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Chapitre 14
Stargardt et dystrophies liées à ABCA4

I. Meunier, M. Latypov, E. Debourdeau, B. Bocquet, V. Kalatzis, C.-M. Dhaenens

  • OMIM : 248200, Stargardt disease , Stargardt disease 1 , macular dystrophy with flecks , fundus flavimaculatus .
  • ORPHANET : 827 ; maladie de Stargardt, Stargardt 1, dystrophie de type cônes-bâtonnets.
Introduction
La maculopathie de Stargardt est la principale maculopathie génétique. De transmission autosomique récessive et non syndromique, c'est la deuxième maladie génétique après la mucoviscidose.
Elle a été décrite par Karl Stargardt en 1909 à propos de 7 enfants ou adultes jeunes (deux familles) développant une maculopathie associée dans la plupart des cas à des taches jaunâtres ou en taches flavimaculées ( flecks ) [1].
La pathologie est monogénique liée au gène ABCA4 ( ATP binding cassette subfamily A member 4 ). Ce gène code pour une flippase exprimée dans les photorécepteurs et très faiblement dans l'épithélium pigmentaire rétinien (EPR), jouant un rôle clé dans le cycle visuel. La maladie de Stargardt peut être vue comme une maladie de la lipofuscine avec accumulation de dérivés des rétinoïdes.
On distingue deux formes principales de maculopathie de Stargardt : celle de l'enfant qui est une fovéopathie rapidement évolutive et celle de l'adulte de la cinquantaine (âge de début après 45 ans) qui est une périfovéopathie avec une acuité visuelle préservée, mais un handicap par le scotome péricentral (fundus flavimaculatus décrit initialement par Franceschetti) [2].
Toutefois, il existe un continuum entre la maculopathie stricto sensu et les dystrophies mixtes de type cônes-bâtonnets liées au gène ABCA4 . Il est donc impératif de réaliser un électrorétinogramme (ERG) champ total et une imagerie multimodale complète chez tous les enfants, adolescents et adultes jeunes suspects de maculopathie de Stargardt. À l'inverse, il n'y a aucun intérêt à réaliser à visée diagnostique une angiographie à la fluorescéine, qui a été supplantée par les clichés en autofluorescence et les coupes OCT.
Caractéristiques cliniques utiles pour le diagnostic
Concernant la forme juvénile, il s'agit d'un enfant ou d'un adulte jeune rapportant une baisse d'acuité visuelle bilatérale symétrique, notamment de loin, avec un scotome central. La baisse de l'acuité est rapidement évolutive, se stabilisant entre 1/20 e et 2 à 3/10 es . Bien qu'il n'y ait pas de trouble de la vision nocturne (héméralopie), le patient peut rapporter une lenteur d'adaptation à l'obscurité. La photophobie est rarement au premier plan ; il en est de même des anomalies de la vision des couleurs. Tous les types de dyschromatopsie sont possibles, notamment d'axe rouge-vert. Les dystrophies mixtes cône-bâtonnet liée à ABCA4 se caractérisent par un début dans la petite enfance et se différencient de la maculopathie de Stargardt par un début plus précoce, la rapidité et la sévérité de la baisse de vision, et l'association rapide de symptômes signant l'atteinte de la périphérie avec une héméralopie et une réduction du champ visuel périphérique.
Concernant la forme à début tardif, il s'agit d'un adulte de la cinquantaine avec une acuité préservée, mais qui consulte pour des difficultés péricentrales. Il décrit des difficultés dans son quotidien. Il perd la souris sur l'écran, il peut se faire piéger par des irrégularités des trottoirs, dans la descente d'escaliers. Les visages peuvent être incomplets. Une découverte fortuite lors d'un examen du fond d'œil de routine n'est pas rare dans ces formes tardives.
Explorations fonctionnelles
Vision des couleurs
La vision des couleurs est altérée au prorata de l'acuité visuelle. Il n'y aura pas d'erreurs au 15 Hue désaturé si l'acuité est au moins de 5/10 es , ce qui ne serait pas le cas chez un patient atteint de dystrophie des cônes pour le même niveau d'acuité. Le déficit de vision des couleurs, quand présent, est plus fréquemment d'axe rouge-vert. Pour les acuités visuelles basses, les tests de vision des couleurs deviennent impossibles ou peu fiables.
Champ visuel
Le champ visuel documente, chez l'enfant, un scotome central décalé le plus souvent vers le haut en raison d'une fixation excentrée et, chez l'adulte, un scotome péricentral avec un seuil fovéolaire préservé. La sensibilité rétinienne est préservée en dehors du scotome ; il n'y a pas de réduction des isoptères périphériques dans les formes maculaires pures. À l'inverse, dans les dystrophies mixtes, les déficits du champ visuel périphérique vont apparaître, s'ajoutant au déficit central initial.
Électrorétinogramme (ERG) champ total
L'ERG champ total pupille dilatée selon les recommandations de l'International Society for Clinical Electrophysiology of Vision (ISCEV) est indispensable. Dans les formes maculaires pures sans menace ultérieure pour la vision périphérique, les réponses issues des bâtonnets et des cônes sont préservées (selon la classification fonctionnelle de Lois et al., il s'agit du groupe 1 [3 , 4]). La dysfonction du système des cônes (groupe 2) ou celle des cônes et des bâtonnets (groupe 3) sont les formes sévères qui évoluent vers de véritables formes mixtes de type dystrophie cône-bâtonnet. Chez l'enfant et l'adulte jeune, une diminution des réponses issues des cônes et des bâtonnets serait associée à un risque de progression vers une dystrophie mixte ABCA4 . L'ERG a donc une valeur pronostique importante pour la prise en charge des patients.
Imagerie multimodale
Chez l'enfant à la phase débutante et en l'absence de taches flavimaculées, les remaniements au fond d'œil ou sur les clichés couleurs seront très discrets, avec une perte du reflet fovéolaire, un aspect discrètement granité de l'aire maculaire [5]. Les clichés en autofluorescence et les coupes OCT sont indispensables et plus sensibles, même aux stades précliniques. En effet, l'autofluorescence maculaire est altérée précocement avec un aspect anormal ovalaire, oblong et horizontal, avec fréquemment de fines et discrètes lésions hyperautofluorescentes satellites. Bien qu'inconstantes initialement, les taches flavimaculées vont apparaître, venant compléter le tableau de Stargardt (fig. 14-1,
Fig. 14-1
Classification des dystrophies rétiniennes liées au gène ABCA4.
Il s'agit principalement de maculopathies avec deux pics l'enfant (forme juvénile) et l'adulte de la cinquantaine (formes à début tardif) et de dystrophies de type cônes-bâtonnets rapidement évolutives avec un début précoce dans l'enfance (groupes 2 et 3 de la classification fonctionnelle [3, 4]. La maladie de Stargardt est la maculopathie la plus fréquente de l'enfant. ABCA4 est également un gène majeur des dystrophies cônes-bâtonnets autosomiques récessives. La présence de lésions de fibrose et l'épargne péripapillaire orientent vers l'implication du gène ABCA4.
fig. 14-2,
Fig. 14-2
Enfant âgée de 11 ans asymptomatique avec une acuité visuelle de 10/10es P2.
Un frère aîné a une maladie de Stargardt avec une acuité de 0,16e P6 aux deux yeux. a, d. Clichés couleurs : reflet fovéolaire altéré. c, d. Clichés en autofluorescence : aspect granité de la fovéa et absence de l'hypo-autofluorescence de la fovéa. e, f. Hyperréflectivité anormale de la couche nucléaire externe fovéolaire. Amincissement de la couche nucléaire externe en péricentral. Atteinte périfovéolaire de la ligne ellipsoïde (flèches).
fig. 14-3,
Fig. 14-3
Maculopathie de Stargardt au stade présymptomatique.
L'acuité visuelle de cette patiente de 15 ans est de 8/10es P2 aux deux yeux. a, b. Clichés couleurs : remaniement maculaire discret avec perte du reflet fovéolaire. La papille est colorée et le calibre des vaisseaux rétinien est préservé. c, d. Clichés en autofluorescence : lésion maculaire ovalaire entourée de fines ponctuations hyperautofluorescentes. e, f. Coupes maculaires en OCT : aspect de défect rectangulaire et rupture de la ligne ellipsoïde. La couche nucléaire externe est amincie dans la zone centrale et peu élargie en fovéolaire.
fig. 14-4,
Fig. 14-4
Maculopathie de Stargardt avec un aspect de défect rectangulaire en OCT sans taches flavimaculées chez un enfant de 13 ans rapportant une baisse d'acuité visuelle rapidement évolutive depuis 1 an.
À l'examen, l'acuité visuelle est de 3/10es P5 et 4/10es P5. a, b. Clichés couleurs : remaniement fovéolaire, pas de taches visibles. La papille est colorée et le calibre des vaisseaux rétiniens est respecté. c, d. Clichés en autofluorescence : lésion fovéolaire ovalaire et discrètes ponctuations hyperautofluorescentes satellites. e, f. Coupes maculaires en OCT : défect rectangulaire fovéolaire bilatéral symétrique. La couche nucléaire externe est amincie en périfovéolaire et ne s'élargit pas en fovéolaire.
fig. 14-5,
Fig. 14-5
Maculopathie de Stargardt sans taches flavimaculées chez un enfant de 11 ans avec une acuité visuelle de 2/10es P12 et 8/10es P6.
a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. Ces taches sont inconstantes à la phase initiale, même si l'acuité visuelle est effondrée. Aspect caractéristique de la maculopathie sur les clichés en autofluorescence avec une lésion fovéolaire ovalaire à grand axe horizontal et quelques fines ponctuations hyperautofluorescentes satellites. Les coupes maculaires confirment l'atteinte fovéolaire avec la perte des lignes hyperréflectives et l'absence complète de la couche nucléaire externe. Les lésions en OCT sont symétriques.
fig. 14-6,
Fig. 14-6
Enfant vu à l'âge de 15 ans avec une acuité visuelle de 2/10es P4. La baisse d'acuité visuelle a été rapide (notée à 10/10es un an auparavant).
a, b. Clichés en réflectance infrarouge. c, d. Clichés en autofluorescence : lésion maculaire ovalaire bilatérale et symétrique visible sur les clichés en réflectance en infrarouge et en autofluorescence. Quelques taches satellites en couronne sont identifiables, orientant fortement vers une maculopathie de Stargardt. e, f. Coupes maculaires OCT : la fovéa est amincie avec une perte complète de l'expansion de la couche nucléaire externe et quelques lésions hyperréflectives en dôme correspondant aux taches flavimaculées. g, h. Clichés grand champ en autofluorescence 4 ans après : les lésions flavimaculées sont plus nombreuses ; la macula est remaniée sans atrophie choriorétinienne complète.
fig. 14-7,
Fig. 14-7
Maculopathie de Stargardt de l'adulte jeune avec un aspect de fundus flavimaculatus.
a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. À l'âge de 15 ans, la patiente rapporte une baisse d'acuité visuelle rapidement évolutive sans héméralopie et sans réduction du champ visuel périphérique. À 26 ans, la patiente présente une acuité visuelle de 0,16e P10 aux deux yeux. Sur les clichés couleurs, le reflet maculaire est altéré. Des taches flavimaculées blanches, jaunâtres sont disséminées à l'ensemble du pôle postérieur et la moyenne périphérie. La papille est bien colorée sans pâleur temporale. Le calibre des vaisseaux rétiniens est préservé. En autofluorescence, la fovéa est ovalaire, anormalement hyperautofluorescente en son centre, cernée par de fines lésions hypo-autofluorescentes puis, plus à distance, par des taches flavimaculées hyperautofluorescentes. Sur les coupes maculaires, la fovéa est très amincie, la couche nucléaire externe identifiable. En périphérie, la segmentation rétinienne réapparaît ; les taches flavimaculées se traduisent par des lésions en dômes hyperréflectives pouvant franchir la membrane limitante externe. Le champ visuel de la patiente retrouvait également une préservation des isoptères périphériques sans scotome annulaire. Un scotome central de 5° est observé, décalé en supérieur. À l'ERG grand champ pupille dilatée, les réponses issues des cônes et des bâtonnets sont normales. Toutes les données fonctionnelles et d'imagerie sont concordantes et en faveur d'une maculopathie.
fig. 14-8,
Fig. 14-8
Aspects en OCT de cas de maculopathies de Stargardt présymptomatiques avec une acuité visuelle de 10/10es (a-f).
Aspect d'hyperréflectivité de la couche nucléaire externe (CNE), et phase de périfovéopathie éphémère (c-f). Aspects en OCT de cas de maculopathies de Stargardt avec une acuité visuelle diminuée et stabilisée (g-n). La ligne ellipsoïde reste identifiable en rétrofovéolaire avec un aspect de périfovéopathie (g, h). Dans les autres cas (i-n), la CNE est absente dans la zone fovéolaire. En dehors de la fovéa et dans la zone atteinte, la CNE est très amincie et la ligne ellipsoïde a disparu.
fig. 14-9
Fig. 14-9
Évolution rapide et sévère d'une maculopathie de Stargardt chez une fille de 10 ans.
Phase asymptomatique : clichés en autofluorescence (a, b) ; coupes maculaires OCT (c, d) avec une acuité visuelle de 10/10es et une hyperréflectivité de la couche nucléaire externe fovéolaire. Évolution : coupes maculaires OCT à 14 mois (e, f) et clichés en autofluorescence à 50 mois (g, h). L'acuité visuelle est de 1/10e aux deux yeux avec une macula amincie sans tissu fovéolaire (e, f). Noter en autofluorescence l'épargne péripapillaire et le développement de petites plages hypo-autofluorescentes périfovéolaires (flèches) (h). Un accompagnement dans la scolarité de l'enfant a été essentiel pour éviter tout décrochage scolaire (temps additionnel, auxiliaire de vie sociale, tablette, cours numériques).
).
L'OCT montre des altérations dès les stades débutants, y compris avant la baisse d'acuité visuelle, dont une hyperréflectivité de la couche nucléaire externe (CNE) fovéolaire en regard de la membrane limitante externe, un défect rectangulaire (espace optiquement vide par interruption de la zone ellipsoïde et de la zone d'interdigitation) au niveau fovéolaire (voir fig. 14-6,
Fig. 14-6
Enfant vu à l'âge de 15 ans avec une acuité visuelle de 2/10es P4. La baisse d'acuité visuelle a été rapide (notée à 10/10es un an auparavant).
a, b. Clichés en réflectance infrarouge. c, d. Clichés en autofluorescence : lésion maculaire ovalaire bilatérale et symétrique visible sur les clichés en réflectance en infrarouge et en autofluorescence. Quelques taches satellites en couronne sont identifiables, orientant fortement vers une maculopathie de Stargardt. e, f. Coupes maculaires OCT : la fovéa est amincie avec une perte complète de l'expansion de la couche nucléaire externe et quelques lésions hyperréflectives en dôme correspondant aux taches flavimaculées. g, h. Clichés grand champ en autofluorescence 4 ans après : les lésions flavimaculées sont plus nombreuses ; la macula est remaniée sans atrophie choriorétinienne complète.
fig. 14-7,
Fig. 14-7
Maculopathie de Stargardt de l'adulte jeune avec un aspect de fundus flavimaculatus.
a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. À l'âge de 15 ans, la patiente rapporte une baisse d'acuité visuelle rapidement évolutive sans héméralopie et sans réduction du champ visuel périphérique. À 26 ans, la patiente présente une acuité visuelle de 0,16e P10 aux deux yeux. Sur les clichés couleurs, le reflet maculaire est altéré. Des taches flavimaculées blanches, jaunâtres sont disséminées à l'ensemble du pôle postérieur et la moyenne périphérie. La papille est bien colorée sans pâleur temporale. Le calibre des vaisseaux rétiniens est préservé. En autofluorescence, la fovéa est ovalaire, anormalement hyperautofluorescente en son centre, cernée par de fines lésions hypo-autofluorescentes puis, plus à distance, par des taches flavimaculées hyperautofluorescentes. Sur les coupes maculaires, la fovéa est très amincie, la couche nucléaire externe identifiable. En périphérie, la segmentation rétinienne réapparaît ; les taches flavimaculées se traduisent par des lésions en dômes hyperréflectives pouvant franchir la membrane limitante externe. Le champ visuel de la patiente retrouvait également une préservation des isoptères périphériques sans scotome annulaire. Un scotome central de 5° est observé, décalé en supérieur. À l'ERG grand champ pupille dilatée, les réponses issues des cônes et des bâtonnets sont normales. Toutes les données fonctionnelles et d'imagerie sont concordantes et en faveur d'une maculopathie.
fig. 14-8,
Fig. 14-8
Aspects en OCT de cas de maculopathies de Stargardt présymptomatiques avec une acuité visuelle de 10/10es (a-f).
Aspect d'hyperréflectivité de la couche nucléaire externe (CNE), et phase de périfovéopathie éphémère (c-f). Aspects en OCT de cas de maculopathies de Stargardt avec une acuité visuelle diminuée et stabilisée (g-n). La ligne ellipsoïde reste identifiable en rétrofovéolaire avec un aspect de périfovéopathie (g, h). Dans les autres cas (i-n), la CNE est absente dans la zone fovéolaire. En dehors de la fovéa et dans la zone atteinte, la CNE est très amincie et la ligne ellipsoïde a disparu.
fig. 14-9
Fig. 14-9
Évolution rapide et sévère d'une maculopathie de Stargardt chez une fille de 10 ans.
Phase asymptomatique : clichés en autofluorescence (a, b) ; coupes maculaires OCT (c, d) avec une acuité visuelle de 10/10es et une hyperréflectivité de la couche nucléaire externe fovéolaire. Évolution : coupes maculaires OCT à 14 mois (e, f) et clichés en autofluorescence à 50 mois (g, h). L'acuité visuelle est de 1/10e aux deux yeux avec une macula amincie sans tissu fovéolaire (e, f). Noter en autofluorescence l'épargne péripapillaire et le développement de petites plages hypo-autofluorescentes périfovéolaires (flèches) (h). Un accompagnement dans la scolarité de l'enfant a été essentiel pour éviter tout décrochage scolaire (temps additionnel, auxiliaire de vie sociale, tablette, cours numériques).
). À noter qu'il n'y a pas de plages d'atrophie maculaire complète dans les Stargardt de l'enfant. La présence d'une telle atrophie va contre le diagnostic de Stargardt chez l'enfant et se développe plus tardivement.
Plus rarement, l'ERG met en évidence des altérations globales des systèmes des cônes voire des cônes et des bâtonnets dès l'enfance (groupes 2 et 3 de la classification fonctionnelle, véritable dystrophie de type cône-bâtonnet) avec, en imagerie multimodale : une pâleur de la papille qui ne se limite pas au secteur temporal, un calibre des vaisseaux rétiniens anormalement diminué et des altérations pigmentaires périphériques à type de mottes et, plus tardivement, des pseudo-ostéoblastes (fig. 14-10,
Fig. 14-10
Dystrophie de type cônes-bâtonnets liée à ABCA4.
Patient âgé de 45 ans. Baisse sévère de l'acuité visuelle dès l'école primaire à l'âge de 7 ans. L'héméralopie et les altérations du champ visuel périphérique sont apparues vers l'âge de 16 ans. L'acuité visuelle est limitée à perception lumineuse aux deux yeux et le patient est guidé dans ses déplacements par sa compagne. a, b. Clichés couleurs : vaste plage atrophique et pigmentée étendue à l'ensemble du pôle postérieur et au-delà des arcades des vaisseaux temporaux. Le calibre des vaisseaux rétiniens est diminué. c, d. Clichés en autofluorescence : il existe une épargne péripapillaire. Les lésions maculaires sont fortement hypo-autofluorescentes, entourées en moyenne périphérie d'une zone dont l'autofluorescence est hétérogène. e, f. Coupes maculaires OCT. La rétine est amincie avec une disparition complète des lignes hyperréflectives et de la couche nucléaire externe sur toute la largeur des coupes. Les réponses issues des cônes et des bâtonnets ne sont pas discernables à l'ERG grand champ. Le patient est homozygote pour une variation pathogène sévère c.5917del, p.(Val1973*) qui entraîne la fin prématurée de la protéine ABCA4 avec un phénomène d'ARNm decay.
fig. 14-11,
Fig. 14-11
Deux des garçons du patient de la fig. 14-10 ont également une maladie de Stargardt.
Cette récurrence à la génération suivante s'explique par la fréquence élevée des sujets hétérozygotes ABCA4 dans la population générale. Le plus jeune fils (a-d, clichés couleurs et en autofluorescence), âgé de 17 ans, a une acuité visuelle de 3/10es faible. Le fils âgé de 24 ans (e-h, clichés couleurs et en autofluorescence) est sévèrement atteint, avec une acuité visuelle de 1/10e aux deux yeux. Ils sont hétérozygotes composites avec, d'une part, un variant faux sens c.3259G>A, p(Glu1087Lys) hérité de la mère et, d'autre part, du variant (c.5917del, p.Val1973*) hérité du père générant une délétion de la protéine avec décalage du cadre de lecture et arrêt prématuré de la synthèse de la protéine.
fig. 14-12
Fig. 14-12
Aspect de fibrose rétinienne dans un dystrophie cônes-bâtonnets liée à ABCA4.
Le patient, âgé de 34 ans, a une acuité visuelle basse à 1/10e, et décrit une véritable héméralopie et pas seulement une simple difficulté d'adaptation à l'obscurité depuis l'âge de 26 ans. a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. Les plages de fibrose sont périphériques bilatérales à disposition circonférentielle, pigmentées sur les clichés couleurs et hypo-autofluorescentes sur les clichés en autofluorescence. Le calibre des vaisseaux rétiniens est diminué pour un sujet âgé de 34 ans. La macula est atrophique, ce qui ne serait pas le cas dans une maculopathie de Stargardt de l'enfant ou de l'adulte jeune. La rétine externe est très altérée sur toute la largeur de la coupe en OCT, ce qui est concordant avec la clinique.
). L'ERG retrouve alors une diminution importante des réponses issues des cônes et des bâtonnets, diminution plus marquée pour les cônes au début de la pathologie. Le gène ABCA4 est le gène principal des dystrophies cônes-bâtonnets de transmission autosomique récessive. Deux aspects évocateurs de son implication, en plus d'un aspect « moucheté » étendu des altérations de l'autofluorescence, sont à rechercher : l'épargne péripapillaire, qui peut disparaître à l'âge adulte, et des lésions de fibrose rétinienne.
Dans les formes à début tardif, l'aspect du fond d'œil est le plus souvent évocateur : on note des taches flavimaculées péricentrales ou plus diffuses au pôle postérieur, ou en périphérie rétinienne, avec le développement de lésions atrophiques périfovéolaires [6] (fig. 14-13,
Fig. 14-13
Maladie de Stargardt, périfovéopathie chez une adulte de 36 ans.
Découverte fortuite lors d'une consultation ophtalmologique. L'acuité visuelle est de 10/10es aux deux yeux. a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. Présence de taches flavimaculées périfovéolaires. En autofluorescence, la fovéa est hypo-autofluorescente cernée d'une zone isofluorescente, puis de fines lésions hyper- et hypo-autofluorescentes correspondant aux taches flavimaculées. Sur les coupes OCT, l'atteinte est périfovéolaire et les taches flavimaculées sont hyperréflectives, venant franchir la membrane limitante externe (flèches). L'évolution est difficile à préciser : s'agit-il, comme chez l'enfant, d'un stade éphémère de périfovéopathie avec une atteinte fovéale à court ou moyen terme ? S'agit-il, comme chez l'adulte de 45 ans et plus, d'une périfovéopathie avec une épargne fovéolaire prolongée ?
fig. 14-14,
Fig. 14-14
Périfovéopathie typique dans un Stargardt de l'adulte, chez un patient âgé de 53 ans.
L'acuité visuelle est de 9/10es P3 aux deux yeux. a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. On note des lésions atrophiques périfovéolaires et des taches flavimaculées diffuses avec un aspect de fundus flavimaculatus. Le calibre des vaisseaux rétiniens est respecté et il y a une épargne péripapillaire sur les clichés en autofluorescence. Noter la préservation fovéolaire, la réapparition des lignes hyperréflectives en périphérie des coupes maculaires.
fig. 14-15,
Fig. 14-15
Patiente âgée de 63 ans avec une périfovéopathie de l'adulte.
L'acuité visuelle est de 10/10es. a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. L'aspect est ici classique avec une atrophie périfovéolaire globale sur 360° épargnant la fovéola.
fig. 14-16,
Fig. 14-16
Évolution d'une périfovéoapthie de Stargardt.
L'acuité visuelle à 43 ans est de 5/10es P3 aux deux yeux, puis de 1/10e P14 aux deux yeux à 48 ans. Clichés en autofluorescence initiaux (a, b) et 5 ans après (c, d). Coupes maculaires OCT initiales (e, f) et 5 ans après (g, h). a, b. Petites plages d'atrophie en périphérie de la lésion maculaire, perte de l'hypo-autofluorescence fovéolaire, épargne péripapillaire (par ailleurs drusen du nerf optique). Multiples lésions flavimaculées du pôle postérieur prenant une disposition réticulée en périphérie (flèches). Cinq ans plus tard (c, d), les lésions d'atrophie choriorétinienne sont étendues sur 360°, entourant un îlot central iso-autofluorescent. Sur les OCT maculaires (e, f), la membrane limitante externe est discernable et la ligne ellipsoïde imprécise. Cinq ans après (g, h), aucune des lignes hyperréflectives n'est identifiable et le tissu fovéolaire est ténu.
fig. 14-17
Fig. 14-17
Périfovéopathie de Stargardt avec une préservation fovéolaire toujours présente à l'âge de 72 ans.
L'acuité visuelle est de 10/10es aux deux yeux, mais la patiente a des difficultés à reconnaître les visages, à appréhender la hauteur des trottoirs, les irrégularités du relief. Elle a également des difficultés de lecture en fonction de la taille du texte. a, b. Clichés couleurs. c, d. Clichés en autofluorescence. e, f. Coupes maculaires OCT. L'atrophie est arrondie, périfovéolaire. Lésions satellites flavimaculées de disposition réticulée. Épargne péripapillaire évocatrice. En OCT, la segmentation rétinienne est préservée avec une belle ligne ellipsoïde et une expansion fovéolaire de la couche nucléaire externe.
). Sur les clichés en autofluorescence, l'atrophie choriorétinienne périfovéolaire est sombre, complète et les lésions flavimaculées hyperautofluorescentes se détachent très clairement de l'autofluorescence de la rétine non atteinte. En OCT, la rétine maculaire est amincie sans éléments kystiques. Les taches flavimaculées apparaissent comme des lésions en dôme hyperréflectives. En dehors des zones d'atrophie périfovéolaire, il est noté une transmission choroïdienne anormale du signal en rapport avec l'atteinte de l'EPR.
Histoire naturelle de la maladie de Stargardt
Dans la forme juvénile de l'enfant, la baisse d'acuité visuelle est rapide en quelques mois. Dans la forme à début tardif de l'adulte, la fovéa est longtemps préservée et l'acuité visuelle peut se maintenir sur plusieurs années ou décennies [6]. Comme pour toute maculopathie, des néovaisseaux choroïdiens sont une complication possible avec de rares cas rapportés dans la littérature [7].
Les formes mixtes de dystrophies cônes-bâtonnets (groupes 2 et 3) sont d'évolution sévère, avec une atteinte maculaire marquant l'entrée dans la pathologie. Elles sont l'apanage de variants pathogènes sévères conduisant à l'absence de protéine ABCA4.
Histopathologie
La physiopathologie de la maladie de Stargardt est connue (voir plus loin la partie génétique). Les études histologiques chez la souris ont confirmé le rôle de l'accumulation précoce dès les premiers mois de vie de granules de lipofuscine et de fusion possible avec les mélanosomes, mais restent inappropriées pour explorer les mécanismes d'atteinte préférentielle maculaire et la séquence évolutive (absence de fovéa). L'atteinte maculaire préférentielle serait liée à des différences de cinétique du cycle visuel des cônes par rapport aux bâtonnets. Une étude histologique d'une patiente âgée de 66 ans avec une maladie de Stargardt évoluée et génétiquement prouvée a confirmé l'atteinte marquée des cônes en concordance avec l'atteinte préférentielle de l'aire maculaire [8].
Diagnostics différentiels
La maladie de Stargardt, dans sa forme juvénile, se présente par une baisse initiale de l'acuité visuelle sans signe flagrant, hormis une atténuation du reflet fovéolaire au fond d'œil. Elle peut être à tort étiquetée « baisse d'acuité visuelle non organique » et être source de retard au diagnostic et à la prise en charge. Ce dernier diagnostic doit être un diagnostic d'élimination après des examens au minimum incluant une imagerie multimodale, notamment un OCT maculaire qui permettra de mettre en évidence des altérations fovéolaires caractéristiques avant l'apparition de taches flavimaculées.
La maladie de Stargardt doit être distinguée des autres maculopathies d'origine génétique (voir chapitres correspondants). Dans la maladie de Best, autosomique dominante, certaines formes avec taches multifocales doivent être distinguées des taches flavimaculées ; l'histoire familiale, la signature électrophysiologique typique de l'électro-oculogramme (EOG) ainsi que le diagnostic moléculaire redresseront le diagnostic. Les dystrophies réticulées, notamment celles liées à PRPH2 , PROM1 ou associées à ELOVL4 , exceptionnelles , sont une grande mascarade de la maladie de Stargardt, avec une histoire autosomique dominante et des aspects en imagerie multimodale qui peuvent orienter le diagnostic clinique avant confirmation moléculaire. La dystrophie maculaire occulte liée peut aussi se présenter comme une maculopathie de Stargardt, mais l'aspect en OCT, avec une hyporéflectivité de la zone ellipsoïde, sans tache flavimaculée est distinct.
Une dystrophie des cônes (photophobie, dyschromatopsie précoce, absence de tache flavimaculée), avec un pronostic visuel plus sévère à terme qu'une maculopathie, peut également ressembler à une maculopathie de Stargardt.
La présence de signes extra-ophtalmologiques (retard ou régression des acquisitions, ataxie, épilepsie) est à rechercher. Ceux-ci peuvent évoquer une maladie de Batten dont les signes initiaux peuvent n'être qu'ophtalmologiques, avec une baisse d'acuité visuelle et un amincissement de la rétine externe maculaire en OCT. Dans ce cas, l'ERG montre une signature très spécifique de réponses électronégatives en raison d'une forte diminution de l'onde b dans l'obscurité, redressant le diagnostic.
Dans la forme à début tardif, au-delà de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), le principal diagnostic différentiel est celui du pseudo-Stargardt lié au gène PRPH2 de transmission autosomique dominante avec un âge de début, un tableau clinique et une imagerie très similaires (fig. 14-18,
Fig. 14-18
Ressemblance notable de l'imagerie multimodale de deux patients ayant une maculopathie atrophique avec des taches flavimaculées et une épargne péripapillaire.
Le premier a une atteinte liée au gène PRPH2 (a, b, clichés couleurs à l'âge de 52 ans, c, d, clichés en autofluorescence à l'âge de 53 ans) ; le second, au gène ABCA4 (e, f, clichés couleurs à l'âge de 41 ans, g, h , clichés en autofluorescence à l'âge de 50 ans). L'épargne péripapillaire est évocatrice du gène ABCA4, mais n'est pas spécifique.
fig. 14-19
Fig. 14-19
Critères de distinction en autofluorescence du fond d'œil (FAF) et OCT entre la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) atrophique et la maculopathie de Stargardt de l'adulte de la cinquantaine.
CNE : couche nucléaire externe ; CNI : couche nucléaire interne ; EPR : épithélium pigmentaire rétinien ; MLE : membrane limitante externe ; PR : photorécepteurs.
Source : figures à droite, Dr Hassiba Oubraham.
). Il ne faut pas hésiter, en cas d'analyses des gènes nucléaires non concluantes, à demander l'analyse de l'ADN mitochondrial pour étayer un diagnostic de MIDD ( maternally inherited diabetes and deafness ), même en l'absence de surdité ou de diabète associés, ou d'histoire familiale de maculopathie/diabète/surdité passant par les femmes.
Il est essentiel d'apporter la preuve génétique dans tous les cas de suspicion de maladie de Stargardt en privilégiant le génome, notamment chez l'adulte, étant donné la fréquence de variants introniques moins sévères (voir les aspects génétiques ci-après et la partie phénotype STGD- like [9]).
Génétique des dystrophies liées au gène ABCA4
Physiopathologie
La maladie de Stargardt et les dystrophies précédemment évoquées sont liées à un unique gène, ABCA4 ( ATP binding cassette transporter A4 ). Ce très grand gène situé sur le chromosome 1 s'étend sur 128 kb et se compose de 50 exons (NM_000350). Il est exprimé dans les cônes, les bâtonnets et l'EPR. La protéine appartient à la famille des transporteurs ABC ( ATP binding cassette ) ; elle est enchâssée dans la membrane des segments externes des photorécepteurs (PR) cônes, et dans la membrane des disques des bâtonnets. Ainsi, elle utilise l'hydrolyse de l'adénosine triphosphate (ATP) pour faire passer de façon unidirectionnelle le N-rétinylidène-phosphatidyléthanolamine (N-Ret-PE) et le phosphatidyléthanolamine du lumen vers le cytosol. Ce transport facilite l'élimination du tout- trans -rétinal, produit lors de la phototransduction, et empêche ainsi l'accumulation de composés rétinoïdes potentiellement toxiques dans les PR et l'EPR. La protéine ABCA4 participe ainsi au cycle visuel dont le rôle est de permettre la régénération du 11- cis -rétinal.
Lorsque la protéine ABCA4 est altérée du fait de variants génétiques, ces composés ne peuvent plus s'évacuer et s'accumulent dès lors dans la membrane du PR. Le N-Ret-PE réagit avec deux molécules de tout- trans -rétinal, pour former des composés aboutissant au A2E N-rétinylidène-N-rétinyl-éthanolamine, le composant majeur de la lipofuscine [10]. De façon physiologique, les articles externes des PR sont phagocytés par l'EPR, puis digérés par les lysosomes. Les produits de dégradation sont ensuite en partie évacués dans la circulation choriocapillaire.
En conditions pathologiques, les articles externes des PR sont gorgés de granules de lipofuscine en excès, que les lysosomes ne parviennent pas à métaboliser ; ces granules s'accumulent donc dans l'EPR des patients et sont responsables de la dégénérescence des PR. L'accumulation de lipofuscine est le reflet de l'altération de la clairance des dérivés rétinoïdes et la cause de l'expression de la maladie.
Un gène, des phénotypes
Il a été décrit précédemment une grande hétérogénéité dans l'expression clinique des rétinopathies liées à ABCA4 . Cette hétérogénéité est expliquée par une très grande variabilité dans la sévérité des variants identifiés. ABCA4 suit un mode de transmission autosomique récessif ; il faut donc deux variants bialléliques pour que la maladie s'exprime. Ainsi, on observe une corrélation entre le type de variants présents sur les deux allèles et la conséquence fonctionnelle de ces variants sur la protéine ABCA4, ainsi que la sévérité de la maladie (fig. 14-20
Fig. 14-20
Les dystrophies rétiniennes liées au gène ABCA4 en fonction de la combinaison de variants pathogènes et de leur fréquence.
Les variants sont classés en quatre catégories : effet sévère, modéré, léger et léger avec pénétrance incomplète. Leur combinaison détermine le phénotype. fp : faiblement pénétrant. Les variants à effet « léger » sont aussi appelés variants hypomorphes.
Source : figures, Khan M, Cremers FPM. ABCA4-associated Stargardt disease. Klin Monbl Augenheilkd 2020 ; 237(3) : 267-74.
). Les formes sévères précoces sont liées à la combinaison de deux variants sévères, ou d'un variant sévère avec un variant d'effet modéré. Les formes classiques de Stargardt sont, quant à elles, liées à la combinaison de deux variants modérés ou d'un sévère et d'un à effet très modéré ( mild en anglais). Les formes tardives de l'adulte sont liées à un variant sévère en trans d'un variant à effet très modéré à pénétrance incomplète, qu'on appelle variant hypomorphe. Ces derniers sont les cas les plus fréquents. L'expression clinique de ces variants hypomorphes est très variable et peut être faible (pénétrance de 5 % pour le variant c.5603A>T) ; on retrouve ainsi dans la population générale des individus avec un variant sévère en trans d'un variant hypomorphe. Ces sujets sont cliniquement asymptomatiques. La fréquence élevée de ces variants hypomorphes dans la population générale conduit à un taux de porteurs hétérozygotes élevé et évalué à près de 1/25. À noter que le génotype associant deux variants hypomorphes n'est pas pathogène, car il maintient l'expression d'une protéine suffisamment fonctionnelle [11].
Comment définir la sévérité d'un variant ?
De façon schématique, il y a tout d'abord les variants sévères par nature, qu'on appelle les variants nuls, car ils abolissent l'expression de la protéine. Il s'agit des variants non-sens (ou variants stop) et des variants décalant le cadre de lecture (délétions d'un ou de quelques nucléotides, insertions, délétions/insertions, délétions de plus d'un exon hors-phase, les variants altérant les sites canoniques d'épissage). Certains variants faux-sens sont sévères, car ils sont responsables d'une perte de l'activité ATPase et/ou de l'expression d' ABCA4 . De plus, on définit comme sévères les variants qui, à l'état homozygote, sont associés à des formes précoces de la maladie. Les variants à effet modéré permettent, quant à eux, l'expression d'une protéine fonctionnelle résiduelle. Il s'agit principalement dans ce cas de variants faux-sens ou de variants d'épissage avec effet partiel, c'est-à-dire avec expression d'un transcrit normal résiduel en plus du transcrit muté. Enfin, les variants à effet très modéré ( mild ou hypomorphes) permettent le maintien d'une activité ATPase suffisante et d'une expression résiduelle d' ABCA4 . Il peut s'agir de variants d'épissage avec expression de transcrit ARN résiduel normal entre 70 % et 85 %. Ils sont fréquents dans la population générale et non associées à une expression clinique de la maladie lorsque présents à l'état homozygote.
Deux études sont particulièrement contributives pour la classification de la sévérité des variants, une première fondée sur l'expression des mutants faux-sens et leur impact sur l'activité ATPase de la protéine ABCA4 [10], et une seconde fondée sur le type des variants, leur fréquence dans les populations générale et malade, leur association avec la pathologie et la combinaison des variants entre eux, qui a pu classer près de 1285 variants [12].
Variants hypomorphes
Les variants fréquents à effet très modéré, ou variants mild en anglais sont les suivants (tableau 14-1
Tableau 14-1
Fréquence des principaux variants hypomorphes (d'après [12–14, 24 , 25]).
Variant ADNcVariant prothétiquegnomAD AF AllgnomAD AF non-FE
c.5603A>Tp.(Asn1868lle)4,22 %6,65 %
c.5882G>Ap.(Gly1961Glu)0,46 %0,38 %
c.4253+43G>Ap.[=,IIe1377Hisfs*3]0,47 %0,60 %
c.2588G>Cp.[Gly863Ala,Gly863del]0,43 %0,78 %
c.769-785C>Tp.[=,Leu257Aspfs*3]0,28 %0,41 %
c.3113C>Tp.(Ala1038Val)0,18 %0,23 %
c.6089G>Ap.(Arg2030Gln)0,035 %0,062 %
c.5714+5G>Ap.[=,IIe1377Hisfs*3]0,030 %0,055 %

Pathogène si en cis du c.5603A>T.


) : c.769-784C>T, c.2588G>C, c.3113C>T, c.4253+43G>A, c.5603A>T, c.5714+5G>A, c.5882G>A, c.6089G>A. Leur fréquence varie de 0,05 % à 6,65 % dans la population européenne (gnomAD AF non-FE). Ils sont aussi bien des variants faux-sens que des variants d'épissage. Le plus fréquent d'entre eux est le c.5603A>T. Il est si fréquent (fréquence allélique dans la population européenne : 6,65 %) qu'il était considéré comme un polymorphisme bénin jusqu'en 2017. L'étude de grandes cohortes de patients a montré qu'il était sur-représenté dans la population de patients Stargardt uniquement lorsqu'il est présent en trans d'un variant ABCA4 sévère [12 , 13]. Le séquençage complet du gène (exons et introns) n'ayant retrouvé aucun autre variant causal, la pathogénicité de ce variant a pu être confirmée. Il s'agit ainsi d'un variant hypomorphe, responsable de formes tardives voire très tardives et modérées de la maladie, avec un âge moyen de 36,3 ans [13] à 41,8 ans [14] selon les études. Les personnes atteintes présentent souvent une épargne fovéolaire.
La découverte de la pathogénicité du c.5603A>T, p.(Asn1868Ile) lorsqu'en trans d'un variant sévère a permis de résoudre près de 50 % des cas précédemment considérés comme monoalléliques après une première analyse génétique et, ainsi, de confirmer le diagnostic de maladie de Stargardt dans près de 10 % des cas [13].
On a par ailleurs découvert que le c.5603A>T permettait l'expression complète d'un autre variant situé en cis , le c.2588G>C [13]. Ainsi, l'allèle complexe c.[2588G>C ; 5603A>T], p.[(Gly863Ala,Gly863del) ; (Asn1868Ile)] est pathogène alors que le c.2588G>C, seul, ne l'est pas. Cet allèle complexe pleinement pénétrant présente un effet léger à modéré et est associé à des phénotypes variables.
Le deuxième variant le plus fréquent, c.5882G>A, p.(Gly1961Glu), est aussi considéré comme un variant hypomorphe. À l'état homozygote, il entraîne une expression clinique très modérée et de diagnostic très tardif après 60 ans [15], mais à l'état hétérozygote composite, l'âge d'apparition des symptômes est de 22,7 ans en moyenne, ce qui est plus tardif que chez les patients non porteurs des variants c.5603A>T et c.5882G>A (en moyenne 19,7 ans) [13]. Les patients porteurs du variant p.(Gly1961Glu) à l'état hétérozygote présentent une expression plus légère de la maladie [15].
Notion de pénétrance
La pénétrance correspond au pourcentage d'individus possédant un génotype donné qui exprime le phénotype correspondant (tableau 14-2
Tableau 14-2
Variation de pénétrance et variants ABCA4 (d'après [16]).
Variant ADNcVariant prothétiquePénétrance
c.5603A>Tp.(Asn1868lle)5 %
c.5882G>Ap.(Gly1961Glu)50,4 %
c.2588G>Cp.[Gly863Ala,Gly863del]11 %
c.3113C>Tp.(Ala1038Val)16,8 %
c.6089G>Ap.(Arg2030Gln)36,4 %
c.5714+5G>Ap.[=,IIe1377Hisfs*3]58,6 %
). De façon intéressante, il a été rapporté, dans trois familles, des hommes non atteints portant la même combinaison de variants (c.5603A>T en trans d'un variant sévère) que leurs frères et sœurs atteints [13]. Une pénétrance faible ou incomplète a ainsi été suspectée pour ce variant. De façon simple, la pénétrance d'un variant est calculée en divisant la proportion de malades réellement observés dans une population par la proportion de cas attendus d'après la fréquence allélique du variant dans cette population. En utilisant ce calcul, la pénétrance du c.5603A>T a été estimée à environ 5 %. Cela signifie que, dans la population générale, de nombreux cas sont porteurs de cette combinaison de variants, mais qu'aucun symptôme de la maladie n'est exprimé. Les causes génétiques ou environnementales pouvant expliquer cette variabilité ne sont pas encore élucidées.
La pénétrance a été calculée pour d'autres variants fréquents à effet modéré qui présentent tous une pénétrance incomplète. Pour le deuxième variant le plus fréquent, c.5882G>A, elle est de 50,4 % (c.2588G>C : 11 % ; c.3113C>T : 16,8 % ; c.5714+5G>A : 58,6 % ; c.6089G>A : 36,4 %) [16].
Modes de transmission
Cette forte fréquence des variants à effet modéré est responsable de profils atypiques dans les modes de transmission. Ainsi, en plus de l'hérédité autosomique récessive, on observe, du fait de la pénétrance incomplète, des fratries porteuses du même génotype comprenant des sujets atteints et des sujets sains. On peut également observer de la pseudo-dominance, liée à la grande fréquence des porteurs hétérozygotes de variants ABCA4 dans la population générale (1/25). On retrouve, dans ce dernier cas, sur deux générations, 2 sujets atteints mais porteurs de génotypes différents (trois variants pathogènes ségrègent dans une même famille).
Les différents types de variants
Plus de 2200 variants ont été rapportés dans la base de données Human Gene Mutation Database (HGMD) et environ 2800 décrits dans la Leiden Open Variation Database (LOVD). D'après ces deux bases, on a pu estimer que les variants faux-sens représentent 61 % des variants ABCA4 ; les variants tronquants (variants d'épissage dans des sites canoniques, petites délétions, insertions, stop), 23 % ; et les variants d'épissage introniques profonds ou dans les sites non canoniques, 9 %. Les variants de structure, qui sont majoritairement des grandes délétions, représentent environ 1 % des allèles (fig. 14-21
Fig. 14-21
Types et fréquences des variants pathogènes dans le gène ABCA4 (d'après [11], fondé sur [12, 23]).
Source : Pr Frans Cremers.
).
Variants de structure
Les variants de structure sont rares, à l'exception de deux délétions avec effet fondateur : une délétion des exons 20 à 22, retrouvée dans les populations belge, allemande et néerlandaise, et une seconde dans l'exon 6, spécifique des populations d'origine ibérique.
À l'heure actuelle, près de 70 variants structuraux ont été rapportés dans la littérature [17].
Allèles complexes
Près de 6 % des allèles ABCA4 portent plus d'un variant ; on parle alors d'allèles complexes. Le plus fréquent est le c.[2588G>C ; 5603A>T], p.[(Gly863Ala,Gly863del) ; (Asn1868Ile)], qui est un allèle à effet léger ou modéré. Le deuxième plus fréquent est l'allèle complexe c.[1622T>C ; 3113C>T], p.[(Leu541Pro) ; (Ala1038Val)]. À noter que les variants simples p.(Leu541Pro) et p.(Ala1038Val) sont pathogènes de façon isolée, et sont respectivement classés en modérément sévère et léger [12]. L'allèle complexe p.[(Leu541Pro) ; (Ala1038Val)] est lui aussi délétère, et est considéré comme un allèle induisant une perte de fonction complète [13].
Variants non codants
Les variants non codants représentent une large proportion des allèles mutés. Les nouvelles technologies de séquençage utilisées permettent leur identification et confirment leur importance sur le plan clinique.
Ils sont localisés à différents endroits du gène : sur les sites canoniques donneurs et accepteurs d'épissage situés (en –2 –1 +1 +2 de l'exon) ; sur les sites non canoniques (de –14 à –3 et de +3 à +6), ou dans les quelques premiers ou derniers nucléotides de l'exon. Il existe près de 90 variants décrits dans des sites non canoniques. Ils sont responsables du saut d'un seul ou de plusieurs exons, de l'élongation d'un exon, de la rétention d'intron ou d'un saut partiel d'exon. Ils conduisent tous à une perte de fonction, totale ou partielle.
Les variants introniques profonds sont, quant à eux, localisés dans le reste des séquences introniques. Ils représentent environ 4 % des allèles ; une cinquantaine a été décrite jusqu'à présent [18]. Ces variants peuvent renforcer les sites d'épissage cryptiques et créer les conditions nécessaires à la création de pseudo-exons. Après épissage, ces derniers sont retenus dans l'ARNm, ce qui conduit à leur insertion dans la séquence codante, à l'origine d'un décalage du cadre de lecture et à une perte de fonction de la protéine. Les pseudo-exons font classiquement entre 50 et 200 pb.
Les variants introniques profonds les plus fréquents sont : c.4253+43G>A, c.4539+2001G>A, c.5196+1137G>A, c.[769–784C>T ; 5603A>T], c.4539+2064C>T, c.4539+2028C>T et c.5196+1056A>G.
Déséquilibre homme/femme
Dans une grande étude de plus de 1200 patients atteints, il a été observé que les femmes sont plus représentées parmi les patients porteurs des deux variants les plus fréquents et avec une pénétrance incomplète : c.5603A>T, p.(Asn1868Ile) (nombre total 125 ; ratio femme : homme, 1,7 pour 1), et c.5882G>A, p.(Gly1961Glu) (nombre total 79 ; ratio femme : homme, 2,1 pour 1), comparativement aux patients ne portant pas de variants hypomorphes (nombre total 284 ; sexe ratio, 1 pour 1) [14]. Cette observation a été récemment confirmée par une méta-analyse [19].
Ce déséquilibre entre le ratio femme/homme observé chez les patients porteurs de variants hypomorphes suggère que, dans près de 25 % des cas de maladie de Stargardt, d'autres facteurs modificateurs non élucidés influencent l'expression de la pathologie.
Gènes associés à un phénotype STGD-like
L'expression clinique de la maladie de Stargardt est extrêmement variable et d'autres gènes mutés peuvent être responsables de phénotypes semblables (voir plus haut « Diagnostics différentiels »). Par conséquent, il peut être difficile de distinguer sans phénotypage fin une maladie de Stargardt d'une autre dystrophie maculaire sans étude génétique exhaustive. Parmi les gènes associés à ces phénocopies, on peut citer PRPH2, CRX, PROM1, ELOVL4 (de transmission autosomique dominante) , MT-TL1 (de transmission maternelle), CERKL, RPE65, RDH12, CDHR1, CRB1 (de transmission autosomique récessive) et RPGR (lié à l'X). PRPH2 est de loin le plus fréquemment identifié. Il est associé à des formes plus tardives de maculopathies de l'adulte de la cinquantaine et présente une pénétrance incomplète.
Faut-il tester les conjoints ?
Cette question récurrente se pose légitimement vu la fréquence élevée des porteurs hétérozygotes dans la population générale. Bien qu' ABCA4 n'ait jamais fait l'objet de demandes de diagnostic prénatal en France, les couples dont l'un des sujets est atteint de la maladie de Stargardt souhaitent connaître le risque de voir leur enfant atteint. Les laboratoires peuvent ainsi proposer l'analyse du gène ABCA4 par séquençage haut débit. Cette analyse doit être la plus exhaustive possible (recherche des variants ponctuels, des variants de structure et variants introniques profonds les plus fréquents) pour ne pas méconnaître un variant intronique pathogène. Dans les cas où un variant pathogène serait identifié, le risque pour l'enfant à naître va dépendre du type de variants portés par les parents et de la combinaison possibles chez l'enfant. Ainsi le risque d'avoir un enfant atteint dans la descendance des patients Stargardt est compris entre 0,68 % et 3,1 % ; le risque de formes précoces varie entre 0,34 % et 0,79 %. Le risque est le plus élevé pour les patients porteurs de deux variants sévères (2,8 % et 3,1 %), alors qu'il est le plus bas pour ceux portants deux variants modérément sévères (0,68 % et 0,79 %) [20].
Prise en charge
Une rééducation basse vision est proposée chez l'enfant pour excentrer, mais également chez l'adulte, même si l'acuité visuelle est de 10/10 es . Chez l'enfant, la baisse d'acuité visuelle est rapide et sévère justifiant l'accompagnement de la scolarité (tablette, cours numérisés, temps additionnel si nécessaire). Cette scolarité peut le plus souvent se poursuivre dans un cursus classique. Une attention particulière sera portée aux enfants atteints de la forme de Stargardt de groupes 2 et 3 (dystrophie mixte). Chez l'adulte, il est utile d'aménager le poste de travail. La conduite de jour et de nuit n'est plus possible dès qu'il existe un scotome central, objectivé sur le champ visuel binoculaire.
En se fondant sur le champ visuel et l'imagerie, la perte des cellules de l'EPR et des photorécepteurs dans la zone maculaire est expliquée, ainsi que le mécanisme d'accumulation des dérivés de la vitamine A. Il est essentiel que le patient se protège de la lumière avec des verres filtrants ou solaires ; la monture doit être couvrante et le port de chapeau ou casquette est conseillé. Il ne doit pas se supplémenter en vitamine A et la liste des aliments riches en vitamine A et bêtacarotène – dont on limitera la consommation – est expliquée. Il est toujours utile de rappeler l'intérêt d'une alimentation équilibrée avec des apports en antioxydants, de la pratique régulière du sport (impact positif sur les mitochondries, pile énergétique de nos cellules) et la toxicité du tabac qui favoriserait la progression de l'atrophie maculaire.
Le gène ABCA4 est un gène long dont la séquence codante ne peut pas tenir dans un seul virus AAV ( adeno-associated virus ), habituellement utilisé en thérapie génique. Un premier essai de thérapie génique utilisant les lentivirus (www.clinicaltrials.gov ; NCT01367444) a eu lieu, mais a été interrompu par le sponsor en raison d'un changement d'orientation stratégique. Des approches par thérapie utilisant deux virus AAV sont en cours [21 , 22] (NCT06942572, NCT07161544) et seront indiquées si validées avant l'atteinte maculaire de l'enfant (diagnostic précoce des autres membres de la fratrie). D'autres approches innovantes faisant appel aux CRISPR/Cas9 ou au trans-splicing font également l'objet de plusieurs études précliniques. Enfin, des approches pharmacologiques avec des molécules ciblant le métabolisme de la vitamine A sont également à l'étude. Ces approches pourraient être optimisées avec le développement de l'intelligence artificielle (IA) dans la pharmacologie par des pipelines incluant les données génomiques, transcriptomiques et biochimie [ 21 , 22].
À retenir
  • La maculopathie de Stargardt est la maculopathie la plus fréquente.
  • Non syndromique.
  • Autosomique récessive.
  • Taches flavimaculées ++++.
  • Épargne péripapillaire.
  • Deux pics existent :
    • l'enfant ou l'adulte jeune, une fovéopathie ;
    • l'adulte de 50 ans, une périfovéopathie.
  • L'électrorétinogramme est indispensable.
  • Un seul gène : ABCA4.
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