V. Smirnov, I. Meunier, B. Bocquet, C.-M. Dhaenens
Nous présentons dans ce chapitre un ensemble d'affections maculaires rares d'origine génétique, leurs caractéristiques cliniques et génétiques ainsi que quelques recommandations de prise en charge.
Drusen dominants
Cette maladie a été décrite par Doyne en Grande-Bretagne en 1899 et par Vogt en Suisse (Vallée Léventine) en 1925.
OMIM : 126600.
Synonymes : dystrophie rétinienne en rayon de miel de Doyne, maladie léventine, drusen radiaires.
Hérédité et physiopathologie
L'hérédité est autosomique dominante. La maladie est monogénique et monoallélique . EFEMP1 (OMIM 601548), codant l' EGF-containing fibulin-like extracellular matrix protein 1 ou la fibuline 3, est en cause. C'est une protéine sécrétée de la matrice extracellulaire appartenant aux fibulines. Une seule variation pathogène est connue : p. (Arg345Trp). Dans un modèle animal, ce défaut génique entraînait un dépôt de matériel entre la membrane de Bruch et l'épithélium pigmentaire rétinien (EPR), qui contenait Efemp1, Timp3 et les facteurs du complément activé. Morphologiquement, le dépôt était identique à celui de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). La variation p.(Arg345Trp) altère la formation du pont disulfure de résidu adjacent (Cys344), ce qui entraîne l'anomalie de la sécrétion de la protéine et son accumulation intracellulaire [1 , 2].
Signes cliniques
Les signes cliniques sont tardifs. Malgré la présence de drusen à partir de la deuxième décennie, l'acuité visuelle est bien préservée avant 50 ans. Une baisse d'acuité visuelle rapide peut survenir en cas de néovascularisation choroïdienne.
Examens fonctionnels
Le champ visuel montre un scotome central. L'ERG global est normal, même si l'atteinte rétinienne est extensive. L'ERG pattern est perturbé. Les examens focaux (en regard de drusen) de l'adaptation à l'obscurité et de la sensibilité scotopique sont perturbés [3].
Fond d'œil et imagerie multimodale
Les drusen peuvent être présents à partir de la deuxième décennie. La particularité de la maladie est une disposition radiaire de drusen en « feu d'artifice » et la présence de drusen encastrés dans la papille optique. Les drusen centraux sont ronds et larges, tandis que les drusen sur les bords de la lésion sont plus petits, étirés et de disposition radiaire (fig. 17-1a
Fig. 17-1Drusen dominants.a–c. Patient de 35 ans avec une acuité visuelle de 10/10es. d–f. Patiente de 65 ans, remaniements atrophiques maculaires.
Source : Dr V. Smirnov, EVNO, CHU de Lille.
). Avec le temps, les drusen ont tendance à s'arrondir et s'élargir, ce qui leur donne l'apparence de rayons de miel, décrite par Doyne. Dans les stades plus tardifs, les dépôts fovéolaires ont tendance à se pigmenter et s'atrophier (fig. 17-1b
Fig. 17-1Drusen dominants.a–c. Patient de 35 ans avec une acuité visuelle de 10/10es. d–f. Patiente de 65 ans, remaniements atrophiques maculaires.
Source : Dr V. Smirnov, EVNO, CHU de Lille.
). En autofluorescence, les drusen sont intensément autofluorescents. En OCT, il s'agit d'un dépôt sous-épithélial dense, donnant l'aspect d'une séparation étendue entre la membrane de Bruch et l'EPR [4] et une élévation de l'EPR en dents de scie. De grands drusen centraux ressemblent à ceux de la DMLA ; les petits drusen ressemblent aux drusen cuticulaires à l'OCT [5]. Avec l'évolution, les remaniements atrophiques progressent. L'angiographie à la fluorescéine et à l'indocyanine montre que les grands drusen sont intensément fluorescents aux phases tardives ; elle peut être utile pour mettre en évidence une néovascularisation choroïdienne [5].
Essais thérapeutiques
Il n'y a pas actuellement de projet de thérapie génique spécifique.
Dystrophie pseudo-inflammatoire de Sorsby
Cette maladie a été décrite par Sorsby en 1949 [6].
L'hérédité est autosomique dominante, liée aux défauts du gène TIMP3 , codant pour le tissue inhibitor of metalloproteinase 3 . Il s'agit d'une protéine dotée d'une puissante activité anti-angiogénique qui empêche la liaison de VEGF ( vascular endothelial growth factor ) à son récepteur VEGFR2. Par ailleurs, cette protéine régule l'homéostasie de la matrice extracellulaire en interaction avec les enzymes de dégradation protéique (métalloprotéinases matricielles [MMP]). La majorité des variants pathogènes décrits à ce jour affectent la formation des ponts disulfure à l'intérieur de la protéine, ce qui modifie sa conformation et entraîne la formation de dimères qui se déposent dans la matrice extracellulaire. Cela altère la liaison avec ses cibles protéiques et entraîne une diminution de l'inhibition des métalloprotéinases et de l'angiogenèse [ 7 , 8].
Signes cliniques
Le symptôme le plus précoce est une héméralopie [9]. Celle-ci est modérée, et les patients la rapportent souvent d'une manière rétrospective, quand ils sont interrogés à l'occasion d'une baisse d'acuité visuelle liée dans la majorité des cas à une néovascularisation choroïdienne.
Fond d'œil et imagerie multimodale
Le premier signe de la maladie est la présence de dépôts sous-rétiniens sous la forme de pseudo-drusen réticulaires [10] (fig. 17-2
Fig. 17-2Dystrophie de Sorsby chez des patients porteurs de variant p.(Ser38Cys) dans le gène TIMP3.a–c. Patiente de 51 ans, pseudo-drusen réticulaires et dépôts périphériques. d–f. Même patiente, néovascularisation choroïdienne de l'œil gauche. f–h. Père de la patiente, évolution atrophique de maculopathie (clichés angiographiques de l'œil droit espacés de 10 ans).
Source : Dr V. Smirnov, EVNO, CHU de Lille.
). Ces dépôts sont d'apparence variable, maculaires et en même temps en moyenne périphérie, pouvant former des plages confluentes gris jaunâtre. Les patients consultent souvent vers la cinquantaine pour des néovaisseaux choroïdiens fovéolaires. À l'époque où la néovascularisation n'était pas traitable, une évolution vers des lésions disciformes extensives avec tractions rétiniennes et nouveaux foyers hémorragiques sur leurs bords était une règle, ce qui était à l'origine du nom de la maladie. Un faible nombre de patients présentent une évolution purement atrophique avec confluence progressive des petites zones arrondies d'atrophie choriorétinienne maculaire s'étendant en temporal.
L'aspect de pseudo-drusen et de placards sus-rétiniens peut ressortir davantage en imagerie laser multi-couleur. En autofluorescence, il s'agit d'un aspect « poussiéreux », poivre et sel de la rétine maculaire aux stades précoces. Aux stades tardifs, l'autofluorescence permet d'objectiver les zones d'atrophie rétinienne. L'OCT montre des dépôts à la face apicale de l'EPR, la fusion et l'amincissement des couches réflectives externes aux phases précoces, et des structures pyramidales réflectives aux stades atrophiques [11]. Les signes typiques de néovascularisation choroïdienne et de ses complications sont observés chez la plupart des patients avec une baisse d'acuité brutale. L'angiographie à la fluorescéine et à l'indocyanine permet de préciser les limites des membranes néovasculaires. Les dépôts eux-mêmes ne prennent que très faiblement les colorants, ce qui donne l'aspect hétérogène et poussiéreux de la macula évoqué plus haut.
Examens fonctionnels
La fonction scotopique (micropérimétrie mésopique et scotopique) est atteinte très précocement dans la maladie, même avant l'apparition des lésions visibles au fond d'œil [12]. Au stade d'état, l'ERG scotopique est fortement réduit. Au fur et à la mesure de la progression des dépôts et des remaniements atrophiques, l'ERG photopique s'altère de même.
Associations systémiques
Une maladie pulmonaire (bronchiectasie et emphysème) en l'absence de tabagisme a été rapportée chez les patients avec une dystrophie de Sorsby [13]. Il est fortement recommandé de réaliser une évaluation pneumologique lors du diagnostic de rétinopathie et d'encourager l'arrêt d'un éventuel tabagisme.
Traitement
La prise en charge de la basse vision et celle des complications néovasculaires sont similaires à celles proposées pour la DMLA. La prise de vitamine A pourrait contribuer à atténuer les troubles d'adaptation à l'obscurité [14].
Dystrophie maculaire de la Caroline du Nord
La maladie a été initialement décrite dans une grande famille d'origine irlandaise installée en Caroline du Nord sous le nom de « dégénérescence maculaire dominante et amino-acidurie » [15].
OMIM : 136550.
Synonymes : North Carolina macular dystrophy (NCMD), central areolar pigment epithelial dystrophy (CAPED).
Hérédité et physiopathologie
La maladie est autosomique dominante, avec une pénétrance et une expressivité variables. Deux loci principaux sont décrits : MCDR1 et MCDR3. Dans le locus MCDR1, proche du gène PRDM13 , sont rapportés les variants ponctuels de l'ADN non codant et les duplications essentiellement de structure. Le nombre de variants distincts de ce locus tend à s'élargir avec la description de nouvelles familles. Le deuxième locus, MCDR3, proche du gène IRX1 , est affecté par les duplications en tandem à distance ou incluant le gène IRX1 .
Le mécanisme physiopathologique exact est inconnu, car il s'agit pour la plupart de variants de défauts de l'ADN non codant. L'hypothèse la plus récente est celle d'une altération des interactions entre les parties distantes du génome, à l'origine d'une modification d'expression des gènes pouvant être contrôlés par les locus MCDR1 et MCDR3. La dystrophie de la Caroline du Nord serait un exemple d' enhancéropathie (atteinte de la région régulatrice qui augmente l'expression du gène dépendant de cette région) [16] ; elle ne serait pas liée au défaut de séquences codantes des gènes.
Signes cliniques
La maladie peut être asymptomatique. La découverte est souvent faite dans le cadre d'un bilan d'acuité visuelle faible ou d'un strabisme chez l'enfant. Malgré des lésions paraissant extensives, l'acuité visuelle peut être étonnamment préservée.
Fond d'œil et imagerie multimodale
Les lésions maculaires sont congénitales et non progressives [17]. Il est habituel de parler de grades d'atteinte [18], sans qu'il y ait d'évolution d'un grade à l'autre. Au grade 1, il existe des lésions fovéolaires jaune blanchâtre, ressemblant aux drusen ( drusen-like deposits ). Ces lésions sont mieux visibles en réflectance infrarouge et en autofluorescence ; elles ne sont presque pas objectivables à l'OCT [11] (fig. 17-3a
Fig. 17-3Dystrophie maculaire de la Caroline du Nord ; membres de la même famille.a, b. Grade 1. Lésions temporales drusen- like, invisibles à l'OCT. c, d. Grade 2. Points blanc jaunâtre groupés dans la fovéa, intensément autofluorescents. Déformation de l'entonnoir fovéolaire et interruption des couches externes. e, f. Grade 3. Lésion pseudo-colobomateuse en chaudron.
Source : Dr V. Smirnov, EVNO, CHU de Lille.
). Au grade 2, les taches deviennent confluentes au niveau de la fovéa. L'OCT peut révéler l'altération de la structure fovéolaire, avec déformation de l'entonnoir fovéolaire et des interruptions des couches externes (fig. 17-3b
Fig. 17-3Dystrophie maculaire de la Caroline du Nord ; membres de la même famille.a, b. Grade 1. Lésions temporales drusen- like, invisibles à l'OCT. c, d. Grade 2. Points blanc jaunâtre groupés dans la fovéa, intensément autofluorescents. Déformation de l'entonnoir fovéolaire et interruption des couches externes. e, f. Grade 3. Lésion pseudo-colobomateuse en chaudron.
Source : Dr V. Smirnov, EVNO, CHU de Lille.
). Au grade 3, il s'agit d'une lésion colobomateuse caractéristique de l'affection que certains auteurs nomment caldera (chaudron). Le centre de la lésion est une zone d'atrophie choriorétinienne blanchâtre, avec parfois quelques gros troncs choroïdiens visibles ; le pourtour de la lésion est habituellement fortement pigmenté et peut présenter, de manière variable, des dépôts fibrotiques blanchâtres. Chez certains patients, on peut objectiver de petites lésions drusénoïdes aux bords de ce pseudo-colobome maculaire. En OCT, la lésion correspond à une perte de couches rétiniennes et une excavation des tissus en chaudron. Ces lésions sont plus ou moins symétriques et non évolutives ; des foyers de néovascularisation choroïdienne peuvent apparaître sur les bords (fig. 17-3c
Fig. 17-3Dystrophie maculaire de la Caroline du Nord ; membres de la même famille.a, b. Grade 1. Lésions temporales drusen- like, invisibles à l'OCT. c, d. Grade 2. Points blanc jaunâtre groupés dans la fovéa, intensément autofluorescents. Déformation de l'entonnoir fovéolaire et interruption des couches externes. e, f. Grade 3. Lésion pseudo-colobomateuse en chaudron.
Source : Dr V. Smirnov, EVNO, CHU de Lille.
).
Examens fonctionnels
Les examens montrent des signes de l'atteinte focale maculaire, proportionnelles à la surface de la rétine atteinte. Il n'y a pas de dysfonction rétinienne globale, bien que certaines observations indiquent une possible altération des potentiels oscillatoires à l'ERG [19].
Associations systémiques : des cas de pseudo-colobome maculaire avec une anomalie des membres (syndrome de Sorsby, OMIM 120400) à type de brachydactylie B [20 , 21], d'arachnodactylie ou avec une malformation de type pince de homard ont été rapportés [22]. La transmission est dominante dans ces familles. Le défaut génique n'est pas encore identifié [23]. Il faut distinguer ces maladies des dystrophies ectodermiques, avec des rétinopathies évolutives, éventuellement faisant partie du tableau syndromique.
Essais thérapeutiques
Il n'y a pas de traitement spécifique en dehors de la prise en charge de la basse vision. La néovascularisation se traite par les anti-VEGF [24].
Dystrophie maculaire associée au gène CRB1
Ce phénotype maculaire rare a été décrit en 2014 par Tsang et al. [25].
Hérédité et physiopathologie
Le gène CRB1 ( drosophila melanogaster gene crumbs , OMIM 604210) est principalement impliqué dans 10 % à 13 % des amauroses congénitales de Leber (ACL) et des rétinites pigmentaires précoces. Pour rappel, ces amauroses liées au gène CRB1 se caractérisent par une atteinte maculaire précoce, des altérations pigmentaires nummulaires et une préservation para-artériolaire de l'EPR. Elles sont parfois associées à des lésions exsudatives périphériques de type Coats [26].
Ces maculopathies CRB1 de début plus tardif et de transmission autosomique récessive sont associées à des variants spécifiques « maculaires purs » (tableau 17-1
Tableau 17-1
Principaux variants de CRB1 décrits associés à des dystrophies maculaires.
Référence
Variants
Tsang et al., 2014 [30]
p.(Arg1331Cys)
p.(Pro1381Leu)
Vincent et al., 2016 [28]
p.(Gly123Cys)
p.(Cys948Tyr)
Khan et al., 2018 [27]
c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del)
p.(Cys896Ter)
Khan et al., 2018 [27]
c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del)
p.(Pro1381Thr)
Khan et al., 2018 [27]
c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del)
p.(Ser478ProfsTer24)
Khan et al., 2018 [27]
c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del)
p.(Cys195Phe)
Khan et al., 2018 [27]
c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del)
p.(Arg764Cys)
Amaral et al., 2023 [29]
c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del)
p.(Cys948Tyr)
), avec une délétion récurrente de 9 pb, la c.498_506del, p.(Ile167_Gly169del) [27-28-29-30].
Fond d'œil et imagerie multimodale
Les aspects évocateurs lors de l'imagerie multimodale sont illustrés dans les fig. 17-4,
Fig. 17-4Patient rapportant des difficultés visuelles centrales apparues au début de ses études de médecine et présentant une maculopathie liée à CRB1.Compte tenu de la présence de logettes maculaires, il a été traité pour une uvéite postérieure avec un bilan négatif. Cinq ans plus tard, son médecin a évoqué un rétinoschisis juvénile lié à l'X à la suite des échecs des traitements de l'uvéite. Il n'a pas été identifié de variant dans le gène RS1. Vu à l'âge de 33 ans, son acuité visuelle est de 1/10e à l'œil droit et de 8/10es à l'œil gauche. a, b. La macula est jaunâtre avec de multiples points réfringents. L'atteinte est bilatérale symétrique, le calibre des vaisseaux rétiniens est préservé et la papille est colorée. c , d. La lésion maculaire délimitée par un liseré est hypo-autofluorescente et l'asymétrie explique la préservation de l'acuité visuelle à gauche. e, f. Dans la zone lésée, la rétine est épaissie et la segmentation rétinienne n'est plus respectée. On retrouve des éléments kystiques aux deux yeux et la ligne ellipsoïde a disparu.
Fig. 17-5Maculopathie liée à CRB1 avec la délétion de 9 pb et en trans le variant p. (Asp1005Val) chez un patient âgé de 62 ans avec des symptômes apparus à l'âge de 40 ans.L'acuité visuelle est de 1/20e aux deux yeux. Par rapport au cas précédent, la macula paraît plus atrophique et des dépôts pigmentaires arrondis sont apparus. a, b. La papille est colorée et le calibre des vaisseaux rétiniens est préservé. c, d. En autofluorescence, la lésion maculaire est très large, englobant la papille et dépassant les vaisseaux temporaux. Un fin liseré est présent. e, f. Même à ce stade plus évolué, la rétine reste anormalement épaissie, avec une perte de la segmentation et des éléments kystiques.
Fig. 17-6Maculopathie liée à CRB1 (variants bialléliques de la délétion et en trans le variant pathogène p.(Pro1381Arg) chez un patient de 29 ans avec une acuité visuelle de 4/10es œil droit et 2/10es œil gauche.Ce patient rapporte des difficultés visuelles depuis le collège et est adressé pour confirmer génétiquement le diagnostic de maculopathie de Stargardt. a–d. Noter que la lésion maculaire englobe la papille et qu'il n'y a pas de préservation péripapillaire, ce qui va à l'encontre d'une maculopathie de Stargardt. e, f. En OCT, la rétine est anormalement épaissie malgré la perte de la segmentation et la disparition de la limitante externe ainsi que de la ligne ellipsoïde. Un tel épaississement de la rétine va à l'encontre d'une maculopathie de Stargardt.
Fig. 17-7Aspect préclinique d'une maculopathie liée à CRB1.Patient de 24 ans asymptomatique dont le père a une amaurose congénitale de Leber (homozygote pour le variant pathogène p.(Cys40Arg), et la mère n'a pas de pathologie rétinienne et n'est pas apparentée. Le patient a hérité de son père du variant pathogène p.(Cys40Arg) et de sa mère la délétion récurrente associée à la maculopathie. Cette délétion a une prévalence dans la population générale de 0,124 % dans les bases de données. a, b. La rétine et la papille semblent épargnées. c–f. Noter les anomalies de l'autofluorescence dans l'aire maculaire et en supéro- et inféro-papillaire. g, h. La segmentation rétinienne est respectée à l'œil droit sur la coupe OCT. À l'œil gauche, l'aspect d'œdème maculaire est trompeur.
. La macula apparaît jaunâtre avec des points hyperréfringents au fond d'œil. La lésion maculaire est hypo-autofluorescente et délimitée par une bordure hyperautofluorescente. En OCT, on note une perte de la segmentation rétinienne avec un épaississement rétinien anormal et des éléments kystiques. Des lésions hyperréflectives « columnaires » traversant l'épaisseur de la rétine sont décrites lors des phases précoces de la maladie.
L'aspect maculaire avec des éléments kystiques peut orienter à tort vers un rétinoschisis juvénile lié à l'X chez le garçon ou une uvéite postérieure (voir fig. 17-4
Fig. 17-4Patient rapportant des difficultés visuelles centrales apparues au début de ses études de médecine et présentant une maculopathie liée à CRB1.Compte tenu de la présence de logettes maculaires, il a été traité pour une uvéite postérieure avec un bilan négatif. Cinq ans plus tard, son médecin a évoqué un rétinoschisis juvénile lié à l'X à la suite des échecs des traitements de l'uvéite. Il n'a pas été identifié de variant dans le gène RS1. Vu à l'âge de 33 ans, son acuité visuelle est de 1/10e à l'œil droit et de 8/10es à l'œil gauche. a, b. La macula est jaunâtre avec de multiples points réfringents. L'atteinte est bilatérale symétrique, le calibre des vaisseaux rétiniens est préservé et la papille est colorée. c , d. La lésion maculaire délimitée par un liseré est hypo-autofluorescente et l'asymétrie explique la préservation de l'acuité visuelle à gauche. e, f. Dans la zone lésée, la rétine est épaissie et la segmentation rétinienne n'est plus respectée. On retrouve des éléments kystiques aux deux yeux et la ligne ellipsoïde a disparu.
) [27], soulignant la place des clichés en autofluorescence ne montrant pas de liseré dans les uvéites et de l'ERG grand champ, qui est souvent électronégatif dans le rétinoschisis juvénile lié à l'X.
Examens fonctionnels
L'ERG global est normal ou subnormal dans les phases précoces de la maladie. La lésion maculaire initiale peut s'étendre et évoluer vers une rétinopathie globale avec altération de l'ERG scoto- et photopique aux phases tardives de la maladie. Les examens fonctionnels focaux (pERG, ERGmf) sont altérés au prorata de l'atrophie de la rétine maculaire externe.
Dystrophie maculaire associée au gène RDH12
Le gène RDH12 est surtout connu pour être associé à un tableau d'ACL et à une dystrophie rétinienne précoce. Un phénotype maculaire rare a récemment été décrit [31 , 32].
Hérédité et physiopathologie
Il s'agit d'une pathologie récessive. Les variations retrouvées dans le gène RDH12 sont considérées comme hypomorphes, laissant une activité résiduelle à l'enzyme RDH12, ce qui explique un caractère limité des lésions rétiniennes [31 , 32].
Signes cliniques
La maladie peut être asymptomatique et découverte devant un aspect impressionnant au fond d'œil. Dans les stades plus tardifs, les patients se plaignent d'une baisse d'acuité visuelle progressive.
Fond d'œil et imagerie multimodale
L'aspect ophtalmoscopique de cette dystrophie est très particulier et reconnaissable [33 , 34]. Dans la macula, la lésion est ovalaire ou même ogivale, de grand axe horizontal, la partie large vers la papille et une partie plus effilée vers la rétine temporale. La zone centrale de la lésion est dépigmentée, ses bords sont plus sombres, festonnés et comme délavés (aspect en aquarelle bigarrée – variegated watercolor ). La lésion peut être unique ou entourée de petites lésions secondaires arrondies sous les arcades vasculaires temporales et en nasal de la papille. En autofluorescence au bleu, la lésion présente une alternance de zones hyper- et hypo-autofluorescentes. Son bord a un liséré hyperautofluorescent fin doublé d'une zone légèrement hypo-autofluorescente. En OCT, on constate une altération des couches réflectives externes, avec, en fonction du stade de la maladie, une préservation ou une déstructuration de l'ellipsoïde fovéale (fig. 17-8
Fig. 17-8Dystrophie maculaire liée au gène RDH12.Le patient est hétérozygote composite pour variations p.(Asp101Glufs*17) et p.(Val290Gly). a. Aspect ophtalmoscopique ogival avec des bords « en aquarelle » ; noter une lésion secondaire en nasal inférieur de la papille. b. Autofluorescence du fond d'œil. Liséré hyperautofluorescent fin du bord de la lésion doublé d'une zone hypo-autofluorescente délavée. c. OCT. Déstructuration des couches rétiniennes externes en regard de la lésion.
).
Examens fonctionnels
Au champ visuel, on constate un scotome central qui reproduit la forme de la lésion au fond d'œil ; le champ visuel périphérique est parfaitement préservé. L'ERG global peut être parfaitement normal ou évoluer vers une dysfonction légère de type cône-bâtonnet avec le temps [32 , 34].
La transmission est autosomique dominante. La maladie est liée au locus 7p15-7p21, mais le gène associé n'est pas encore identifié [36].
Fond d'œil et imagerie multimodale
Les aspects ophtalmoscopiques varient de la macula quasi normale au stade de début (stade 1), passant par le début d'une atrophie fovéolaire (stade 2), à l'atrophie choriorétinienne extensive avec pigmentation grossière du pôle postérieur (stade 3). En OCT, les kystes sont diffus et proéminents au stade 1, diminuent en taille et en nombre au stade 2, puis disparaissent complètement au stade 3, laissant place à l'atrophie des couches externes. En autofluorescence, les remaniements sont minimes au stade 1 ; apparaissent les lisérés hyperautofluorescents au stade 2 ; une zone d'atrophie centrale est entourée d'un liseré fortement hyperautofluorescent au stade 3 [36].
Essais thérapeutiques
L'octréotide en injections systémiques mensuelles pourrait être efficace sur les kystes et stabiliser la maladie [36].
Une famille de trois générations avec une transmission paraissant dominante a été rapportée [ 37]. Le tableau ressemble quelque peu au MacTel2, puisqu'il y a des télangiectasies, des veinules à l'angle droit et des complications néovasculaires. Néanmoins, une pigmentation maculaire régulière, en taches nummulaires, distingue des cas rapportés.
Drusen maculaires associés à la glomérulonéphrite membranoproliférative de type II
Il s'agit d'une maladie rénale appartenant au groupe des C3-glomérulopathies (dépôts de complément C3) et, plus précisément, il s'agit d'une maladie de dépôts denses. Dans un certain nombre de cas, un déficit sous-jacent en facteur H de complément est présent (OMIM 609814) dans le cadre des variants du gène CFH [38]. Les variants de ce gène sont de même liés à des drusen héréditaires d'apparition précoce [39], mais il n'y a presque pas de recouvrement entre les variants décrits dans la maladie rénale et ceux associés aux drusen isolés.
Au fond d'œil et en imagerie multimodale, les caractéristiques sont celles de basal laminar drusen, tout à fait similaires à ceux trouvés dans la DMLA [40 , 41] (fig. 17-9
Fig. 17-9a, b. Drusen sous-épithéliaux chez un patient avec une glomérulonéphrite membranoproliférative de type 2.
Source : Dr B. Sautière, EVNO, CHU de Lille.
). Cette entité rare justifie la réalisation d'un bilan rénal devant la présence de drusen surtout de type basolaminaire chez le sujet jeune.
Remerciements : Marie Latypov, Eloi Debourdeau, Vasiliki Kalatzis (Montpellier).
Bibliographie
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