliale. Il peut entraîner une sénescence cellulaire endothéliale accélérée.
Enfin, le statut hormonal joue probablement un rôle dans la physiopathologie de la maladie, car les trois quarts des patients opérés sont des femmes après l'âge de la ménopause.
Outre l'apoptose, la cellule endothéliale dans la dystrophie de Fuchs peut entrer en métaplasie fibroblastique ou épithéliale. Sur le plan physiologique, une altération de la fonction de pompe endothéliale se développe avec l'évolution de la maladie. Des études en autohistoradiographie et en immunohistochimie ont montré que la densité des sites ATPase Na + /K + (pompe cellulaire sodium/potassium) diminue au cours de la dystrophie de Fuchs parallèlement à la progression de la maladie [8 , 9]. Ces pompes cellulaires sont situées sur la membrane cytoplasmique latérale des cellules endothéliales. Elles ont un fonctionnement énergie-dépendant. Il existe une diminution de l'activité mitochondriale, appréciée par le marquage histochimique d'une enzyme mitochondriale, la cytochrome oxydase, au niveau de la cornée centrale dans la dystrophie de Fuchs, démontrant l'atteinte mitochondriale de la dystrophie [10].
La zone centrale est la partie de la cornée la plus touchée par les lésions endothélio-descemétiques et celle où apparaît en premier l'œdème cornéen . La perte des sites ATPase se traduit par une diminution de la capacité de récupération d'un œdème cornéen hypoxique induit par le port d'une lentille de contact, puis par une augmentation de l'épaisseur cornéenne. Ainsi, Mandell et al. ont trouvé que le pourcentage moyen de récupération ( percent recovery per hour [PRPH]) de l'œdème cornéen hypoxique était de 25,4 % par heure dans un groupe de 22 patients ayant une dystrophie de Fuchs contre 34,2 %/heure dans un groupe témoin de patients du même âge ayant une cornée normale [11]. L'épaisseur cornéenne moyenne à l'état basal, paupières ouvertes, était de 562 μm dans le groupe pathologique et 537 μm dans le groupe témoin. La diminution du PRPH précède l'augmentation de l'épaisseur cornéenne à l'état basal [12]. L'apparition de l'œdème cornéen évalué par l'augmentation de l'épaisseur cornéenne centrale est corrélée au caractère confluent des gouttes [13].
À l'inverse de l'altération de la pompe endothéliale, la barrière endothéliale évaluée par la diffusion de la fluorescéine dans la chambre antérieure mesurée en fluorophotométrie n'est pas altérée au cours de la dystrophie de Fuchs [14]. Il faut noter que les résultats des premières études sur la physiopathologie de la dystrophie de Fuchs retrouvaient une atteinte de la barrière endothéliale dans les formes débutantes [15]. Une explication pourrait être que la diminution de la barrière endothéliale retrouvée dans les stades précoces de la maladie serait compensée ultérieurement par la diminution de la densité cellulaire qui, diminuant les espaces intercellulaires, augmenterait la barrière endothéliale. En effet, Bourne et al. ont montré qu'après greffe de cornée la perméabilité endothéliale à la fluorescéine et la densité endothéliale sont plus basses que chez des patients témoins de même âge [16]. Cette altération de la barrière endothéliale est la conséquence, pour les auteurs, de la diminution de la surface des espaces intercellulaires, elle-même conséquence de l'augmentation de la taille des cellules. Néanmoins, l'état de la barrière endothéliale au cours de la dystrophie de Fuchs demeure un sujet controversé.
Génétique
L'étiologie de la dystrophie de Fuchs est toujours discutée. Cette pathologie est classée comme une anomalie de la différenciation finale des crêtes neurales [14]. En effet, l'endothélium cornéen a pour origine embryologique les crêtes neurales (première vague mésenchymateuse). Il faut noter que les lésions se développent après la naissance, comme en témoigne la normalité de la couche fœtale de la membrane de Descemet. Les premières lésions se formeraient avant l'âge de 20 ans [17]. La dystrophie de Fuchs est une pathologie héréditaire à transmission autosomique dominante ayant un haut degré de pénétrance et une expressivité variable [18].
On distingue deux formes de dystrophie de Fuchs : la forme à début précoce et la forme à début tardif [19] (fig. 42-2
Fig. 42-2
Schéma des modifications de la membrane de Descemet dans les formes précoce et tardive de la dystrophie de Fuchs.
). La première est rare, caractérisée par un sex-ratio à 1,1, un début pendant la première ou la deuxième décennie et une apparition des symptômes lors de la deuxième ou troisième décennie. La deuxième est une pathologie fréquente à prédominance féminine évoluant sur 20 à 30 ans dont les premiers signes apparaissent au cours de la quatrième décennie ou plus tard.
En fonction de la génétique, une classification de la dystrophie de Fuchs a été établie dans le répertoire OMIM. Celui-ci compte actuellement huit formes de dystrophie de Fuchs.
  • La Fuchs endothelial corneal dystrophy 1 (FECD1) correspond à la forme précoce. Elle est liée à des mutations du gène COL8A2 , situé sur le chromosome 1, qui code pour la sous-unité alpha 2 du collagène 8. Sa transmission est autosomique dominante. Les autres formes de dystrophie de Fuchs sont à début tardif.
  • La FECD2 est également autosomique dominante avec une localisation sur le chromosome 13, mais sans gêne actuellement identifiée.
  • La FECD3, autosomique dominante, est la forme de loin la plus fréquente. Il s'agit d'anomalies du gène TCF4 (E2-2) du facteur de transcription TCF4, localisé sur le chromosome 18 [20]. Il s'agit d'une expansion d'un triplet répété CTG de ce gène (plus de 50 triplets). Cette anomalie génétique est associée à la forme tardive habituelle de la maladie et à une sévérité accrue de celle-ci. Elle est connue pour être associée à des pathologies neurodégénératives.
  • La FECD4 correspond à des mutations du gène SLC4A11 localisé sur le chromosome 20 qui code pour un cotransporteur sodium bore de la cellule endothéliale.
  • La FECD5 a été localisée sur le chromosome 5, mais le gène impliqué n'a pas été identifié.
  • La FECD6 correspond à des mutations du gène TCF8/ZEB1 localisé sur le chromosome 10 qui code pour un facteur de transcription impliqué dans la transition épithélio-mésenchymateuse.
  • La FECD 7 est localisée sur le chromosome 9 sans gène identifié. La FECD 8 correspond à des mutations du gène AGBL1 qui code pour la protéine ATP/GTP- binding protein-like 1 .
D'autres anomalies génétiques ont été identifiées dans les formes tardives de la maladie. Elles peuvent toucher les gènes AGBL1, DMPK, LOXHD1, AGBL1, LINC00970/ATP1B1 , des gènes des enzymes de réparation de l'ADN, des gènes de la matrice extracellulaire, des gènes mitochondriaux et d'autres encore.
Ces anomalies génétiques peuvent aboutir à une accumulation de protéines dans la cellule endothéliale, avec une structure tertiaire anormale non plissée, et à un stress du réticulum endoplasmique. La forme habituelle tardive de la dystrophie de Fuchs a une prédominance féminine pour de nombreux auteurs qui peut aller jusqu'à 4 femmes pour 1 homme [21]. Généralement, le degré de sévérité de la maladie est plus important chez les femmes que chez les hommes. La raison de la prédominance féminine n'est pas encore élucidée. Il est possible que des facteurs environnementaux ou hormonaux interviennent. Dans la forme précoce, la prédominance féminine est absente [22].
La conférence de consensus global sur la classification des dystrophies cornéennes classifie les dystrophies en quatre catégories en fonction du niveau de preuve de l'origine génétique de la dystrophie [23]. La dystrophie de Fuchs peut correspondre à une des trois premières catégories :
  • catégorie 1 (dystrophie cornéenne bien définie dans laquelle le gène a été cartographié et identifié et les mutations spécifiques sont connues) : FECD1 (dystrophie de Fuchs à début précoce);
  • catégorie 2 (dystrophie cornéenne bien définie qui a été cartographiée sur un ou plusieurs loci chromosomiques spécifiques, mais dont le ou les gènes restent à identifier) : patients avec des loci génétiques identifiés;
  • catégorie 3 (dystrophie cornéenne bien définie dans laquelle la maladie n'a pas encore été cartographiée sur un locus chromosomique) : patient sans hérédité connue.
Épidémiologie
L'épidémiologie de la dystrophie de Fuchs est étudiée depuis 100 ans (tableau 42-1
Tableau 42-1
Épidémiologie de la dystrophie de Fuchs.
ÉtudeAnnéeLieuPopulation étudiéeÂge
moyen
DiagnosticCritères diagnostiquesPrévalence de la cornea guttataPrévalence en fonction deFacteurs de risque
Présence de gouttesGradesÂge (années)Sexe
(F/H)
Moeschler [31] 1922Bâle, Suisse201 (395 yeux) –LAF
(×24)
Pigmentation sur l'endothélium cornéen21 % : pigments 6 % :
pigments abondants
9,5 % [11–30]
21,0 % [31–50]
37,6 %
[51–70]
56,8 %
[71-]
–Âge
Goar [30] 1934Houston, États-Unis800 patients de son cabinet –LAFPrésence de gouttes6,6 % 3,3 % [20–40]
9,6 % [40-]
9,07 %/3,62 % Sexe féminin
(×3)
Âge
Lorenzetti [31] 1967Jacksonville, États-Unis1016 patients (2002 yeux) –LAF
Haag-Streit 900®
Échelle de 0 (normal) à 5
Deux tiers centraux
Grade ≥ 1 55 %
(n = 1102)
G2 : 1,8 %
(n = 36)
G3 : 0,5 %
(n = 10)
G4 : 0,3 %
(n = 6)
G5 : 0,05 %
(n = 1)
31,5 % [10–39]
70,4 % [40–99]
3,9 % gouttes confluentes
NSÂge
Caucasiens versus mélanodermes : NS
Krachmer [32] 1978Iowa, États-Unis292
(64 familles avec notion de dysfonction endothéliale)
LAF
Classification de Krachmer
(0 à 6)
Grade ≥ 2 24,1 % G3 : 8,3 %
G4 : 3,9 %
Œdème : 7,9 %
38 %
[40-]
17 % [51–60]
44 % [61–70]
75 % [71–90]
46,2 % (≥ 40 ans)/18,0 % (≥ 40 ans) Âge
Sexe féminin (×2,5)
Nagaki [33] 1996Japon107 (préop. chir. cataracte)
[56–76 ans]
Microscopie spéculaire non contact
LAF
Lacune sur la microscopie spéculaire
Points réfringents irréguliers
3,7 %
(n = 4)
100 % de femmes Sexe féminin
Kitagawa [34] 2002Monzen-Machi, Japon299
> 50 ans
62,1 ± 7,6 Microscopie spéculaire non contact
(Noncon®, ROBO®, Konan®)
Grade de 0 à 5
LAF
Aspect en argent battu à la LAF
Lacunes sur la microscopie spéculaire
3,7 %
(n = 11)
5,5 %
(n = 5)/
1,5 %
(n = 2)
Origine singapourienne
Sexe féminin
Singapour465 Chinois singapouriens
> 50 ans
64,4 ± 8,1 6,7 %
(n = 31)
8,5 %
(n = 22)/
4,4 %
(n = 9)
Zoega [35] 2006Reykjavik, Islande777
> 55 ans
H : 70
[55–82]
F : 70
[56–90]
Microscopie spéculaire non contact
(Noncon®, ROBO®, Konan®)
Grade de 0 à 5
LAF
Lacunes à la microscopie spéculaire9,2 % 11 %/7 % Tabagisme : 20 paquets-années (risque ×2)
Sexe féminin
Faible poids
Musch [36] 2011États-Unis6626976 dossiers informatisés de patients 6,9 ± 13,2 Analyse du registre de 2001 à 2007Recherche du diagnostic de dystrophie cornéenne endothéliale0,24 %
(n = 16535)
Dystrophie de Fuchs = 60,4 % des dystrophies cornéennes
Caucasien = 88,2 %
Higa [37] 2011Île de Kumejima, Japon3762
> 40 ans
59,1Microscopie spéculaire non contact SP-2000®,Topcon : zone centrale de 0,2 × 0,4 mm
Grade de 0 à 4
Lacune ronde ou ovalaire dans au moins 1 œil 4,1 %
(n = 124)
G1 : 3,9 %
G2 :
0,4 %
G3 :
0,09 %
2,8 % [40–49]
3,9 % [50–59]
3,0 % [60–69]
6,3 % [70–79]
6,5 % [80-]
5,8 %/2,4 % Âge
Sexe féminin
ECC fine
(504 μm)
Eghrari [38] 2012Île de Tanger,
États-Unis
15657
[18–87]
LAF Haag-Streit 900® : zone centrale cornéenne gradée selon la classification de Krachmer Au moins 1 œil avec un grade ≥ 1 21,6 %
(n = 32)
G1,44
[30–50]
G2,04
[50–70]
G2,50
[70-]
11 %
> 50 ans
25,3 %
(n = 23)/
14,1 %
(n = 9)
Variant du gène TFC4 : allèle rs613872
Taille et poids faibles
Zhang [39] 2013Cohorte multicentrique sur la génétique de la dystrophie de Fuchs2044 Caucasiens LAF
Classification de Krachmer
Au moins 1 œil avec un grade ≥ 1 Sexe féminin, risque↑ 34 %
Tabac, risque ↑ 30 %

LAF : lampe à fente.


). Pour autant, la prévalence de la maladie n'est pas connue avec précision. C'est une pathologie fréquente, mais sa prévalence varie en fonction des études, de l'origine géographique de la population étudiée, des méthodes utilisées pour le diagnostic et des critères diagnostiques. Les études épidémiologiques ont permis de mettre en évidence de facteurs de risque incontestable : l'âge et le sexe féminin. Le tabagisme a également été retrouvé comme un facteur de risque de la maladie. L'exposition aux rayons ultraviolets a été associée à un risque accru de FECD. La dystrophie de Fuchs peut être associée à d'autres pathologies : myotonie, pathologies cardiovasculaires, surdité, kératocône, hypermétropie axile, chambre antérieure étroite et glaucome, drusen maculaires [24-25-26-27-28-29].
Microscopie optique
En microscopie optique, le signe caractéristique est la présence d'excroissances postérieures de la membrane de Descemet [40]. L'endothélium a une épaisseur diminuée avec des noyaux irrégulièrement espacés, des vacuoles et des granules de pigment [17]. La diminution de l'épaisseur des cellules endothéliales est maximale en regard des gouttes. À ce niveau, l'endothélium peut être absent. Le nombre de noyaux visibles en coupe histologique est diminué. Le degré de coloration des noyaux par l'hématoxyline varie; il est plus important pour les cellules d'allure fibroblastique que pour celles ayant gardé une morphologie normale [41].
La membrane de Descemet est épaissie (14 à 40 μm pour une épaisseur normale à l'âge de 50 ans d'environ 10 à 12 μm) et l'augmentation d'épaisseur est d'autant plus importante que la dystrophie est cliniquement évoluée. Elle a une structure laminaire avec des densifications focales au PAS correspondant aux gouttes. Les gouttes ont une forme ovale sessile ou pédiculée. Elles peuvent être recouvertes voire enfouies dans une fibrose sous-endothéliale moins dense que la membrane de Descemet. Cela peut aboutir à un aspect de gouttes dupliquées, avec un plan antérieur dans lequel les gouttes sont en continuité avec la membrane de Descemet et un plan postérieur dans lequel elles se forment au sein du tissu conjonctif sous-endothélial.
La classification histologique de Hogan distingue quatre formes :
  • épaississement descemétique modéré avec des gouttes proéminentes régulièrement espacées;
  • épaississement descemétique marqué avec des gouttes peu proéminentes;
  • épaississement descemétique et délamination de la membrane de Descemet avec des gouttes dupliquées ou enfouies;
  • épaississement descemétique et délamination de la membrane de Descemet sans goutte.
Plusieurs formes histologiques différentes peuvent être retrouvées sur la même cornée. L'utilisation du microscope à contraste de phase peut permettre de visualiser des gouttes enfouies. Le stroma est le siège d'un œdème avec un espacement irrégulier des lamelles de collagène, une diminution de la densité kératocytaire et des anomalies de la matrice extracellulaire. Cet œdème diminue lorsque la maladie arrive à un stade avancé avec une augmentation du nombre de kératocytes, la présence de kératocytes activés et le développement d'une fibrose sous-épithéliale [42]. La couche de Bowman peut être normale ou présenter des ruptures remplies d'un tissu fibreux. Sous l'épithélium, à un stade avancé de la maladie, se forme une fibrose avasculaire qui peut atteindre une épaisseur de 350 μm [43]. Cette fibrose peut pénétrer l'épithélium sus-jacent et parfois isoler des îlots épithéliaux.
Au niveau de l'épithélium, on retrouve un œdème des cellules basales, puis des bulles sous-épithéliales. L'épaisseur de l'épithélium peut être irrégulière et la membrane basale de l'épithélium peut être ondulée. L'épithélium est le siège d'un œdème. Celui-ci peut entraîner une désorganisation de la couche basale épithéliale avec production d'une membrane basale s'insinuant dans l'épithélium et formant des lésions de dégénérescence de la membrane basale proche de celles de la dystrophie de Cogan. L'innervation cornéenne est diminuée [44].
Sur des préparations de la membrane de Descemet à plat, on observe une diminution de la densité cellulaire endothéliale et un polymorphisme endothélial. Les noyaux des cellules sont repoussés entre les gouttes. En immunohistochimie, des dépôts de β ig-h3 sont retrouvés dans la membrane de Descemet et la couche postérieure de collagène ainsi que dans la fibrose sous-épithéliale [45]. Ces dépôts s'accompagnent de dépôts de collagène VI. L'association de β ig-h3 et de collagène VI suggère que ces deux molécules pourraient jouer un rôle dans l'ancrage du tissu pathologique (fibrose sous-épithéliale et couche postérieure de collagène) sur le stroma sous-jacent.
Kenney et al. retrouvent un marquage du fibrinogène et de la fibrine au sein de la couche postérieure de collagène des cornées présentant une dystrophie de Fuchs. À l'aide de lectines conjuguées à l'isocyanate de fluorescéine, Calandra et al. ont fait une étude des glucides dans la dystrophie de Fuchs [46]. Ils rapportent qu'il existe une accumulation de résidus β-galactose et B-D-galactose (1-3)-D-N-acétylgalactosamine dans la partie postérieure de la membrane de Descemet ainsi qu'une altération de la matrice extracellulaire du stroma.
Ultrastructure de l'endothélio-Descemet
Toutes les anomalies de la cellule endothéliale présentes dans la dystrophie de Fuchs s'accompagnent d'anomalies de la structure de sa membrane basale, la membrane de Descemet (fig. 42-3,
Fig. 42-3
Dystrophie de Fuchs à début tardif : microscopie électronique à transmission de la membrane de Descemet.
L'ABZ est normale, la PNBZ a une épaisseur faible. La PBL se dépose en arrière de la PNBZ et forme les gouttes. Ces dernières sont enfouies et masquées par une quatrième couche fibreuse, la PFL.
fig. 42-4
Fig. 42-4
Cornea guttata confluente dans une dystrophie de Fuchs observée à la lampe à fente en condition de réflexion spéculaire sur l'endothélium.
) [47]. Celle-ci est formée par deux couches, une couche antérieure périodique sécrétée pendant la vie embryonnaire ( anterior banded zone [ABZ]), composée de collagène VIII, et une couche postérieure non périodique sécrétée après la naissance et tout au long de la vie ( posterior non banded zone [PNBZ]).
Dans la forme précoce de la maladie, la couche antérieure est anormalement épaisse et la couche postérieure absente. D'autres couches de collagène se forment en arrière de la Descemet embryonnaire comportant du collagène strié ou non strié.
Dans la forme tardive , la couche antérieure est normale et la couche postérieure anormalement fine. En arrière de la couche postérieure, se dépose une couche postérieure périodique ( posterior banded layer [PBL]) de collagène VIII qui forme les gouttes. Celles-ci peuvent être recouvertes par une ou deux couches fibreuses : une couche entourant les gouttes ( border layer ) formée de fines fibrilles et de trousseaux lâches de collagène avec une périodicité de 100 nm et une couche fibrillaire.
La membrane de Descemet , au cours de la dystrophie de Fuchs, comporte les mêmes types de collagène que chez le sujet normal. En revanche, sa structure est profondément altérée [48]. La cellule endothéliale pathologique produit en quantité anormalement élevée du collagène I, III, IV, V, VI, VIII, XV, XVI, de la laminine, de la fibronectine, des glycoprotéines (clustérine), des protéoglycanes (versican, agrine, décorine, kératocan), de l'intégrine α4, du transforming growth factor-β-induced (TGFβI) et de la matriline-3 [49-50-51-52-53-54]. Les composantes des membranes basales (collagène IV, laminine, fibronectine) s'accumulent dans la PBL en plus du collagène VIII. Les cellules endothéliales ont un aspect souvent normal, mais on retrouve également de nombreuses cellules dégénérées avec de grandes vacuoles, des organites œdémateux et des ruptures de la membrane cytoplasmique. L'épaisseur des cellules endothéliales est diminuée. Les espaces intercellulaires peuvent être élargis, avec une ouverture des complexes jonctionnels (zonula occludens). Des jonctions intercellulaires de type desmosomes (absents dans l'endothélium normal) peuvent être trouvées.
On observe des dilatations du réticulum endoplasmique remplies d'un matériel granulaire et des granules de pigment. On observe une métaplasie fibroblastique des cellules endothéliales entraînant la présence de deux types cellulaires différents : cellules d'aspect normal, mais ayant une fonction anormale, et cellules d'aspect fibroblastique (prolongements cytoplasmiques, structures oméga proches de celles des kératocytes, augmentation des filaments du cytosquelette, du réticulum endoplasmique granuleux et des ribosomes) produisant la matrice extracellulaire fibrillaire [55]. Iwamoto et al. rapportent également la présence de cellules ayant un réticulum endoplasmique granuleux allongé et un cytoplasme clair qui correspond à une dégénérescence des cellules d'aspect fibroblastique.
La richesse des cellules endothéliales en mitochondries est diminuée. Des prolongements cellulaires fins peuvent s'insinuer à l'intérieur de fissures dans les gouttes sous-jacentes. Les noyaux sont repoussés dans les espaces séparant les gouttes. Avec la progression de la maladie, les lésions cellulaires endothéliales augmentent jusqu'à la mort cellulaire avec des noyaux pycnotiques. En cryofracture, la densité en particules intramembranaires est diminuée au niveau de la membrane cytoplasmique latérale (ce qui reflète probablement la perte des sites ATPase Na + /K +) et les complexes jonctionnels apicolatéraux sont altérés (ce qui serait en faveur d'une altération de la fonction de barrière endothéliale) [56].
Présentation clinique
La dystrophie de Fuchs évolue lentement sur 10 à 30 ans. Elle est bilatérale et asymétrique. Parfois, le caractère asymétrique de la maladie est très marqué et l'atteinte paraît unilatérale. Néanmoins, l'examen attentif de l'œil qui paraît sain permet de retrouver des signes précoces de la maladie. Globalement, la dystrophie va passer par un stade de cornea guttata , suivi d'un stade d'œdème stromal, puis d'œdème épithélial et stromal et, enfin, d'une néovascularisation et d'une fibrose cornéenne [47]. Le signe fonctionnel le plus précoce de la maladie est un brouillard matinal dont la durée va augmenter avec l'évolution de la maladie. Ensuite survient une baisse d'acuité visuelle lorsqu'un œdème cornéen apparaît, avec souvent une atteinte plus importante de la vision de près que de la vision de loin, et la sensibilité au contraste est dégradée [57]. Des douleurs et un larmoiement peuvent apparaître lorsqu'un œdème épithélial devient important, conséquences de bulles épithéliales ou de leur rupture.
Le handicap visuel ressenti par le patient peut être quantifié à l'aide d'un questionnaire, le Visual Function and Corneal Health Status (V-FUCHS) [58].
L'examen de l'endothélium à la lampe à fente se fait en conditions de réflexion spéculaire sur l'endothélium. Il montre la cornea guttata qui est bilatérale et prédomine au centre de la cornée (voir fig. 42-4
Fig. 42-4
Cornea guttata confluente dans une dystrophie de Fuchs observée à la lampe à fente en condition de réflexion spéculaire sur l'endothélium.
). Elle s'accompagne de dépôts pigmentaires dans les cellules endothéliales qui peuvent précéder l'apparition des gouttes (fig.42-5
Fig. 42-5
Dépôts pigmentaires dans l'endothélium cornéen d'une dystrophie de Fuchs observés en lampe à fente.
). L'examen est réalisé au grossissement 40, avec une largeur de fente moyenne. L'éclairage en fente et le biomicroscope doivent être orientés par rapport à la surface de l'endothélium de manière à ce que l'angle de la lumière incidente soit égal à celui de la lumière réfléchie. On voit alors aisément la mosaïque des cellules endothéliales et les gouttes qui l'interrompent. Les gouttes sont bien visibles au centre de la cornée en rétro-illumination après dilatation pupillaire. Il faut apprécier la densité des gouttes et leur caractère confluent ou non. Lorsque les gouttes sont confluentes, la membrane de Descemet prend l'aspect classique en argent battu. L'absence de visibilité des gouttes du fait de leur enfouissement dans une couche de collagène postérieure est en faveur d'une pathologie évoluée [59].
Ensuite survient l'œdème stromal, d'abord prédescemétique, puis antérieur et panstromal, suivi d'un œdème épithélial ou sous-épithélial. L'utilisation de la fluorescéine permet de détecter l'atteinte épithéliale par le caractère inhomogène du film lacrymal ainsi coloré. La fibrose sous-épithéliale survient après un temps d'évolution de l'œdème stromal et épithélial. Elle est visible à la lampe à fente sous forme de plages blanchâtres superficielles (fig. 42-6
Fig. 42-6
Fibrose sous-épithéliale dans une dystrophie de Fuchs évoluée.
). Lorsque la fibrose devient pan stromale, la cornée devient franchement opaque.
Classifications cliniques
La classification de Krachmer comporte six stades. Elle est fondée sur le comptage des gouttes à la lampe à fente.
  • Au stade 0, il y a moins de 12 gouttes non confluentes au centre de la cornée.
  • Au stade 1, on retrouve plus de 12 gouttes centrales non confluentes.
  • Au stade 2, les gouttes sont centrales et confluentes sur 1 à 2 mm.
  • Au stade 3 les gouttes sont centrales et confluentes sur 2 à 5 mm.
  • Au stade 4, les gouttes sont centrales et confluentes sur plus de 5 mm.
  • Le stade 5 correspond à un stade 4 avec un œdème cornéen.
La classification de Wilson comporte trois stades [60].
  • Le stade 1 est une cornea guttata sans œdème cornéen.
  • Le stade 2 est une cornea guttata avec un œdème cornéen.
  • Le stade 3 est un stade 2 ayant évolué vers la fibrose.
La dystrophie de Fuchs correspond donc aux stades 2 et 3.
La conférence de consensus global sur la classification des dystrophies cornéennes utilise une classification de la dystrophie de Fuchs en quatre stades [3].
  • Le stade 1 correspond à la cornea guttata sans œdème cornéen.
  • Le stade 2 correspond à une cornea guttata avec un œdème stromal.
  • Le stade 3 correspond à une cornea guttata avec un œdème stromal et épithélial.
  • Le stade 4 correspond au stade 3 ayant évolué vers la fibrose.
Associations avec d'autres pathologies oculaires
La relation exacte entre dystrophie de Fuchs, cataracte, glaucome à angle ouvert, hypermétropie et fermeture de l'angle n'est pas encore déterminée avec précision. Pour Pitts et al., la longueur axiale de l'œil (22,1 mm versus 23,4 mm) et la profondeur de la chambre antérieure (2,2 mm versus 2,7 mm) sont significativement plus petites chez des patients ayant une dystrophie de Fuchs que chez des patients témoins [28]. La réfraction montre une tendance nette à l'hypermétropie (+2,48 D versus –0,31 D). Dans cette étude, 12 % des patients ayant une dystrophie de Fuchs (3/24) avaient un glaucome à angle fermé et 38 % avaient une presbytie précoce avant l'âge de 30 ans. De même, Loewenstein et al. rapportent que les patients ayant une dystrophie de Fuchs ont une longueur axiale plus courte, une chambre antérieure plus étroite et sont plus souvent hypermétropes que des patients témoins normaux [61]. À l'inverse, Brooks et al. ont démontré que la chambre antérieure est significativement plus étroite chez des patients ayant un glaucome à angle fermé que chez ceux ayant une cornea guttata ou une dystrophie de Fuchs [62]. La cornea guttata et la dystrophie de Fuchs étaient relativement rares chez les patients ayant un glaucome à angle étroit (2/88) dans cette étude.
La cataracte est souvent présente associée à la dystrophie de Fuchs. Il est difficile de savoir si cette association est directe, ou si elle est due à un facteur confondant, l'âge. En effet, ces deux pathologies progressent significativement et leur fréquence augmente avec l'âge des patients.
La dystrophie de Fuchs peut être associée au kératocône. Lipman et al. rapportent dans la même famille l'association d'un kératocône héréditaire et d'une dystrophie de Fuchs héréditaire [26].
Microscopie spéculaire
La microscopie spéculaire permet un examen détaillé de l'endothélium cornéen. Les gouttes apparaissent comme des zones noires avec un centre clair masquant totalement la ou les cellules qui les recouvrent. On retrouve une diminution du pourcentage de cellules endothéliales hexagonales (pléomorphisme), une variabilité de la surface cellulaire endothéliale (polymégathisme) et une diminution de la densité cellulaire endothéliale.
La cornea guttata peut être classifiée en microscopie spéculaire avec la classification de Laing [63].
  • Le stade 1 correspond à des gouttes de petite taille, moins grandes qu'une cellule endothéliale, entourées d'un endothélium d'aspect normal.
  • Au stade 2, les gouttes ont une taille proche de celle des cellules endothéliales et elles sont entourées de cellules endothéliales allongées avec un contour estompé au contact de la goutte, formant des figures de rosette. Cet aspect est plus marqué au stade 3, avec des gouttes beaucoup plus grandes, d'une surface équivalente à 5 à 10 cellules endothéliales. L'endothélium à distance des gouttes est normal.
  • Au stade 4, les gouttes sont confluentes, donnant des images multilobées comportant plusieurs spots clairs. L'endothélium, quand il est visible, est anormal autour des gouttes et à distance.
  • Au stade 5, on observe un aspect inversé de la mosaïque cellulaire endothéliale avec, en fait, des gouttes noires présentant des contours clairs plus brillants que la surface des cellules endothéliales normales. Les cellules endothéliales ne sont plus visibles.
Les images de microscopie spéculaire peuvent être analysées à l'aide de techniques de deep learning telles que les réseaux de neurones convolutionnels pour diagnostiquer la dystrophie, classifier son stade évolutif et identifier les patients ayant une réserve cellulaire endothéliale suffisante pour envisager une DWEK/DSO (ablation isolée de l'endothélium central) [64 , 65].
Tomographie
L'OCT spectral domain (OCT-SD) est l'examen le plus important pour évaluer une dystrophie de Fuchs. Il montre l'atteinte de la membrane de Descemet qui est épaissie de manière diffuse, hyperréflective et irrégulière (fig. 42-7
Fig. 42-7
OCT spectral domain (OCT-SD) : la membrane de Descemet est épaissie de manière diffuse; elle est hyperréflective et irrégulière.
). Cette irrégularité se manifeste comme une granularité de la face postérieure de la membrane correspondant à la cornea guttata . La membrane de Descemet peut prendre un aspect multistratifié lorsque l'épaississement est très important (fig. 42-8
Fig. 42-8
OCT-SD : aspect multistratifié de la membrane de Descemet dont l'épaississement est très important.
Inversion du profil d'épaisseur cornéenne entre le centre et la moyenne périphérie sur le mapping cornéen.
). L'épaisseur cornéenne centrale est augmentée et cet épaississement prédomine au centre de la cornée.
Lorsque l'on analyse le mapping cornéen, la présence d'une diminution (inversée) de l'épaisseur cornéenne du centre vers la moyenne périphérie signe la présence d'un œdème stromal au centre (voir fig. 42-8
Fig. 42-8
OCT-SD : aspect multistratifié de la membrane de Descemet dont l'épaississement est très important.
Inversion du profil d'épaisseur cornéenne entre le centre et la moyenne périphérie sur le mapping cornéen.
). C'est un signe important à connaître, notamment lorsque l'on doit opérer un patient de cataracte. Si ce signe est présent, c'est une indication à faire une greffe endothéliale associée à la chirurgie de la cataracte.
Le rapport entre l'épaisseur cornéenne centrale et l'épaisseur périphérique a été proposée comme marqueur de la sévérité de la pathologie [66]. Globalement, l'épaisseur cornéenne centrale est corrélée à la sévérité de la pathologie.
En OCT, la fibrose stromale est hyperréflective. Cette hyperréflectivité correspond à une rétrodiffusion de la lumière infrarouge. Cette rétrodiffusion de la lumière est corrélée au degré d'atteinte fonctionnelle ressentie par le patient. Les coupes OCT-SD peuvent être analysées en deep learning pour grader la sévérité de la pathologie [67].
D'autres techniques de tomographie cornéenne peuvent être utilisées, telles que la caméra Scheimpflug du Pentacam® [68]. Le Pentacam® met en évidence une diminution de la courbure postérieure, une perte de parallélisme des isoptères sur la carte pachymétrique, un déplacement du point le plus fin et une zone de dépression focale sur la carte d'élévation postérieure [69]. Ces critères sont prédictifs de l'évolution de la maladie : la perte de parallélisme des isoptères et le déplacement du point le plus fin sont des facteurs de risque indépendants de progression et d'indication opératoire [70]. Le risque cumulé à 5 ans de progression de la maladie et d'intervention est de 7 %, 48 % et 89 % pour 0, 1 ou 2, et 3 paramètres diagnostiques au Pentacam®. Le risque cumulé à 4 ans de progression de la maladie et d'intervention après une chirurgie de la cataracte non compliquée est de 0 %, 50 % et 75 % pour 0, 1 ou 2, et 3 paramètres diagnostiques au Pentacam®.
Microscopie confocale in vivo (MCIV)
La MCIV permet d'évaluer l'ensemble des couches cornéennes à l'échelon cellulaire (fig. 42-9
Fig. 42-9
Microscopie confocale in vivo de la dystrophie de Fuchs montrant l'atteinte épithéliale (a–c), stromale (d–h) et endothélio-descemétique (i, j).
) [71]. Elle montre une diminution de la densité cellulaire endothéliale, la présence des gouttes, l'épaississement de la membrane de Descemet qui présente des bandes sombres, une diminution de la densité kératocytaire, des anomalies du stroma postérieur sous forme de lacunes, de bandes sombres et d'une augmentation du reflet stromal, des anomalies du stroma antérieur sous forme de lacunes et d'augmentation du reflet, un aspect brillant diffus de la couche de Bowman et des anomalies du plexus nerveux sous-basal.
Le stade évolutif de la maladie est corrélé à l'augmentation de la densité cellulaire dans le stroma antérieur, à l'augmentation de la rétrodiffusion de la lumière et à la diminution de la densité endothéliale. L'atteinte épithéliale, avec les anomalies de sa membrane basale et la fibrose sous-épithéliale, est bien objectivée par la MCIV, mais aussi par l'OCT-SD et plein champ (fig. 42-10
Fig. 42-10
Atteinte épithéliale de la dystrophie de Fuchs.
OCT spectral domain (a, d), plein champ (b, f) et en microscopie confocale (c, e) en coupes transversales (a–c) et en face (d–f).
).
Dystrophie de Fuchs et cataracte
Comme la dystrophie de Fuchs est une pathologie liée à l'âge, elle est très souvent associée à la cataracte. Avant de prendre une décision thérapeutique, il est important de déterminer l'origine de la baisse de la vision. En faveur de la dystrophie, on retient les fluctuations diurnes de la vision avec un brouillard matinal, la baisse de la vision de près, l'augmentation de l'épaisseur cornéenne centrale, l'asymétrie de l'épaisseur centrale, l'augmentation de l'épaisseur cornéenne du centre vers la moyenne périphérie et l'hyperréflectivité du stroma en OCT.
La mesure de la rétrodiffusion de la lumière dans le stroma postérieur à l'aide du Pentacam® (caméra Scheimpflug) peut également être un argument en faveur de la dystrophie [72]. Les autres signes fournis par le Pentacam® en faveur de la dystrophie sont la déformation des lignes d'iso-épaisseur, le déplacement du point le plus fin et la présence de dépressions focales sur la face postérieure [73]. Dans ce cas, la prise en charge thérapeutique doit associer la chirurgie de la cataracte à la greffe.
En revanche, lorsqu'il n'existe pas de brouillard matinal, que la vision de loin est la plus touchée et que l'épaisseur cornéenne centrale reste normale sans hyperréflectivité du stroma, une chirurgie de la cataracte peut permettre de recouvrer une vision normale sans faire de greffe. La technique chirurgicale doit être adaptée pour minimiser la perte cellulaire endothéliale. La densité endothéliale mesurée en microscopie spéculaire n'est pas une indication à réaliser une greffe. Cependant, lorsqu'il existe un œdème cornéen patent, la chirurgie de la cataracte sans greffe associée entraîne habituellement une dégradation de l'état cornéen et de la vision.
L'élément décisif est la fonction de pompe des cellules endothéliales restantes. Cette fonction ne peut pas être mesurée directement et il faut donc se fier aux signes fonctionnels et objectifs d'un œdème cornéen débutant. La décompensation endothéliale postopératoire en cas de chirurgie de la cataracte derrière une dystrophie de Fuchs sans œdème cornéen est un événement possible mais peu fréquent lorsque les règles de sécurité sont respectées. Celles-ci comportent un abord scléral, l'utilisation d'un visqueux dispersif et une phacoémulsification à distance de l'endothélium cornéen (phacoémulsification des quartiers dans le sac capsulaire). Il faut également utiliser un implant hydrophobe. Les implants hydrophiles sont à bannir dans la dystrophie de Fuchs, car ils sont associés à un risque important de dépôts calciques après la greffe endothéliale [74]. La réfraction postopératoire visée doit être légèrement négative (environ –1 D), car la greffe endothéliale entraînera un shift hypermétropique d'environ 1 D.
Avant d'opérer la cataracte, il faut expliquer au patient que la décompensation endothéliale surviendra après un délai postopératoire plus ou moins long. Comme aucune technique de greffe ne peut actuellement permettre une survie à très long terme du greffon, il est toujours préférable pour le patient de ne faire la greffe que lorsqu'elle devient réellement utile. En d'autres termes, il n'y a pas de raison de faire la greffe d'emblée simplement parce que l'on pense que la décompensation endothéliale postopératoire est possible (par exemple en cas de densité endothéliale très basse).
Diagnostic différentiel
La découverte d'une cornea guttata asymptomatique peut faire discuter certains diagnostics qui donnent un aspect proche de celui des gouttes en microscopie spéculaire. C'est le cas des « pseudo-gouttes» rencontrées au cours des uvéites antérieures. Celles-ci correspondent en fait à un œdème endothélial avec des bulles sous-endothéliales et disparaissent lorsque cet œdème se résorbe [75]. Elles donnent un aspect de zones noires aux limites mal définies en microscopie spéculaire, avec souvent de la fibrine et des éléments cellulaires inflammatoires rétrocornéens visibles en mode relief dans le plan rétro-endothélial et ayant tendance à former des amas (précipités rétrocornéens). Ces dépôts inflammatoires doivent eux-mêmes être distingués des précipités rétrocornéens pigmentaires qui sont plus petits, plus denses et plus réguliers. La taille des bulles sous-endothéliales varie d'une à plusieurs cellules endothéliales. Leur aspect, lorsqu'elles sont très nombreuses voire confluentes, peut être très proche de celui des gouttes, et c'est alors l'évolution qui permettra de les distinguer d'une cornea guttata . Brooks et al. rapportent que ces bulles sous-endothéliales peuvent également se rencontrer au cours de kératites superficielles (dystrophies de la membrane basale épithéliale, syndrome sec, kératite ponctuée superficielle, dystrophie de la membrane basale épithéliale) ou interstitielles, des traumatismes contusifs et chez les porteurs de lentilles de contact [75].
La formation de vergetures de la membrane de Descemet peut être secondaire à une inflammation, une lésion toxique ou traumatique de l'endothélium. Il s'agit alors d'une réponse dégénérative aspécifique de l'endothélium sous forme de synthèse d'une membrane de Descemet anormale. On parle alors de cornea guttata secondaire. Il faut noter qu'une authentique cornea guttata peut être associée au kératocône, à la dystrophie maculaire, à la kératite interstitielle syphilitique, et peut se rencontrer chez le buphthalme.
Le diagnostic différentiel entre une dystrophie de Fuchs décompensée et une dystrophie postérieure polymorphe (DPP) diffuse est parfois difficile à faire et des erreurs diagnostiques peuvent être corrigées par l'examen anatomopathologique de la cornée. Dans le cas d'une DPP diffuse, il n'existe pas de gouttes (mais celles-ci sont difficiles à visualiser lorsque la dystrophie de Fuchs est évoluée).
Le diagnostic différentiel avec le syndrome de Chandler peut aussi être difficile. Néanmoins, dans ce dernier cas, il n'existe pas de gouttes, la pathologie est unilatérale et on retrouve en règle des lésions iriennes et une hypertonie. De même, le diagnostic différentiel entre une dystrophie de Fuchs décompensée après chirurgie de la cataracte et une kératopathie bulleuse du pseudophaque peut être difficile; là aussi, les gouttes sont absentes dans ce dernier cas. La dystrophie endothéliale congénitale héréditaire (CHED) est facilement distinguée de la dystrophie de Fuchs, car l'œdème cornéen est présent dès la petite enfance. Les corps de Hassall-Henle sont des excroissances postérieures de la membrane de Descemet situées en périphérie de la cornée. Leur fréquence augmente avec l'âge. Ils ne sont pas visibles au biomicroscope, ni en microscopie spéculaire, mais sont souvent retrouvés lors d'examens histologiques post mortem de la cornée de patients âgés. Leur ultrastructure est proche de celle de la dystrophie de Fuchs.
Traitement
Traitement médical
Un œdème cornéen source de brouillard matinal avec une vision conservée dans la journée peut être amélioré par un collyre hypertonique qui réduit l'œdème matinal (ODM 5 sol opht œdèmes cornéens® à base active de chlorure de sodium 5 %; Osmodrop free sol opht® à base active de mannitol et de glycérol). Ces collyres sont instillés le matin au réveil voire quatre fois par jour. Ils ne sont utiles que s'ils réduisent la gêne fonctionnelle. Ils n'ont en effet pas d'impact sur l'évolution de la dystrophie.
Greffe de cornée
Lorsque l'œdème cornéen entraîne une baisse de la vision, la greffe endothéliale devient nécessaire (fig. 42-11,
Fig. 42-11
OCT-SD préopératoire de la dystrophie de Fuchs au stade d'œdème stromal et épithélial.
L'épaisseur cornéenne centrale est augmentée.
fig. 42-12
Fig. 42-12
OCT-SD préopératoire de la dystrophie de Fuchs au stade d'œdème stromal et épithélial.
La coupe OCT montre une bulle d'œdème intra-épithélial.
). Elle peut être combinée si besoin avec la chirurgie de la cataracte en tenant compte du shift hypermétropique de résorption de l'œdème. Il n'existe pas de consensus sur le niveau de vision à partir duquel la greffe devient justifiée. Les progrès techniques depuis la greffe transfixiante jusqu'à la greffe endothélio-descemétique ont été associés à des acuités visuelles préopératoires de plus en plus élevées. Il n'est pas rare actuellement que des patients soient greffés avec une acuité visuelle supérieure à 5/10 es . Dans certaines études, l'acuité préopératoire dépasse les 8/10 es . Il faut néanmoins considérer que tous les patients ne vont pas récupérer 10/10 es en postopératoire, que le taux de survie de la greffe à moyen terme n'est pas de 100 % et que les complications postopératoires générées par la greffe existent (kératite infectieuse de l'interface, glaucome, calcification de l'implant, invasion épithéliale, rejet, décompensation de la surface oculaire, décompensation endothéliale).
Le taux de survie à 5 ans est de 90 % pour la DMEK [76]. Il faut donc, comme avant toute chirurgie, évaluer le rapport bénéfice/risque sans mésestimer les risques d'une greffe à court, moyen et long terme.
Les techniques de la greffe endothéliale comportent la DMEK ( Descemet membrane endothelial keratoplasty ) et la DSAEK ( Descemet stripping automated endothelial keratoplasty ) , que l'on classe en nanofine (greffon de moins de 50 μm d'épaisseur), ultrafine (50 à 100 μm), fine (100 à 150 μm) et conventionnelle (plus de 150 μm) [77]. À moyen terme, toutes ces techniques donnent des récupérations visuelles similaires et génèrent très peu d'aberrations d'ordre élevé. En l'absence d'autre pathologie limitant la récupération fonctionnelle, l'acuité visuelle moyenne postopératoire est supérieure ou égale à 8/10 es dans plus de 80 % des cas. Néanmoins, la DMEK et la DSAEK nanofine permettent les récupérations visuelles les plus rapides, de l'ordre de 1 à 6 mois, sans différence notable entre les deux techniques [78]. Globalement, plus le greffon est épais, plus la récupération visuelle est lente. Une DSAEK fine ou conventionnelle demande plusieurs années (3 à 5 ans) pour obtenir une récupération visuelle complète, comme c'est le cas pour une greffe transfixiante.
Le greffon utilisé doit avoir un endothélium normal avec une densité cellulaire supérieure à 2000 cellules par mm 2 sans cornea guttata et avec un pléomorphisme faible [79]. Beaucoup de chirurgiens demandent des greffons particulièrement riches avec des densités endothéliales supérieure à 2500 cellules par mm 2 , car la procédure de greffe endothéliale entraîne la destruction d'une partie du capital cellulaire endothélial greffé. Cela aboutit souvent à des situations paradoxales dans lesquelles les patients âgés présentant une dystrophie de Fuchs reçoivent des greffons riches en cellules endothéliales prélevés chez des donneurs relativement jeunes, plus jeunes que le patient lui-même, et les patients jeunes atteints de kératocône ou d'autres dystrophies cornéennes nécessitant une greffe lamellaire antérieure profonde ou une greffe transfixiante se voient attribuer des greffons ayant une densité cellulaire moins importante provenant de donneurs plus âgés qu'eux.
Une large collerette sclérale est nécessaire en cas de DSAEK. L'âge du donneur est souvent pris en compte pour la DMEK : des greffons prélevés chez des donneurs très jeunes peuvent être difficiles à dérouler dans l'œil car trop élastiques; des greffons prélevés chez des donneurs très âgés peuvent avoir tendance à se déchirer lors du prélèvement et s'enroulent difficilement avant l'injection. Il faut noter qu'un greffon présentant une cicatrice stromale, un ptérygion ou des antécédents de chirurgie réfractive cornéenne peut être utilisé pour une DMEK.
La préparation des greffons pour la greffe endothéliale est actuellement bien codifiée (fig. 42-13
Fig. 42-13
Préparation d'un greffon pour la DMEK à l'aide d'une technique de double trépanation.
a–d. Un tunnel est créé entre la membrane de Descemet périphérique et le stroma du greffon à l'aide d'une pince puis la Descemet est trépanée à 9,5 mm. La Descemet périphérique est décollée à la pince, en laissant une zone centrale adhérente. Elle est ensuite trépanée à 8 mm, puis détachée en une seule fois en ne la saisissant qu'à un seul endroit pour minimiser les lésions endothéliales générées par la préparation. Le greffon, après coloration par le bleu trypan, est aspiré dans l'injecteur. Cette technique permet de préparer un greffon pour la DMEK et un autre pour une greffe lamellaire antérieure profonde à partir d'une seule cornée.
). Plusieurs techniques permettent d'obtenir un greffon endothélio-descemétique ou un greffon ultrafin sans trop léser l'endothélium. L'échec de la préparation du greffon est un événement rare une fois la courbe d'apprentissage de la technique passée. En outre, certaines banques de tissus fournissent des greffons prédécoupés, ce qui raccourcit beaucoup le temps opératoire (la préparation du greffon est aussi longue que la greffe elle-même). La greffe endothéliale est réalisée sous anesthésie générale ou locale, avec une incision cornéenne ou sclérale dont la taille est généralement de 2,4 mm pour la DMEK et 4 mm pour la DSAEK.
Un descemétorhexis est réalisé sous air ou sous viscoélastique. La taille optimale du greffon et du descemétorhexis est sujette de discussion. Le greffon devra être d'autant plus grand que l'endothélium périphérique est anormal. Le descemétorhexis peut avoir une taille égale ou supérieure au diamètre de trépanation du greffon. Bon nombre de chirurgiens utilisent un descemétorhexis de taille supérieure à celle du greffon pour éviter les chevauchements entre la membrane de Descemet périphérique du patient et le greffon. Ces chevauchements pourraient augmenter le risque de détachement du greffon en postopératoire. L'inconvénient est que l'on sacrifie des cellules endothéliales périphériques potentiellement encore fonctionnelles et utiles pour la survie du greffon à long terme. Lorsque l'on utilise un greffon de taille identique à celle du descemétorhexis, on a souvent des petites zones de recouvrement de la membrane de Descemet périphérique par le greffon et des petites zones de stroma mis à nu. Avec une technique chirurgicale éprouvée, cela ne conduit pas à une augmentation du taux de « rebullage» postopératoire.
Le greffon est implanté à l'aide d'un injecteur, déplié et centré. La greffe est très largement facilitée par l'utilisation de l'OCT peropératoire qui permet de contrôler le sens du greffon et son centrage (fig. 42-14
Fig. 42-14
DMEK pour dystrophie de Fuchs.
Un descemétorhexis est réalisé sous air (a). Le greffon est inséré en chambre antérieure à l'aide d'un injecteur (b). Il est ensuite déroulé et centré. L'OCT permet de vérifier la bonne orientation du greffon (celui-ci s'enroule endothélium vers l'extérieur; le bord du greffon doit être dirigé vers la cornée) et son centrage (à ce stade de l'intervention, le greffon n'est plus toujours visible au microscope opératoire et seul l'OCT permet de bien le visualiser) (c). La chambre antérieure est remplie d'un mélange air SF6 à 20 % (d).
). Un tamponnement par air ou bien mélange air-SF6 20 % permet de maintenir le greffon le temps de la reprise de la fonction de pompe de l'endothélium greffé. Le SF6 ne doit pas être utilisé en présence d'un implant hydrophile. Une iridectomie périphérique inférieure est nécessaire pour éviter le blocage pupillaire. Le patient est positionné en décubitus dorsal tête à plat en postopératoire pendant quelques jours. Il faut vérifier dans les heures qui suivent la greffe que la bulle d'air reste bien en chambre antérieure. Lorsqu'elle passe en chambre postérieure, elle entraîne un blocage pupillaire et une fermeture de l'angle iridocornéen avec un glaucome aigu. Cela nécessite une aspiration d'air pour permettre de lever le blocage et de faire repasser l'air en chambre antérieure. Une réinjection d'air est nécessaire lorsque le greffon n'est pas partout adhérent en postopératoire (un détachement même partiel du greffon est source de perte cellulaire endothéliale postopératoire accélérée) [80 , 81]. Le taux de réinjection est plus important avec les greffons endothélio-descemétiques et nanofins qu'avec les greffons plus épais.
Le traitement postopératoire comporte un collyre hypotonisant pendant quelques jours et une association corticoïde-antibiotique.
Face à un œdème cornéen évolué avec fibrose stromale, la greffe endothéliale reste toujours possible, mais elle ne permet pas une récupération visuelle complète, car la fibrose stromale est une lésion irréversible. Si l'on veut obtenir une bonne récupération fonctionnelle, il faut alors réaliser une kératoplastie transfixiante classique qui peut être combinée avec la chirurgie de la cataracte.
Les études rapportant les résultats de la greffe endothéliale et de la greffe transfixiante dans la dystrophie de Fuchs sont le plus souvent non comparatives et jamais prospectives randomisées. L'analyse de la littérature tend à montrer un taux de survie du greffon à 5 ans plus élevé avec la greffe endothéliale qu'avec la greffe transfixiante, un taux de rejet plus faible et une récupération visuelle de meilleure qualité [82]. Néanmoins, le niveau de preuve est faible et on ne peut pas conclure avec certitude que la greffe endothéliale est meilleure que la greffe transfixiante, même si cette dernière n'est plus pratiquée qu'en cas de fibrose stromale importante. À 5 ans, la DMEK est associée à une récupération visuelle meilleure que la DSAEK [83].
Ablation de la membrane de Descemet sans greffe de cornée
Lorsqu'il existe un œdème cornéen purement central avec un endothélium cornéen périphérique encore fonctionnel, un simple descemétorhexis central ( Descemet stripping without endothelial keratoplasty [DWEK] ou Descemet stripping only [DSO]) peut permettre une recolonisation de la cornée centrale par les cellules endothéliales périphériques et une disparition de l'œdème cornéen. La récupération fonctionnelle postopératoire est assez lente (environ 6 mois), car les cellules endothéliales migrent lentement. Un collyre inhibiteur des Rho kinases peut être utile pour favoriser la migration cellulaire endothéliale. Malheureusement, ces collyres ne sont pas disponibles en France et leur coût est très élevé. La DWEK/DSO est une technique actuellement peu répandue, car la récupération visuelle est lente, le taux de succès inférieur à 100 % et l'état des patients est d'abord aggravé par la chirurgie avant d'obtenir le bénéfice de celle-ci [84].
Thérapeutiques innovantes
La dernière possibilité est de réaliser une greffe de cellules endothéliales cultivées [85]. Cette greffe n'est actuellement pratiquée que par une équipe japonaise dans le cadre d'un essai clinique. Les premiers résultats sont encourageants sans être aussi bons que ceux de la DMEK ou de la DSAEK ultra- ou nanofine. Il est possible de sélectionner des cellules matures permettant d'obtenir des résultats équivalents ou meilleurs que ceux de la DMEK [86]. Ainsi, à 3 ans de la greffe, une densité cellulaire endothéliale médiane à 3083 cellules/mm 2 a pu être obtenue avec des cellules matures versus 1349 cellules/mm 2 avec des cellules non matures.
La thérapie génique pourrait dans l'avenir fournir de nouvelles approches thérapeutiques de la dystrophie de Fuchs. Ainsi, l'édition postnatale du gène fondée sur CRISPR/Cas9 permet, dans un modèle murin de la dystrophie de Fuchs à début précoce, un sauvetage structurel et fonctionnel du gène COL8A2 . Une injection intraoculaire unique d'un adénovirus codant à la fois pour le gène Cas9 et l'ARN guide (Ad-Cas9-Col8a2gRNA) permet d'inhiber efficacement l'expression du gène mutant de COL8A2 dans les cellules endothéliales cornéennes et d'éviter le développement de la dystrophie chez la souris [87].
Traitement palliatif des douleurs
En cas de douleurs sur un œil n'ayant pas de potentiel de récupération visuelle, il n'y a pas d'indication à une greffe de cornée, mais les douleurs peuvent être soulagées par une photokératectomie thérapeutique, ou bien une greffe de membrane amniotique en inlay et overlay .
Points forts
  • La dystrophie de Fuchs est la plus fréquente des dystrophies endothéliales.
  • Il existe un support génétique évident, mais surtout marqué pour les formes cliniques précoces.
  • La majorité des patients atteints sont peu symptomatiques et ne seront pas greffés.
  • La greffe endothéliale donne d'excellents résultats avec un taux relativement faible de complications.
  • Des approches pharmacologiques et des procédures de cultures cellulaires pourraient modifier profondément la prise en charge dans la prochaine décennie.
42.2. Dystrophie postérieure polymorphe

V. Borderie, C. Georgeon

La dystrophie postérieure polymorphe (DPP) est une pathologie rare, congénitale, à transmission autosomique dominante et à début précoce.
Physiopathologie
La DPP est une pathologie primitive de l'endothélium cornéen. Elle se caractérise par une métaplasie épithéliale de l'endothélium cornéen [88]. On retrouve ainsi la présence de microvillosités et de desmosomes au niveau des cellules endothéliales (structures absentes dans un endothélium normal) et une stratification de l'endothélium cornéen (alors que l'endothélium normal est composé d'une monocouche de cellules hexagonales).
Génétique
La DPP, ou posterior polymorphous corneal dystrophy (PPCD), est classée comme une anomalie de la différenciation finale des cellules endothéliales qui dérivent de la crête neurale. Sur le plan génétique, on distingue plusieurs formes de la dystrophie qui sont associés à des mutations de gènes différents :
  • PPCD1 correspond à des mutations du gène OVOL2 ( ovo like zinc finger 2 ) localisé en 20p11.2 [89];
  • PPCD3 correspond à des mutations du gène ZEB1 ( zinc finger E box-binding homeobox 1 ) localisé en 10p11.22 [90];
  • PPCD4 correspond à des mutations du gène GRHL2 ( grainyhead like transcription factor 2 ) localisé en 8q22.3;
  • PPCD2 (OMIM#609140) correspond à des mutations du gène COL8A2 localisé en 1p34.3ep32.3 [91]. Cette forme de DPP pourrait correspondre en fait à la forme précoce de la dystrophie de Fuchs;
  • PPCD1, PPCD3 et PPCD4 sont catégorisées 1 par la conférence de consensus global sur la classification des dystrophies cornéennes [92].
Microscopie optique
L'étude histologique après coloration par l'acide périodique Schiff ou le trichrome de Masson montre un endothélium remplacé par des cellules aplaties de type épithélial en multicouche. Le stroma postérieur peut présenter des dépressions ou des discontinuités de la membrane de Descemet. La membrane de Descemet est inégale, recouverte d'une couche de collagène beaucoup plus épaisse sécrétée par des cellules endothéliales aberrantes, dont certaines sont localisées à l'intérieur de la couche postérieure. Des bulles, des discontinuités ou une duplication de la couche de cellules endothéliales peuvent être observées. En immunohistochimie, l'endothélium est positif pour la cadhérine E (E-CAD) et la cytokératine 7 (CK7), ce qui démontre la métaplasie épithéliale [93].
Ultrastructure de l'endothélio-Descemet
La zone antérieure périodique ( anterior banded zone [ABZ]) de la membrane de Descemet est normale. La zone postérieure non périodique ( posterior non banded zone [PNBZ]) est nettement anormale, avec des anomalies de l'épaisseur, un aspect multilamellaire et des gouttes occasionnelles. Deux couches de collagène peuvent se déposer en arrière de la membrane de Descemet. Les cellules endothéliales affectées présentent des caractéristiques ultrastructurales des cellules épithéliales, telles que des microvillosités et des desmosomes.
Présentation clinique
La présentation clinique est bilatérale et souvent asymétrique. L'évolution est progressive, ou bien (cas le plus fréquent) non évolutive (pas d'évolution vers la constitution d'un œdème cornéen). La dystrophie est le plus souvent asymptomatique avec un diagnostic fortuit porté lors d'un examen ophtalmologique de routine. Dans les cas évolutifs, un œdème cornéen se constitue avec son cortège de signes fonctionnels : brouillard matinal, baisse d'acuité visuelle, photophobie, douleurs.
Cliniquement, on distingue trois formes de la dystrophie :
  • une forme vésiculaire avec des lésions de petite taille arrondies dans le plan de la membrane de Descemet (fig. 42-16
    Fig. 42-16
    Aspect biomicroscopique de la forme vésiculaire de la dystrophie postérieure polymorphe avec des lésions de petite taille arrondies dans le plan de la membrane de Descemet.
    );
  • une forme en bandes avec une ou plusieurs lésions en rails de chemin de fer (fig. 42-17
    Fig. 42-17
    Aspect biomicroscopique de la forme en bandes de la dystrophie postérieure polymorphe avec une lésion en rails de chemin de fer.
    );
  • et une forme diffuse associant des lésions vésiculaires et des lésions en bande (fig. 42-18,
    Fig. 42-18
    Aspect biomicroscopique de la forme diffuse de la dystrophie postérieure polymorphe associant des lésions vésiculaires et des lésions en bande.
    fig. 42-19
    Fig. 42-19
    Aspect biomicroscopique de la forme diffuse de la dystrophie postérieure polymorphe montrant l'aspect lunaire de la surface descemétique.
    ) [94].
Les formes vésiculaires et en bande peuvent être sporadiques et unilatérales. L'examen à la lampe à fente montre des lésions nodulaires et vésiculaires dans le plan de la membrane de Descemet, des lésions en bande faisant évoquer des rails de chemin de fer, un aspect en surface lunaire avec des cratères et un haze stromal postérieur autour des lésions. Des cas occasionnels peuvent être associés à une opacification diffuse de la membrane de Descemet et à de multiples opacités endothéliales vésiculaires plus grandes.
Les anomalies cornéennes dans la DPP sont généralement mieux détectées en rétro-illumination. L'opacification cornéenne est rarement congénitale, bien que l'évolution puisse être plus sévère dans certaines familles. Les lésions endothéliales restent souvent stables au cours de la vie. Une progression lente des vésicules polymorphes et un épaississement de la membrane de Descemet au fil des années et des décennies, provoquant parfois une décompensation endothéliale, sont possibles.
Associations avec d'autres pathologies oculaires
L'atteinte endothéliale peut être associée à la formation de synéchies antérieures périphériques dans environ 25 % des cas, un phénomène d'endothélialisation de la chambre antérieure, un glaucome dans environ 15 % à 35 % des cas, une augmentation du pouvoir réfractif de la cornée, un kératocône (fig. 42-20
Fig. 42-20
Dystrophie postérieure polymorphe associée à un kératocône.
) [95]. Un œdème cornéen peut se développer, nécessitant une kératoplastie chez environ 20 % à 25 % des patients atteints.
Dans le syndrome d'Alport , qui est lié au chromosome X, les lésions endothéliales de DPP sont associées à un lenticône antérieur, une rétinopathie, une insuffisance rénale et une surdité. Le gène muté est celui de la chaîne α5 du collagène IV. Ce syndrome ne peut pas être considéré comme une dystrophie cornéenne, car il s'agit d'une maladie systémique et non d'une pathologie purement cornéenne.
Microscopies spéculaire et confocale
La microscopie spéculaire et la microscopie confocale in vivo montrent des zones noires arrondies qui correspondent à l'aspect en cratères à la lampe à fente, des lésions en bande noire bien limitées, en traces d'escargots sinueuses, typiquement horizontales, avec des spots ou des lignes blanches en leur sein (fig. 42-21
Fig. 42-21
Microscopie spéculaire de la dystrophie postérieure polymorphe montrant des lésions vésiculaires de l'endothélio-Descemet.
) [96]. Ces lésions sont entourées de cellules endothéliales anormales de grande taille et polymorphes. La densité endothéliale peut être diminuée, avec un pléomorphisme et un polymégathisme modérés. Le noyau des cellules endothéliales pathologiques est hyperréflectif en microscopie confocale (fig. 42-22
Fig. 42-22
Microscopie confocale de la dystrophie postérieure polymorphe diffuse montrant une hyperréflectivité des noyaux des cellules endothéliales pathologiques, un œdème intraépithélial, une fibrose sous-épithéliale, une diminution de la densité kératocytaire, une activation kératocytaire et une visibilité accrue des stries stromales.
).
Au niveau épithélial et stromal, on peut retrouver, dans la forme diffuse, des anomalies liées à l'œdème épithélial et stromal, telles qu'un œdème intra-épithélial, une fibrose sous-épithéliale, une diminution de la densité kératocytaire, une activation kératocytaire ou une visibilité accrue des stries stromales.
Dans une population pédiatrique, la densité endothéliale des enfants atteints de DPP était significativement plus faible que celle des enfants normaux, mais la perte cellulaire endothéliale annuelle était similaire entre les deux groupes [97]. Une cornea guttata peut entourer les lésions.
Tomographie
En OCT spectral domain , on retrouve des dépressions dans le stroma postérieur, un épaississement et des interruptions de la membrane de Descemet, une irrégularité de l'épaisseur descemétique qui est variable en fonction de la localisation à sa surface (fig. 42-23
Fig. 42-23
Coupes OCT-SD de la dystrophie postérieure polymorphe diffuse montrant un épaississement de la membrane de Descemet, une irrégularité de l'épaisseur descemétique qui est variable en fonction de la localisation.
). Le mode en face visualise parfaitement l'aspect lunaire de la membrane de Descemet avec des cratères (fig. 42-24
Fig. 42-24
Mode en face de l'OCT-SD dans la dystrophie postérieure polymorphe diffuse montrant l'aspect lunaire de la membrane de Descemet avec des cratères (b).
L'aspect est très proche de celui observé à la lampe à fente (a).
). Le stroma postérieur peut être hyperréflectif et l'épaisseur cornéenne augmentée en cas d'œdème (fig. 42-25
Fig. 42-25
Mapping cornéen de l'OCT-SD dans la dystrophie postérieure polymorphe diffuse montrant l'augmentation de l'épaisseur cornéenne due à un œdème débutant avec, notamment, une asymétrie de l'épaisseur cornéenne centrale entre les deux yeux.
). La figure 42-26
Fig. 42-26
Correspondance entre l'aspect des coupes OCT-SD (en haut) et la visualisation en mode en face (en bas) fournie par l'OCT-SD et la microscopie confocale des lésions descemétiques de la dystrophie postérieure polymorphe diffuse.
montre la correspondance entre l'aspect en coupe transversale et la visualisation en mode en face des lésions descemétiques.
Traitement
Dans les formes asymptomatiques, qui sont les plus fréquentes, aucun traitement n'est requis. En cas d'hypertonie, un traitement hypotonisant doit être prescrit et une surveillance du glaucome instaurée. Un œdème cornéen source de brouillard matinal avec une vision conservée dans la journée peut être amélioré par un collyre hypertonique qui réduit l'œdème matinal (ODM 5 sol opht œdèmes cornéens® à base active de chlorure de sodium; Osmodrop Free sol opht® à base active de mannitol et de glycérol). Ces collyres sont instillés le matin au réveil voire quatre fois par jour. Ils ne sont utiles que s'ils réduisent la gêne fonctionnelle. Ils n'ont en effet pas d'impact sur l'évolution de la dystrophie.
Lorsque l'œdème cornéen entraîne une baisse de la vision, la greffe endothéliale devient utile. Les techniques de la greffe endothéliale comportent la DMEK ( Descemet membrane endothelial keratoplasty ) et la DSAEK ( Descemet stripping automated endothelial keratoplasty ) que l'on classe en nanofine (greffon de moins de 50 μm d'épaisseur), ultrafine (50 à 100 μm), fine (100 à 150 μm) et conventionnelle (plus de 150 μm) [98]. Face à un œdème cornéen évolué avec fibrose stromale, la greffe endothéliale reste toujours possible, mais elle ne permet pas une récupération visuelle complète car la fibrose stromale est une lésion irréversible. Si l'on veut obtenir une bonne récupération fonctionnelle, il faut alors réaliser une kératoplastie transfixiante classique.
En cas de douleurs sur un œil n'ayant pas de potentiel de récupération visuelle, il n'y a pas d'indication à une greffe de cornée, mais les douleurs peuvent être soulagées par une photokératectomie thérapeutique, ou une greffe de membrane amniotique en inlay et overlay .
42.3. Dystrophie endothéliale congénitale héréditaire (CHED)

P. Fournié

Introduction
La dystrophie endothéliale congénitale héréditaire ( congenital hereditary endothelial dystrophy [CHED]) se manifeste par une opacification cornéenne bilatérale présente à la naissance ou dans la période néonatale immédiate. Elle est due à une mutation autosomique récessive affectant l'endothélium cornéen. La CHED autosomique dominante, anciennement appelée CHED1, a été retirée de la classification de l'International Committee for Classification of Corneal Dystrophies (IC3D; 2 e éd., 2015) [99] et a été reclassée sur des analyses cliniques, histopathologiques et au microscope électronique comme une forme de dystrophie cornéenne polymorphe postérieure. La CHED autosomique récessive, anciennement appelée CHED2, est actuellement appelée CHED. La CHED a été décrite pour la première fois par Laurence (1863) sous le nom de corneitis interstitialis in utero et a d'abord été classée comme une variante de la kératite interstitielle intra-utérine, puis comme une dystrophie stromale [100]. En 1960, Maumenee [101] a émis l'hypothèse que la CHED résultait d'un dysfonctionnement primaire de l'endothélium cornéen.
Clinique
La CHED se caractérise par une opacité cornéenne bilatérale, souvent asymétrique, diffuse et non inflammatoire accompagnée d'un œdème. La connaissance d'une consanguinité parentale peut faire évoquer ce diagnostic. Le tableau clinique peut varier d'une légère opacité à une opacité modérée à sévère (fig. 42-27
Fig. 42-27
Dystrophie endothéliale congénitale héréditaire (CHED).
a. Forme légère. L'opacification cornéenne ne masque pas les détails de l'iris. La cornée, vue en fente fine, est épaissie. b. Forme modérée. L'opacité cornéenne masque les détails de l'iris, mais pas le bord pupillaire.
), diffuse, homogène, gris-blanc, en verre dépoli, qui touche l'ensemble de la cornée d'un limbe à l'autre. L'opacification de la cornée est généralement présente à la naissance ou au cours de la période néonatale. Une opacification cornéenne dense au moment du diagnostic est généralement stationnaire. Moindre, elle peut progresser lentement et discrètement, avec l'apparition de modifications secondaires. Il n'y a pas de photophobie, ni de larmoiement associés. Un nystagmus est souvent présent dans les cas d'opacification cornéenne sévère à un âge précoce.
Ramappa et al. [102] ont classé l'opacification cornéenne dans la CHED en fonction de la visibilité des structures de l'iris et de la présence ou de l'absence de cicatrices stromales antérieures en :
  • légère : lorsque l'opacification cornéenne minime ne masque pas les détails de l'iris;
  • modérée : lorsque les détails de l'iris sont masqués, mais que la silhouette pupillaire reste visible;
  • sévère : lorsque les détails de l'iris et de la pupille sont tous deux masqués.
Histologie
Les cellules endothéliales sont significativement réduites, éparses et altérées, multinucléées, avec de nombreuses vacuoles intracellulaires, atrophiées [103]. Les enfants naissent avec une densité de cellules endothéliales cornéennes à environ 10 % de celle de témoins appariés selon l'âge. La membrane de Descemet présente une couche antérieure normale, mais la couche de collagène postérieure peut être épaissie jusqu'à 20 à 40 μm en raison d'une sécrétion anormale par les cellules endothéliales. Le stroma est épaissi, œdémateux, avec une désorganisation sévère de la structure lamellaire. La couche de Bowman peut être interrompue, fibreuse selon la durée de l'œdème. L'œdème épithélial peut en revanche être absent, ou assez discret.
Examens complémentaires
  • Pachymétrie . Les cas de CHED peuvent présenter une épaisseur cornéenne 2 à 3 fois supérieure à celle de cornées normales de même âge. La pression intraoculaire (PIO) est habituellement normale, mais peut fluctuer selon le degré d'œdème cornéen stromal.
  • OCT de segment antérieur [104]. L'épaisseur cornéenne est très augmentée. Le stroma est hyperréflectif. La membrane de Descemet est très épaissie et homogène, hyporéflective.
  • Microscopie confocale in vivo [104]. La membrane de Descemet est grise et homogène. Les cellules endothéliales restantes présentent un polymégathisme modéré, des noyaux élargis et hyperréflectifs ainsi que des contours mal définis.
  • Contrôle audiométrique. Un contrôle audiométrique doit également être envisagé en raison de la possibilité d'un syndrome de Harboyan , une forme de CHED associée à une perte auditive neurosensorielle [105]. Le déficit auditif n'est généralement pas détecté avant l'âge de 10 à 25 ans et aucun cas de surdité prélinguale n'a été rapporté.
Épidémiologie – génétique
La prévalence et l'incidence actuelles de la CHED ne sont pas connues. Une étude publiée en 1998 portant sur 1124654 naissances en Espagne rapporte une incidence des opacités cornéennes congénitales de 3,11/100000 nouveau-nés [106].
Les cas identifiés de CHED concernent principalement des enfants ayant des antécédents familiaux de dystrophie cornéenne et des parents consanguins. La CHED est due à une mutation du gène SLC4A11 , situé sur le chromosome 20p13. Plus de 100 variations du gène SLC4A11 ont été identifiées comme étant la cause génétique de la CHED [107]. Ces variations sont transmises selon un modèle autosomique récessif, et se manifestent chez les individus affectés soit à l'état homozygote, soit à l'état hétérozygote. Une hétérogénéité génétique est cependant suggérée par l'absence de mutations retrouvée de SLC4A11 chez certains patients porteurs de CHED. Une étude portant sur le dépistage de mutations chez 21 patients iraniens chez qui une CHED a été diagnostiquée a noté l'absence de mutation de SLC4A11 chez une patiente, mais une mutation de MPDZ , également retrouvée chez sa mère, atteinte de dystrophie endothéliale de Fuchs [108].
Le gène SLC4A11 n'est pas strictement lié à la CHED, et des mutations de ce gène peuvent également entraîner une dystrophie cornéenne endothéliale de Fuchs [108] et un syndrome de Harboyan [105]. Une étude publiée en 2020 a évalué les parents de 9 patients atteints de CHED et a rapporté qu'un parent de chaque groupe présentait des signes précoces de dystrophie endothéliale de Fuchs en raison d'une mutation hétérozygote de SLC4A11 [109]. Le syndrome de Harboyan se caractérise par une CHED accompagnée d'une perte auditive neurosensorielle progressive entre 10 et 25 ans. Il s'agit d'un trouble allélique, présent sur les mêmes gène et locus que la mutation CHED, et identique à la CHED à la naissance [105]. Des résultats ont suggéré que la CHED se développant en raison de mutations homozygotes de SLC4A11 évolue plus souvent vers le syndrome de Harboyan [110].
Physiopathologie
Le gène SLC4A11 code pour la protéine transmembranaire BTR1 qui intervient dans les transports de liquides et d'électrolytes à travers la cellule endothéliale pour éliminer l'excès d'eau du stroma. Les mutations de SLC4A11 dans la CHED se traduisent le plus souvent par une protéine BTR1 tronquée, retenue dans le réticulum endoplasmique et incapable d'atteindre la membrane cellulaire, ni de fonctionner correctement. Le dysfonctionnement de cette protéine perturbe l'équilibre normal des ions et de l'eau dans la cornée, et entraîne l'accumulation d'un excès de liquide dans le stroma cornéen, provoquant un œdème et une opacification de la cornée [107 , 111]. Un deuxième mécanisme implique le stress oxydant qui joue un rôle important dans la dégénérescence et l'apoptose des cellules endothéliales de la cornée. La rétention cytoplasmique de la protéine SLC4A11 mutée entraîne des niveaux plus élevés d'espèces réactives de l'oxygène (ROS) et augmente le stress cellulaire [112].
Certaines études ont suggéré que les mutations SLC4A11 qui entraînent un mauvais repliement de la protéine BTR-1 retenue dans le réticulum endoplasmique pourraient être corrigées de manière non chirurgicale avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) [113-114-115]. Une étude de 2015 rapporte qu'un AINS, la glafénine, corrigeait de manière significative les défauts de repliement et restaurait l'activité fonctionnelle de la surface cellulaire endothéliale [115]. Une autre étude réalisée en 2018 a testé cinq AINS pour leur capacité de corriger les mutants retenus dans le réticulum endoplasmique, et a montré que le diclofénac et le népafénac étaient efficaces pour restaurer une activité de flux d'eau similaire à celle du SLC4A11 non muté [114]. La limitation de ce bénéfice potentiel dépend du fait que la mutation SLC4A11 d'un individu entraîne ou non des protéines mal repliées qui sont retenues dans le réticulum endoplasmique. Il s'agit d'un traitement prometteur, car la majorité des cas de CHED sont associés à des protéines retenues dans le réticulum endoplasmique. D'autres essais cliniques sont nécessaires pour établir des schémas posologiques appropriés.
Prise en charge
En raison de l'absence d'une approche conservatrice établie, la greffe de cornée reste le traitement de l'opacité cornéenne dans la CHED. Le choix interventionnel est, comme toujours en pédiatrie, difficile et guidé par les bénéfices recherchés pour corriger précocement une amblyopie et les risques prévisibles d'une greffe de cornée chez le très jeune enfant.
Kératoplastie transfixiante (KT)
La KT pédiatrique présente des problèmes pré-, per- et postopératoires uniques. En préopératoire, l'évaluation du degré de déficience visuelle est difficile chez l'enfant préverbal, et certains enfants souffrant d'une CHED légère peuvent avoir une vision raisonnablement bonne sans intervention chirurgicale. Le bon moment pour une intervention chirurgicale n'est pas toujours clair. Certains ont recommandé d'attendre l'apparition d'un strabisme ou d'un nystagmus. D'autres ont suggéré une intervention plus précoce, car un retard de l'opération peut augmenter le risque d'amblyopie. Il s'agit donc d'un compromis entre la prévention de l'amblyopie et la tentation d'améliorer la survie du greffon.
Les défis peropératoires d'une KT pédiatrique comprennent la gestion de la faible rigidité sclérale et la tendance à l'antéversion du plan cristallin-iris qui prédispose à l'affaissement de la chambre antérieure, à la formation de synéchies antérieures périphériques, à l'incarcération de l'iris dans la plaie, au traumatisme endothélial, au glaucome et à l'hémorragie expulsive.
Les soins postopératoires sont beaucoup plus rapprochés. Les patients pédiatriques ont tendance à avoir une réponse inflammatoire rapide et sévère, prédisposant au rejet de greffe, à la formation de synéchies antérieures périphériques, au glaucome et à la cataracte. Une cicatrisation robuste peut entraîner une néovascularisation cornéenne, une contraction inégale des tissus, un relâchement précoce des sutures, un astigmatisme irrégulier, un chevauchement donneur-receveur, avec une mauvaise épithélialisation et une ulcération. Des examens fréquents, souvent mensuels, sous anesthésie générale et une observation vigilante des parents ou des soignants sont importants pour la détection précoce du rejet de greffe et des complications liées aux sutures.
De plus, après une intervention chirurgicale, une cicatrice transfixiante présente un risque de rupture traumatique élevé chez les enfants. Une étude rétrospective comparant les données des KT effectuées entre 1978 et 2013 d'une cohorte irlandaise de 24 yeux (14 patients) rapporte un taux moyen de survie du greffon de 36 % après un suivi moyen de 101 mois [116]. Des études plus récentes rapportent un taux de survie à 2 ans de 61,1 % à 89,3 % [107].
Greffes endothéliales
Les greffes endothéliales ont pour avantage, par rapport à la KT, une réhabilitation visuelle plus rapide, moins de complications liées aux sutures et un globe structurellement plus solide. Ces avantages sont particulièrement intéressants en pédiatrie. Le principal défi des greffes endothéliales est la difficulté de peler l'endothélio-Descemet, la mauvaise visualisation endothéliale à travers une cornée opaque qui peut nécessiter un OCT peropératoire, et le décubitus dorsal postopératoire.
Descemet stripping automated endothelial keratoplasty (DSAEK)
Une série de 30 yeux phaques de 16 patients pédiatriques atteints de CHED opérés par DSAEK rapporte une acuité visuelle postopératoire supérieure à 4/10 es dans 33 % des yeux opérés chez des enfants après 2 ans et dans 86 % des yeux chez des enfants opérés avant 2 ans [117]. La différence peut être due au traitement de l'amblyopie qui a commencé à un âge plus jeune. Une étude plus récente [118] rapporte les résultats de DSAEK pédiatriques réalisées entre 2008 et 2020. La CHED, l'indication la plus fréquente de DSAEK pédiatrique, avait une probabilité de survie du greffon à long terme de 97 %, 95 %, 90 % et 90 % à 1, 3, 5 et 7 ans, respectivement. Si l'on considère le moment de l'intervention chirurgicale dans le cas de la CHED, la tendance est à l'intervention précoce.
Descemet membrane endothelial keratoplasty (DMEK)
Saad et al. [119] ont rapporté 14 yeux opérés de CHED par DMEK, montrant que 13/14 yeux conservaient une cornée claire lors du suivi final (moyenne, 16,9 ± 8,1 mois). L'acuité visuelle corrigée s'est améliorée de 0,125 ± 0,5 (décimales) à 0,4 ± 0,63. La procédure est chirurgicalement exigeante et plus difficile à gérer chez les très jeunes.
Arbre décisionnel
Mehta et Ramappa [120] ont proposé un algorithme en divisant les cas de CHED en fonction de la visibilité du segment antérieur. Ainsi, les formes légères pourraient bénéficier d'une correction optique adaptée, d'une occlusion intermittente et de l'utilisation potentielle d'AINS. Les formes modérées pourraient tirer un plus grand bénéfice d'une DSAEK ou DMEK à un stade précoce, tandis que les formes sévères présentant des modifications secondaires telles que des cicatrices antérieures ou postérieures et/ou une kératopathie en bandelette pourraient bénéficier d'une KT.
Rééducation d'amblyopie
La rééducation doit intervenir dès que possible dans les formes où l'opacité cornéenne n'est pas complète, ou après greffe de cornée.
Conseil génétique
Sur le plan génétique, le risque d'avoir un frère ou une sœur atteint(e) de la maladie est de 25 %. Le risque que le patient ait une descendance atteinte est très faible, à condition d'éviter les mariages consanguins.
Diagnostics différentiels
Les cas de CHED peuvent facilement être confondus avec des affections qui se présentent comme des opacités cornéennes congénitales pouvant résulter de causes héréditaires, infectieuses, métaboliques ou d'anomalies du développement. L'examen clinique est capital pour orienter le diagnostic.
Glaucome congénital
Le glaucome congénital est généralement découvert à la naissance ou dans les premiers mois de la vie. La triade classique comprend larmoiement, photophobie et blépharospasme. Les signes caractéristiques du glaucome congénital comprennent un œdème bleuâtre de la cornée, des stries de Haab, une augmentation du diamètre de la cornée (mégalocornée), un étirement du limbe, une sclère bleue, une buphtalmie, une PIO élevée et des changements au niveau de la tête du nerf optique.
Traumatisme obstétrical oculaire
Un traumatisme obstétrical oculaire est le plus souvent dû à des manœuvres instrumentales. L'abandon des forceps au profit de spatules et les césariennes ont fait diminuer le risque de survenue de stries cornéennes, le plus souvent verticales, associées à un œdème cornéen. La PIO est normale, ainsi que le diamètre cornéen.
Dystrophie cornéenne endothéliale liée à l'X (XECD)
La dystrophie cornéenne endothéliale liée à l'X (XECD pour X-linked endothelial corneal dystrophy ) est une forme très rare de dystrophie cornéenne endothéliale décrite sur une large famille [121]. L'anomalie a été localisée sur le locus Xq25; le gène n'est pas connu. Elle touche principalement les hommes. Les femmes sont généralement asymptomatiques et présentent des modifications endothéliales semblables à des cratères de lune observés en rétro-illumination. En plus de ces caractéristiques, les hommes peuvent présenter une opacité cornéenne congénitale sous forme de haze diffus, d'aspect laiteux, en verre dépoli, qui évolue ensuite vers une kératopathie en bandelette avec ou sans nystagmus et une baisse de l'acuité visuelle. La PIO est généralement normale et il n'y a pas de synéchies iridocornéennes périphériques. La microscopie retrouve un amincissement épithélial et de la membrane basale, ainsi qu'une désorganisation stromale antérieure. La membrane de Descemet est épaissie sur sa couche antérieure, témoignant d'une atteinte anténatale, avec des zones dénudées en cellules endothéliales.
Dystrophie cornéenne postérieure polymorphe
C'est une maladie autosomique dominante dont la présentation est très variable, généralement asymptomatique, lentement progressive et habituellement bilatérale, mais asymétrique. Elle peut rarement se présenter par une opacité congénitale de la cornée. La plupart des patients sont asymptomatiques et la découverte est souvent fortuite. Les opacités de la membrane de Descemet et de l'endothélium prennent un motif vésiculaire, en forme de bande ou diffus caractéristique (voir chapitre 42-2).
Dystrophie stromale congénitale héréditaire
C'est une maladie autosomique dominante très rare qui se manifeste par une opacité diffuse de la cornée avec un aspect central floconneux dans le stroma et qui n'évolue pas après la naissance. La pachymétrie est conservée. L'endothélium est normal.
Mucopolysaccharidoses (MPS)
Les MPS constituent un groupe hétérogène de troubles du stockage lysosomal causés par l'accumulation intra- et extracellulaire de glycosaminoglycanes anormaux. Elles peuvent se manifester par une opacité cornéenne dans la période néonatale ou plus tardivement. Il s'agit notamment de la MPS IH (syndrome de Hurler) (), de la MPS IS (syndrome de Scheie) et de certains cas de MPS VI (syndrome de Maroteaux-Lamy). Les MPS sont souvent associées à des atteintes systémiques : nanisme, anomalies faciales et squelettiques, hépatosplénomégalie ou retard mental. Le diagnostic peut être confirmé en mesurant l'enzyme affectée dans les leucocytes périphériques, les fibroblastes dermiques cultivés ou les cellules amniotiques (voir).
Points forts
  • La dystrophie endothéliale congénitale héréditaire (CHED) est une maladie rare, autosomique récessive, qui provoque un dysfonctionnement endothélial entraînant une opacification de la cornée.
  • Les signes comprennent une opacification bilatérale de la cornée qui se manifeste dans la période néonatale immédiate par une augmentation de l'épaisseur de la cornée, un œdème cornéen et un épaississement de la membrane de Descemet.
  • Le traitement actuel nécessite une greffe transfixiante (KT) ou endothéliale (DSAEK ou DMEK).
  • De nouvelles études ont montré que certains AINS semblent efficaces pour restaurer l'activité du flux hydrique chez certains types mutationnels de patients atteints de CHED. Il s'agit d'une piste thérapeutique encourageante.
  • Un traitement par greffe précoce permet d'éviter l'amblyopie, mais peut augmenter le risque chirurgical et les complications postopératoires.
Bibliographie
42.1. Dystrophie de Fuchs
[1]
Borderie VM, Baudrimont M, Vallee A, et al. Corneal endothelial cell apoptosis in patients with Fuchs’ dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 2000 ; 41 : 2501-5.
[2]
Okumura N, Hashimoto K, Kitahara M, et al. Activation of TGF-beta signaling induces cell death via the unfolded protein response in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Sci Rep 2017 ; 7 : 6801-17.
[3]
Ong Tone S, Kocaba V, Böhm M, et al. Fuchs endothelial corneal dystrophy : the vicious cycle of Fuchs pathogenesis. Prog Retin Eye Res 2021 Jan : 80 : 100863.
[4]
Kocaba V, Katikireddy KR, Gipson I, et al. Association of the gutta-induced microenvironment with corneal endothelial cell behavior and demise in Fuchs endothelial corneal dystrophy. JAMA Ophthalmol 2018 ; 136 : 886-92.
[5]
Raphael B, Lange T, Wood TO, McLaughlin BJ. Growth of human corneal endothelium on altered Descemet’s membrane. Cornea 1992 ; 11 : 242-9.
[6]
Matthaei M, Zhu AY, Kallay L, et al. Transcript profile of cellular senescence-related genes in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Exp Eye Res 2014 ; 129 : 13-7.
[7]
Jurkunas UV, Bitar MS, Funaki T, Azizi B. Evidence of oxidative stress in the pathogenesis of fuchs endothelial corneal dystrophy. Am J Pathol 2010 ; 177 : 2278-89.
[8]
McCartney MD, Wood TO, McLaughlin BJ. Immunohistochemical localization of ATPase in human dysfunctional corneal endothelium. Curr Eye Res 1987 ; 6 : 1479-86.
[9]
McCartney MD, Wood TO, McLaughlin BJ. Moderate Fuchs’ endothelial dystrophy ATPase pump site density. Invest Ophthalmol Vis Sci 1989 ; 30 : 1560-4.
[10]
Tuberville AW, Wood TO, McLaughlin BJ. Cytochrome oxidase activity of Fuchs’ endothelial dystrophy. Curr Eye Res 1986 ; 5 : 939-47.
[11]
Mandell RB, Polse KA, Brand RJ, et al. Corneal hydration control in Fuchs’ dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 1989 ; 30 : 845-52.
[12]
Saini JS, Mittal S. In vivo quantification of corneal endothelium function. Acta Ophthalmol Scand 1996 ; 74 : 468-72.
[13]
Wilson SE, Bourne WM, O’Brien PC, Brubaker RF. Endothelial function and aqueous humor flow rate in patients with Fuchs’ dystrophy. Am J Ophthalmol 1988 ; 106 : 270-8.
[14]
Bahn CF, Falls HF, Varley GA, et al. Classification of corneal endothelial disorders based on neural crest origin. Ophthalmology 1984 ; 91 : 558-63.
[15]
Burns RR, Bourne WM, Brubaker RF. Endothelial function in patients with cornea guttata. Invest Ophthalmol Vis Sci 1981 ; 20 : 77-85.
[16]
Bourne WM. Clinical estimation of corneal endothelial pump function. Trans Am Ophthalmol Soc 1998 ; 96 : 229-39.
[17]
Bourne WM, Johnson DH, Campbell RJ. The ultrastructure of Descemet’s membrane. III. Fuchs’ dystrophy. Arch Ophthalmol 1982 ; 100 : 1952-5.
[18]
Rosenblum P, Stark WJ, Maumenee IH, et al. Hereditary Fuchs’ dystrophy. Am J Ophthalmol 1980 ; 90 : 455-62.
[19]
Altamirano F, Ortiz-Morales G, O’Connor-Cordova MA, et al. Fuchs endothelial corneal dystrophy : an updated review. Int Ophthalmol 2024 ; 44 : 61-24.
[20]
Matthaei M, Hribek A, Clahsen T, et al. Fuchs endothelial corneal dystrophy : clinical, genetic, pathophysiologic, and therapeutic aspects. Annu Rev Vis Sci 2019 ; 5 : 151-75.
[21]
Afshari NA, Pittard AB, Siddiqui A, Klintworth GK. Clinical study of Fuchs corneal endothelial dystrophy leading to penetrating keratoplasty : a 30-year experience. Arch Ophthalmol 2006 ; 124 : 777-80.
[22]
Gottsch JD, Sundin OH, Liu SH, et al. Inheritance of a novel COL8A2 mutation defines a distinct early-onset subtype of fuchs corneal dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 2005 ; 46 : 1934-9.
[23]
Weiss JS, Rapuano CJ, Seitz B, et al. IC3D classification of corneal dystrophies-Edition 3. Cornea 2024 ; 43 : 466-527.
[24]
Mootha VV, Hansen B, Rong Z, et al. Fuchs’ endothelial corneal dystrophy and RNA foci in patients with myotonic dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 2017 ; 58 : 4579-85.
[25]
Olsen T. Is there an association between Fuchs’ endothelial dystrophy and cardiovascular disease ? Graefes Arch Clin Exp Ophthalmol 1984 ; 221 : 239-40.
[26]
Lipman RM, Rubenstein JB, Torczynski E. Keratoconus and Fuchs’ corneal endothelial dystrophy in a patient and her family. Arch Ophthalmol 1990 ; 108 : 993-4.
[27]
Nagarsheth M, Singh A, Schmotzer B, et al. Relationship between Fuchs endothelial corneal dystrophy severity and glaucoma and/or ocular hypertension. Arch Ophthalmol 2012 ; 130 : 1384-8.
[28]
Pitts JF, Jay JL. The association of Fuchs’s corneal endothelial dystrophy with axial hypermetropia, shallow anterior chamber, and angle closure glaucoma. Br J Ophthalmol 1990 ; 74 : 601-4.
[29]
Rao GP, Kaye SB, Agius-Fernandez A. Central corneal endothelial guttae and age-related macular degeneration : is there an association ? Indian J Ophthalmol 1998 ; 46 : 145-7.
[30]
Goar EL. Dystrophy of the corneal endothelium (Cornea Guttata), with report of a histologic examination. Trans Am Ophthalmol Soc 1933 ; 31 : 48-59.
[31]
Lorenzetti DW, Uotila MH, Parikh N, Kaufman HE. Central cornea guttata. Incidence in the general population. Am J Ophthalmol 1967 ; 64 : 1155-8.
[32]
Krachmer JH, Purcell JJ Jr, Young CW, Bucher KD. Corneal endothelial dystrophy. A study of 64 families. Arch Ophthalmol 1978 ; 96 : 2036-9.
[33]
Nagaki Y, Hayasaka S, Kitagawa K, Yamamoto S. Primary cornea guttata in Japanese patients with cataract : specular microscopic observations. Jpn J Ophthalmol 1996 ; 40 : 520-5.
[34]
Kitagawa K, Kojima M, Sasaki H, et al. Prevalence of primary cornea guttata and morphology of corneal endothelium in aging Japanese and Singaporean subjects. Ophthalmic Res 2002 ; 34 : 135-8.
[35]
Zoega GM, Fujisawa A, Sasaki H, et al. Prevalence and risk factors for cornea guttata in the Reykjavik Eye Study. Ophthalmology 2006 ; 113 : 565-9.
[36]
Musch DC, Niziol LM, Stein JD, et al. Prevalence of corneal dystrophies in the United States : estimates from claims data. Invest Ophthalmol Vis Sci 2011 ; 52 : 6959-63.
[37]
Higa A, Sakai H, Sawaguchi S, et al. Prevalence of and risk factors for cornea guttata in a population-based study in a southwestern island of Japan : the Kumejima study. Arch Ophthalmol 2011 ; 129 : 332-6.
[38]
Eghrari AO, McGlumphy EJ, Iliff BW, et al. Prevalence and severity of Fuchs corneal dystrophy in Tangier Island. Am J Ophthalmol 2012 ; 153 : 1067-72.
[39]
Zhang X, Igo RP Jr, Fondran J, et al. Association of smoking and other risk factors with Fuchs’ endothelial corneal dystrophy severity and corneal thickness. Invest Ophthalmol Vis Sci 2013 ; 54 : 5829-35.
[40]
Iwamoto T, DeVoe AG. Electron microscopic studies on Fuchs’combined dystrophy. I. Posterior portion of the cornea. Invest Ophthalmol 1971 ; 10 : 9-28.
[41]
Adamis AP, Filatov V, Tripathi BJ, Tripathi RC. Fuchs’ endothelial dystrophy of the cornea. Surv Ophthalmol 1993 ; 38 : 149-68.
[42]
Amin SR, Baratz KH, McLaren JW, Patel SV. Corneal abnormalities early in the course of Fuchs’ endothelial dystrophy. Ophthalmology 2014 ; 121 : 2325-33.
[43]
Iwamoto T, DeVoe AG. Electron microscopic studies on Fuchs’ combined dystrophy. II. Anterior portion of the cornea. Invest Ophthalmol 1971 ; 10 : 29-40.
[44]
Schrems-Hoesl LM, Schrems WA, Cruzat A, et al. Cellular and subbasal nerve alterations in early stage Fuchs’ endothelial corneal dystrophy : an in vivo confocal microscopy study. Eye (Lond) 2013 ; 27 : 42-9.
[45]
Hirano K, Klintworth GK, Zhan Q, et al. Beta ig-h3 is synthesized by corneal epithelium and perhaps endotheliumin Fuchs’ dystrophic corneas. Curr Eye Res 1996 ; 15 : 965-72.
[46]
Calandra A, Chwa M, Kenney MC. Characterization of stroma from Fuchs’ endothelial dystrophy corneas. Cornea 1989 ; 8 : 90-7.
[47]
Borderie V, Baudrimont M, Bourcier T, et al. Cornea guttata et dystrophie de Fuchs. J Fr Ophtalmol 1999 ; 22 : 987-1002.
[48]
Kenney MC, Labermeier U, Hinds D, Waring GO 3rd. Characterization of the Descemet’s membrane/posterior collagenous layer isolated from Fuchs’ endothelial dystrophy corneas. Exp Eye Res 1984 ; 39 : 267-77.
[49]
Gottsch JD, Zhang C, Sundin OH, et al. Fuchs corneal dystrophy : aberrant collagen distribution in an L450W mutant of the COL8A2 gene. Invest Ophthalmol Vis Sci 2005 ; 46 : 4504-11.
[50]
Matthaei M, Hu J, Kallay L, et al. Endothelial cell microRNA expression in human late-onset Fuchs’ dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 2014 ; 55 : 216-25.
[51]
Okumura N, Hashimoto K, Kitahara M, et al. Activation of TGF-beta signaling induces cell death via the unfolded protein response in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Sci Rep 2017 ; 7 : 6801-17.
[52]
Jurkunas UV, Bitar M, Rawe I. Colocalization of increased transforming growth factor-beta-induced protein (TGFBIp) and Clusterin in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 2009 ; 50 : 1129-36.
[53]
Poulsen ET, Dyrlund TF, Runager K, et al. Proteomics of Fuchs’ endothelial corneal dystrophy support that the extracellular matrix of Descemet’s membrane is disordered. J Proteome Res 2014 ; 13 : 4659-67.
[54]
Weller JM, Zenkel M, Schlotzer-Schrehardt U, et al. Extracellular matrix alterations in late-onset Fuchs’ corneal dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 2014 ; 55 : 3700-8.
[55]
Muller LJ, Pels L, Vrensen GF. Novel aspects of the ultrastructural organization of human corneal keratocytes. Invest Ophthalmol Vis Sci 1995 ; 36 : 2557-67.
[56]
Sasaki Y, Tuberville AW, Wood TO, McLaughlin BJ. Freeze fracture study of human corneal endothelial dysfunction. Invest Ophthalmol Vis Sci 1986 ; 27 : 480-5.
[57]
Friedrich M, Hofmann CA, Chychko L, et al. Influence of subclinical corneal edema on contrast sensitivity in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Cornea 2024 ; 43(9) : 1154-61.
[58]
Wacker K, Baratz KH, Bourne WM, Patel SV. Patient-reported visual disability in Fuchs’ endothelial corneal dystrophy measured by the visual function and corneal health status instrument. Ophthalmology 2018 ; 125 : 1854-61.
[59]
Weller JM, Bennemann M, Tourtas T, et al. Differences in guttae ultramorphology in relation to visual function in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Cornea 2024 ; 43(11) : 1348-54.
[60]
Wilson SE, Bourne WM. Fuchs’ dystrophy. Cornea 1988 ; 7 : 2-18.
[61]
Loewenstein A, Hourvitz D, Goldstein M, et al. Association of fuchs’ corneal endothelial dystrophy with angle-closure glaucoma. J Glaucoma 1994 ; 3 : 201-5.
[62]
Brooks AM, Grant G, Gillies WE. The significance of anterior chamber depth in Fuchs’ corneal dystrophy and cornea guttata. Cornea 1994 ; 13 : 131-5.
[63]
Laing RA, Leibowitz HM, Oak SS, et al. Endothelial mosaic in Fuchs’ dystrophy. A qualitative evaluation with the specular microscope. Arch Ophthalmol 1981 ; 99 : 80-3.
[64]
Foo VHX, Lim GYS, Liu YC, et al. Deep learning for detection of Fuchs endothelial dystrophy from widefield specular microscopy imaging : a pilot study. Eye Vis (Lond) 2024 ; 11 : 11-24.
[65]
Prada AM, Quintero F, Mendoza K, et al. Assessing Fuchs corneal endothelial dystrophy using artificial intelligence-derived morphometric parameters from specular microscopy images. Cornea 2024 ; 43(9) : 1080-7.
[66]
Repp DJ, Hodge DO, Baratz KH, et al. Fuchs’ endothelial corneal dystrophy : subjective grading versus objective grading based on the central-to-peripheral thickness ratio. Ophthalmology 2013 ; 120 : 687-94.
[67]
Eleiwa T, Elsawy A, Ozcan E, Abou Shousha M. Automated diagnosis and staging of Fuchs’ endothelial cell corneal dystrophy using deep learning. Eye Vis (Lond) 2020 ; 7 : 44-20.
[68]
Alnawaiseh M, Zumhagen L, Wirths G, et al. Corneal densitometry, central corneal thickness, and corneal central-to-peripheral thickness ratio in patients with Fuchs endothelial dystrophy. Cornea 2016 ; 35 : 358-62.
[69]
Sun SY, Wacker K, Baratz KH, Patel SV. Determining subclinical edema in Fuchs endothelial corneal dystrophy : revised classification using Scheimpflug tomography for preoperative assessment. Ophthalmology 2019 ; 126 : 195-204.
[70]
Patel SV, Hodge DO, Treichel EJ, et al. Predicting the prognosis of Fuchs endothelial corneal dystrophy by using Scheimpflug tomography. Ophthalmology 2020 ; 127 : 315-23.
[71]
Mustonen RK, McDonald MB, Srivannaboon S, et al. In vivo confocal microscopy of Fuchs’ endothelial dystrophy. Cornea 1998 ; 17 : 493-503.
[72]
Wacker K, Grewing V, Fritz M, et al. Morphological and optical determinants of visual disability in Fuchs endothelial corneal dystrophy. Cornea 2019 ; 39(6) : 726-31.
[73]
Patel SV, Hodge DO, Treichel EJ, et al. Predicting the prognosis of Fuchs endothelial corneal dystrophy by using Scheimpflug tomography. Ophthalmology 2020 ; 127(3) : 315-23.
[74]
Memmi B, Knoeri J, Bouheraoua N, Borderie V. Intraocular lens calcification after pseudophakic endothelial keratoplasty Am J Ophthalmol 2023 ; 246 : 86-95.
[75]
Brooks AM, Grant G, Gillies WE. The use of specular microscopy to investigate unusual findings in the corneal endothelium and its adjacent structures. Aust N Z J Ophthalmol 1988 ; 16 : 235-43.
[76]
Birbal RS, Ni Dhubhghaill S, Bourgonje VJA, et al. Five-year graft survival and clinical outcomes of 500 consecutive cases after Descemet membrane endothelial keratoplasty. Cornea 2020 ; 39(3) : 290-7.
[77]
Tourabaly M, Chetrit Y, Provost J, et al. The influence of graft thickness and regularity on vision recovery after endothelial keratoplasty. Br J Ophthalmol 2020 ; 104(9) : 1317-23.
[78]
Kurji KH, Cheung AY, Eslani M, et al. Comparison of visual acuity outcomes between nanothin Descemet stripping automated endothelial keratoplasty and Descemet membrane endothelial keratoplasty. Cornea 2018 ; 37 : 1226-31.
[79]
Borderie VM, Sabolic V, Touzeau O, et al. Screening human donor corneas during organ culture for the presence of guttae. Br J Ophthalmol 2001 ; 85 : 272-6.
[80]
Oellerich S, Ham L, Frank LE, et al. Parameters associated with endothelial cell density variability after Descemet membrane endothelial keratoplasty. Am J Ophthalmol 2020 ; 211 : 22-30.
[81]
Baydoun L, Ham L, Borderie V, et al. Endothelial survival after Descemet membrane endothelial keratoplasty : effect of surgical indication and graft adherence status. JAMA Ophthalmol 2015 ; 133 : 1277-85.
[82]
Lemaitre D, Tourabaly M, Borderie V, Dechartres A. Long-term outcomes after lamellar endothelial keratoplasty compared to penetrating keratoplasty for corneal endothelial dysfunction : a systematic review. Cornea 2023 ; 42 : 917-28.
[83]
Fu L, Hollick EJ. Comparison of long-term outcomes of DSEK and DMEK in Fuchs endothelial dystrophy. Cornea 2024 ; 43 : 184-9.
[84]
Borkar DS, Veldman P, Colby KA. Treatment of Fuchs endothelial dystrophy by Descemet stripping without endothelial keratoplasty. Cornea 2016 ; 35 : 1267-73.
[85]
Kinoshita S, Koizumi N, Ueno M, et al. Injection of cultured cells with a ROCK inhibitor for bullous keratopathy. N Engl J Med 2018 ; 378 : 995-1003.
[86]
Ueno M, Toda M, Numa K, et al. Superiority of mature differentiated cultured human corneal endothelial cell injection therapy for corneal endothelial failure. Am J Ophthalmol 2022 ; 237 : 267-77.
[87]
Uehara H, Zhang X, Pereira F, et al. Start codon disruption with CRISPR/Cas9 prevents murine Fuchs’ endothelial corneal dystrophy. Elife 2021 ; 10 : e55637.
42.2. Dystrophie postérieure polymorphe
[88]
Rodrigues MM, Sun TT, Krachmer J, Newsome D. Epithelialization of the corneal endothelium in posterior polymorphous dystrophy. Invest Ophthalmol Vis Sci 1980 ; 19 : 832-5.
[89]
Héon E, Mathers WD, Alward WL, et al. Linkage of posterior polymorphous corneal dystrophy to 20q11. Hum Mol Genet 1995 ; 4 : 485-8.
[90]
Bakhtiari P, Frausto RF, Roldan AN, et al. Exclusion of pathogenic promoter region variants and identification of novel nonsense mutations in the zinc finger E-box binding homeobox 1 gene in posterior polymorphous corneal dystrophy. Mol Vis 2013 ; 19 : 575-80.
[91]
Biswas S, Munier FL, Yardley J, et al. Missense mutations in COL8A2, the gene encoding the alpha2 chain of type VIII collagen, cause two forms of corneal endothelial dystrophy. Hum Mol Genet 2001 ; 10 : 2415-23.
[92]
Weiss JS, Rapuano CJ, Seitz B, et al. IC3D classification of corneal dystrophies-Edition 3. Cornea 2024 ; 43 : 466-527.
[93]
Jirsova K, Merjava S, Martincova R, et al. Immunohistochemical characterization of cytokeratins in the abnormal corneal endothelium of posterior polymorphous corneal dystrophy patients. Exp Eye Res 2007 ; 84 : 680-6.
[94]
Ahn YJ, Choi SI, Yum HR, et al. Clinical features in children with posterior polymorphous corneal dystrophy. Optom Vis Sci 2017 ; 94 : 476-81.
[95]
Aldave AJ, Ann LB, Frausto RF, et al. Classification of posterior polymorphous corneal dystrophy as a corneal ectatic disorder following confirmation of associated significant corneal steepening. JAMA Ophthalmol 2013 ; 131 : 1583-90.
[96]
Patel DV, Grupcheva CN, McGhee CNJ. In vivo microscopy of posterior polymorphous dystrophy. Cornea 2005 ; 24 : 550-4.
[97]
Fung SSM, Sami H, El Hamouly A, et al. Endothelial cell density in children with posterior polymorphous corneal dystrophy : a longitudinal case-control study. Eye (Lond) 2021 ; 35 : 3397-403.
[98]
Tourabaly M, Chetrit Y, Provost J, et al. The influence of graft thickness and regularity on vision recovery after endothelial keratoplasty. Br J Ophthalmol 2020 ;104(9) : 1317-23.
42.3. Dystrophie endothéliale congénitale héréditaire (CHED)
[99]
Weiss JS, Møller HU, Aldave AJ, et al. IC3D classification of corneal dystrophies- -edition 2. Cornea 2015 ; 34(2) : 117-59.
[100]
Pearce WG, Tripathi RC, Morgan G. Congenital endothelial corneal dystrophy. Clinical, pathological, and genetic study. Br J Ophthalmol 1969 ; 53(9) : 577-91.
[101]
Maumenee AE. Congenital hereditary corneal dystrophy. Am J Ophthalmol 1960 ; 50 : 1114-24.
[102]
Ramappa M, Mohamed A, Achanta DS, et al. Descemet stripping automated endothelial keratoplasty in pediatric age group : a decade of our experience. Cornea 2021 ; 40(12) : 1571-80.
[103]
Kirkness CM, McCartney A, Rice NS, et al. Congenital hereditary corneal edema of Maumenee : its clinical features, management, and pathology. Br J Ophthalmol 1987 ; 71(12) : 130-44.
[104]
Georgeon C, Bouheraoua N, Laroche L, Borderie V. [Optical coherence tomography and in vivo confocal microscopy in congenital hereditary endothelial dystrophy (CHED)]. J Fr Ophtalmol 2017 ; 40(2) : 148-50.
[105]
Desir J, Abramowicz M. Congenital hereditary endothelial dystrophy with progressive sensorineural deafness (Harboyan syndrome). Orphanet J Rare Dis 2008 ; 3 : 28.
[106]
Bermejo E, Martínez-Frías ML. Congenital eye malformations : clinical-epidemiological analysis of 1,124,654 consecutive births in Spain. Am J Med Genet 1998 ; 75(5) : 497-504.
[107]
Mehta N, Verma A, Achanta DS, et al. Updates on congenital hereditary endothelial dystrophy. Taiwan J Ophthalmol 2023 ; 13(4) : 405-16.
[108]
Moazzeni H, Javadi MA, Asgari D, et al. Observation of nine previously reported and non-reported SLC4A11 mutations among 20 Iranian CHED probands and identification of an MPDZ mutation as possible cause of CHED and FECD in one family. Br J Ophthalmol 2020 ; 104(11) : 1621-8.
[109]
Chaurasia S, Ramappa M, Annapurna M, Kannabiran C. Coexistence of congenital hereditary endothelial dystrophy and Fuchs endothelial corneal dystrophy associated with SLC4A11 mutations in affected families. Cornea 2020 ; 39(3) : 354-7.
[110]
Siddiqui S, Zenteno JC, Rice A, et al. Congenital hereditary endothelial dystrophy caused by SLC4A11 mutations progresses to Harboyan syndrome. Cornea 2014 ; 33(3) : 247-51.
[111]
Patel SP, Parker MD. SLC4A11 and the pathophysiology of congenital hereditary endothelial dystrophy. Biomed Res Int 2015 ; 2015 : 475392.
[112]
Guha S, Chaurasia S, Ramachandran C, Roy S. SLC4A11 depletion impairs NRF2 mediated antioxidant signaling and increases reactive oxygen species in human corneal endothelial cells during oxidative stress. Sci Rep 2017 ; 7(1) : 4074.
[113]
Alka K, Casey JR. Molecular phenotype of SLC4A11 missense mutants : Setting the stage for personalized medicine in corneal dystrophies. Hum Mutat 2018 ; 39(5) : 676-90.
[114]
Alka K, Casey JR. Ophthalmic nonsteroidal anti-inflammatory drugs as a therapy for corneal dystrophies caused by SLC4A11 mutation. Invest Ophthalmol Vis Sci 2018 ; 59(10) : 4258-67.
[115]
Chiu AM, Mandziuk JJ, Loganathan SK, et al. High throughput assay identifies glafenine as a corrector for the folding defect in corneal dystrophy-causing mutants of SLC4A11. Invest Ophthalmol Vis Sci 2015 ; 56(13) : 7739-53.
[116]
AlArrayedh H, Collum L, Murphy CC. Outcomes of penetrating keratoplasty in congenital hereditary endothelial dystrophy. Br J Ophthalmol 2018 ; 102(1) : 19-25.
[117]
Yang F, Hong J, Xiao G, et al. Descemet stripping endothelial keratoplasty in pediatric patients with congenital hereditary endothelial dystrophy. Am J Ophthalmol 2020 ; 209 : 132-40.
[118]
Ramappa M, Mohamed A, Achanta DS, et al. Descemet stripping automated endothelial keratoplasty in pediatric age group : a decade of our experience. Cornea 2021 ; 40(12) : 1571-80.
[119]
Saad A, Ghazal W, Keaik M, et al. Outcomes of Descemet’s membrane endothelial keratoplasty for congenital hereditary endothelial dystrophy. J AAPOS 2020 ; 24(6) : 358.e1-358.e6.
[120]
Mehta N, Ramappa M. Novel proposed algorithm in congenital hereditary endothelial dystrophy. Semin Ophthalmol 2023 ; 38(2) : 108-15.
[121]
Schmid E, Lisch W, Philipp W, et al. A new, X-linked endothelial corneal dystrophy. Am J Ophthalmol 2006 ; 141(3) : 478-87.