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Chapitre 54
Étapes entre phase III et accès précoce

J.-B. Delmotte, P. Chaumet-Riffaud

Introduction et contexte
À l'issue d'une phase III ayant permis de démontrer l'efficacité et la tolérance d'un candidat médicament, le laboratoire qui souhaite le commercialiser demande une autorisation de mise sur le marché (AMM) auprès de l'autorité sanitaire compétente (nationale – Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé [ANSM] – ou européenne – European Medicines Agency [EMA]). Le processus pour obtenir une AMM en Europe prend en moyenne 210 jours pour une procédure centralisée [1], auxquels s'ajoutent a minima plusieurs mois pour la détermination du prix et du remboursement.
Pendant cette période d'évaluation, le laboratoire n'est pas autorisé à commercialiser son médicament selon le droit commun. En revanche, il peut demander une dérogation auprès de l'ANSM et de la Haute autorité de santé (HAS) par le biais du dispositif d'accès précoce (AP). Ainsi, en France, les patients peuvent bénéficier de médicaments innovants n'ayant pas encore obtenu leur AMM, et/ou de prix administré par les autorités compétentes.
Ce dispositif, prévu par l'article 78 de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2021 [2], permet d'accélérer l'accès aux traitements innovants dans le cas de maladies graves, rares ou invalidantes. Ainsi, les patients, pour la plupart en impasse thérapeutique et non inclus dans un essais clinique, peuvent accéder plus rapidement à des médicaments à forte présomption d'efficacité avant leur AMM ou en attente de prise en charge. Par ailleurs, ce dispositif permet de valider de façon plus précoce les bénéfices dudit traitement dans des conditions de vie réelle grâce au recueil des données imposé.
En résumé, ce dispositif consiste à autoriser et à financer ces médicaments à forte présomption d'efficacité à une phase précoce de leur développement (pré-AMM) ou dans l'attente de leur inscription au remboursement (post-AMM) [3]. La loi de 2021 a été précisée par le décret n° 2021-869 du 30 juin 2021 qui définit les modalités de demande, d'octroi, de modification, de renouvellement, de suspension et de retrait des médicaments en accès dérogatoire, ainsi que les modalités de leur prise en charge par l'Assurance maladie, modalités qui sont détaillées ci-après [ 4].
Obtention du statut d'accès précoce pour un médicament
La demande d'AP pour un médicament est à l'initiative du laboratoire. Ce dernier dépose son dossier de demande d'AP sur la plateforme SESAME [ 5] pour instruction par l'ANSM et la HAS qui se répartissent l'évaluation du dossier comme suit. En premier lieu, l'ANSM évalue l'efficacité et la sécurité du médicament au vu des résultats des essais cliniques. Vient ensuite l'évaluation de la HAS sur quatre critères :
  • il doit s'agir d'une maladie grave, rare ou invalidante;
  • il doit être établi qu'il n'existe pas d'alternative thérapeutique appropriée pour le patient;
  • la mise en œuvre dudit traitement ne peut pas être différée;
  • ledit médicament est présumé innovant par rapport aux traitements autorisés sur le marché et disponibles au moment du dépôt du dossier [ 6].
Toute demande d'autorisation d'AP doit être déposée de manière dématérialisée sur la plateforme SESAME, administrée par la HAS. Cette plateforme facilite le dépôt et l'instruction des dossiers, et permet ainsi une meilleure coordination entre les différents acteurs.
Le laboratoire qui fait la demande d'AP s'engage au dépôt d'une demande d'AMM dans l'indication considérée, et ce dans un délai fixé par la HAS, généralement un an renouvelable à compter de l'autorisation d'AP, soit 2 ans au total [ 7]. Par ailleurs, le laboratoire s'engage à déposer une demande de remboursement, dans l'indication considérée, au titre du droit commun, dans le mois qui suit l'octroi de l'AMM. Selon le stade de développement du médicament, on peut distinguer l'AP pré-AMM, c'est-à-dire avant l'obtention de l'AMM, et l'AP post-AMM, c'est-à-dire avant l'inscription du médicament sur la liste des médicaments remboursables.
En résumé, l'AP est autorisé par la HAS, après avis de l'ANSM si le médicament n'a pas encore d'AMM ou sur la base du dossier AMM si ce dernier est déjà autorisé par l'agence du médicament. Les comptes-rendus des commissions d'instruction des dossiers de demande d'AP sont disponibles sur le site de la HAS. Le référentiel des médicaments en accès dérogatoire est disponible sur le site de l'ANSM et sur le site du ministère de la Santé.
Les modalités d'utilisation du médicament en AP sont définies par un document appelé protocole d'utilisation thérapeutique et de recueil de données (PUT-RD) . Il s'agit d'un protocole standardisé qui encadre l'utilisation du médicament ainsi que le recueil des données de sécurité et d'efficacité. Il centralise toutes les informations pertinentes sur le médicament et son utilisation. Le PUT-RD est élaboré par le laboratoire qui commercialise le médicament. Il est ensuite soumis à l'approbation de la HAS. Le PUT-RD permet ainsi d'encadrer l'utilisation du médicament; il définit les conditions d'utilisation et de prescription du médicament complétées par le résumé des caractéristiques du produit (indication ou critères d'octroi , c'est-à-dire critères d'inclusion et d'exclusion, posologies, modalités de surveillance, etc.) [8]. Il permet également de recueillir les données relatives à la surveillance des patients, notamment via le recueil des effets indésirables. De la sorte, il définit les données à recueillir tout au long de l'utilisation du médicament (caractéristiques des patients traités, données de sécurité, d'efficacité, de qualité de vie, etc.), les modalités de recueil (questionnaires, examens, etc.) et les modalités de transmission des données (plateforme dématérialisée gérée par le laboratoire). Le PUT-RD permet ainsi d'harmoniser les pratiques des différents centres utilisateurs et de garantir la qualité et la reproductibilité des données recueillies.
Enfin, le PUT-RD comporte également des documents d'information que le prescripteur doit remettre au patient décrivant le médicament, les bénéfices et risques associés ainsi que le traitement des données personnelles. L'analyse de ces données pourra par ailleurs alimenter le dossier d'évaluation du médicament par la commission de la transparence en vue de sa prise en charge pérenne par l'Assurance maladie. Les PUT-RD sont disponibles et téléchargeables sur le site de l'ANSM en libre accès.
Les cartographies du processus d'AP sont illustrées par les fig. 54-1,
Fig. 54-1
Accès précoce (AP) à un médicament avant autorisation de mise sur le marché (AMM).
Source : Accès précoces – Infographie de la réforme (juillet 2021), HAS et ANSM. Source ANSM : https://ansm.sante.fr/actualites/reforme-de-lacces-derogatoire-aux-medicaments-renforcer-lacces-aux-traitements-innovants-pour-les-patients-en-impasse-therapeutique https://ansm.sante.fr/documents/reference/medicaments-en-acces-derogatoires/les-acces-precoces-aap. HAS : Reproduit avec l'autorisation de la HAS. Infographie également disponible sur has-sante.fr, rubrique Médicaments > Comprendre l'évaluation.
fig. 54-2
Fig. 54-2
Accès précoce (AP) à un médicament après autorisation de mise sur le marché (AMM).
Source : Accès précoces – Infographie de la réforme (juillet 2021), HAS et ANSM. Source ANSM : https://ansm.sante.fr/actualites/reforme-de-lacces-derogatoire-aux-medicaments-renforcer-lacces-aux-traitements-innovants-pour-les-patients-en-impasse-therapeutique https://ansm.sante.fr/documents/reference/medicaments-en-acces-derogatoires/les-acces-precoces-aap. HAS : Reproduit avec l'autorisation de la HAS. Infographie également disponible sur has-sante.fr, rubrique Médicaments > Comprendre l'évaluation.
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Obtention d'une autorisation d'accès précoce pour un patient candidat
De façon pratique, une fois l'AP octroyé pour un médicament donné dans une indiction donnée, le laboratoire est autonome sur la délivrance des autorisations d'accès précoce (AAP; anciennement appelé numéro de cohorte) aux patients ainsi que sur leur gestion (c'est-à-dire le recueil des résultats). Ces demandes d'autorisations sont généralement gérées grâce à des plateformes en ligne (par exemple Plage de l'Agence technique de l'information sur l'hospitalisation [ATIH], ou plateforme administrée par le laboratoire). En pratique, la demande est adressée par le médecin au laboratoire de façon anonyme, mais non ambiguë (initiale du patient, date de naissance a minima). Ce dernier reçoit la demande et l'instruit. En cas d'avis favorable, un numéro d'AAP est attribué; ce numéro suivra le patient tant que l'AP restera actif. À ce stade, le pharmacien de l'établissement est informé de l'autorisation et peut ainsi commander le médicament au fournisseur ou distributeur. Les dispensations de médicaments en AP se font sur prescription hospitalière, en hospitalisation ou en rétrocession.
La surveillance des médicaments en accès dérogatoire relève de la pharmacovigilance. Toute suspicion d'effets indésirables doit être déclarée au centre régional de pharmacovigilance (CRPV) dont relève l'établissement.
Financement du dispositif
Le prix du médicament en AP est librement fixé par le laboratoire et est pris en charge automatiquement à 100 % par l'Assurance maladie dès l'octroi de l'autorisation. Aussi, le financement se fait, pour les produits utilisés dans le cadre d'un séjour hospitalier, en sus du groupe homogène de séjour (GHS) ou, pour le cas des médicaments rétrocédés par une pharmacie hospitalière, en facturation directe à la caisse primaire de l'Assurance maladie (majorée de la marge forfaitaire en vigueur). Le montant remboursé correspond au prix d'achat, toutes taxes comprises, majoré de la marge forfaitaire de rétrocession, le cas échéant. Ainsi, pour le patient, il n'y a pas de reste à charge.
Cependant, pour pouvoir prétendre à la prise en charge, le médicament doit être utilisé dans l'indication de l'AP. Aussi, lorsque le médecin prescrit un tel médicament, il renseigne, en plus de la posologie et des éventuelles consignes, l'indication explicite dans son logiciel de prescription. Cette indication est par la suite codée par le logiciel d'aide à la prescription en code indication, lequel alimentera le fichier complémentaire accès précoce-accès compassionnel (FICHCOMP-AP-AC) du programme de médicalisation des systèmes d'information ou PMSI (fichier recueil des séjours faisant l'objet d'utilisations de tels médicaments). Les référentiels indications sont disponibles sur le site Internet du ministère de la Santé [9]. Il s'agit de fichiers qui listent les codes d'unités communes de dispensation (UCD) des médicaments et les indications dans lesquelles ils bénéficient d'un AP autorisé par la HAS ou l'ANSM, ainsi que les codes indication. Ils peuvent être consultables librement par les médecins, les agents du département d'information médicale (DIM) et les pharmaciens, mais ne sont pas opposables; en effet, seuls les textes juridiques publiés au Journal Officiel ( JO ) font foi.
Par ailleurs, afin de réguler le coût des médicaments en AP pour l'Assurance maladie, un mécanisme de remises obligatoires applicables a été instauré. Ce dernier est encadré par l'article L. 162-16-5-1-1 du Code de la sécurité sociale [10], complété de plusieurs arrêtés qui précisent les taux de remises et les seuils [11-12-13-14]. Le laboratoire doit en effet verser des remises chaque année à l'Assurance maladie, leur montant étant fixé par arrêté des ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale. Ce montant tient compte notamment du chiffre d'affaires réalisé et des quantités vendues. Ces remises ont pour objectif de maîtriser les dépenses de l'Assurance maladie liées aux médicaments en AP, en attendant leur éventuel remboursement de droit commun. Par ailleurs, depuis avril 2022, le recueil des données par le personnel soignant des établissements prescripteurs peut faire l'objet d'un dédommagement par le laboratoire [ 15]. À cet effet, une convention doit être signée entre les laboratoires et les établissements de santé afin de régler les modalités pratiques de dédommagement. Un modèle de convention est disponible sur le site Internet du ministère de la Santé [ 16].
Autres types d'accès dérogatoire
Accès compassionnel
Les médicaments sans AMM en France et qui n'ont pas vocation à être commercialisés par le laboratoire en France peuvent toutefois faire l'objet d'une utilisation dérogatoire chez un patient donné dans le cadre de l'accès compassionnel (AC). Il s'agit d'une autorisation nominative demandée par un prescripteur pour une utilisation chez un patient donné, généralement en situation d'impasse thérapeutique. Il s'agit en effet de mobiliser des thérapeutiques non autorisées en France pour répondre à un besoin médical non couvert (traitement de dernière intention ou maladie rare). L'autorité compétente délivrant les autorisations d'AC est exclusivement l'ANSM. La liste des médicaments en AC est disponible sur le site de l'ANSM. Il est important de préciser que cette liste n'est pas exhaustive dans la mesure où un médecin peut demander à l'ANSM d'instruire tout médicament sans AMM française.
En pratique, la demande d'une autorisation d'accès compassionnel (AAC) respecte les étapes décrites ci-après. En premier lieu, le médecin formule sa demande en remplissant un formulaire électronique générique sur la plateforme e-Saturne, plateforme accessible via la carte de professionnel de santé (CPS; physique, ou dématérialisée [e-CPS]). Le médecin renseigne ainsi les caractéristiques du patient, celles du médicament et la justification. Par ailleurs, le médecin doit déclarer une pharmacie à usage intérieur (PUI) dispensatrice qui assurera l'approvisionnement et la dispensation du médicament en AC. La demande validée par le médecin est adressée à la pharmacie désignée lors de la demande. Le pharmacien la vérifie et la valide, puis la transmet à l'ANSM. À ce stade, l'ANSM reçoit la demande et l'instruit. Cette procédure est de durée variable, l'instruction du dossier faisant appel à des experts de l'ANSM et à des algorithmes de règles. Des informations complémentaires peuvent être demandées, donnant lieu à une série d'échanges entre médecin, pharmacien et experts de l'ANSM.
À l'issue de l'instruction, l'autorisation est délivrée pour une durée déterminée allant d'un jour à un an. L'autorisation se présente sous la forme d'un document PDF généré par la plateforme e-Saturne et daté du jour de la délivrance de l'autorisation (tableau 54-1
Tableau 54-1
Champs à renseigner dans le formulaire e-Saturne.
Identité du prescripteurNom, prénom, coordonnées, RPPS et établissement
Identité de la pharmacie à usage intérieur (PUI)Nom, téléphone
Identité du patientNom (3 lettres), Prénom (2 lettres), sexe, date de naissance ou âge, poids
MédicamentSpécialité (nom, forme pharmaceutique, dosage), indication, champ libre pour complément d'information
DemandePosologie du médicament, notion d'association thérapeutique, durée souhaitée de la demande
Champ libre pour la justification de la demande (précisions sur la pathologie avec score d'activité ou de gravité le cas échéant, antécédents médicaux et comorbidités, historique complet de la stratégie thérapeutique employée, contre-indication des traitements standard le cas échéant)

RPPS : répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé.


et fig. 54-3
Fig. 54-3
Capture d'écran de la plateforme e-Saturne.
). Ce document est nominatif et personnel, le patient étant désigné par ses initiales. La durée de validité de l'AAC est renseignée sur ce document. Le pharmacien peut ainsi commander nominativement le produit au fournisseur sans dépasser la quantité correspondant à son utilisation pendant la période autorisée. Il peut aussi dispenser les produits sur présentation de l'ordonnance en cours de validité pendant toute la période couverte de l'AAC. À noter qu'il est important que prescription et dispensation soient accompagnées d'informations claires à chaque patient sur le caractère compassionnel et dérogatoire de la prise en charge du médicament ainsi que sur les modalités particulières (dispensation en pharmacie hospitalière, durée limitée d'autorisation, notice disponible en français, souvent après traduction par un tiers).
À l'instar du PUT-RD pour les médicaments en AP, certains médicaments en AC sont subordonnés au respect d'un protocole d'utilisation thérapeutique et de suivi des patients (PUT-SP), construit sur le même principe que celui du PUT-RD [ 17].
Le financement et la prise en charge sont similaires à ceux des médicaments en AP : pour le patient, la prise en charge est immédiate et automatique par l'Assurance maladie, et le tarif du médicament est librement fixé par l'industriel.
Accès très précoce
L'ANSM peut octroyer un AC à un médicament qui fait l'objet de recherche clinique et qui est fortement susceptible d'être commercialisé. Il s'agit d'un cas particulier d'AC, dit AC très précoce ou AC pré-précoce. Celui-ci consiste en une dérogation pour les médicaments qui font l'objet de recherche clinique dans une indication considérée à un stade très précoce et qui tendent vers une volonté d'obtenir une AMM. En d'autres termes, l'AC très précoce est une situation intermédiaire et transitoire entre AC et AP. Les conditions à respecter reprennent en partie celles de l'AP (maladies graves, rares ou invalidantes, mise en œuvre du traitement ne pouvant pas être différée), mais le processus de demande est bien celui d'un AC (la demande est formulée sur e-Saturne par le médecin; l'ANSM octroie les demandes nominativement sans intervention de la HAS).
Par ailleurs, la réglementation prévoit que l'AAC ne peut pas être demandée par le médecin si le patient est éligible à un essai clinique actif dans l'établissement. En outre, l'industriel s'engage à déposer une demande d'AP dans un délai déterminé. Le décret du 21 avril 2023 du Code de la santé publique fixe à un an la durée maximale pendant laquelle un AC très précoce peut être maintenu ou renouvelé, lorsqu'il n'y a pas eu de demande d'AP ou en cas de refus de cette demande par la HAS [ 18]. Cela permet de limiter d'éventuels abus, l'AC très précoce étant moins strict que l'AP en raison d'une évaluation allégée (moins de critères, pas d'intervention de la HAS); un laboratoire pourrait donc être tenté par cette procédure plutôt que par l'AP. Toutefois, s'agissant d'un AC, c'est l'ANSM qui délivre les autorisations nominatives et non le laboratoire.
Le cadre de prescription compassionnelle
Un autre cas particulier d'AC existe : les cadres de prescription compassionnelle (CPC). Il s'agit de médicaments commercialisés en France, mais utilisés en dehors de leur indication AMM. Le CPC permet donc d'encadrer et de sécuriser une pratique de prescription non conforme à l'AMM, toujours dans le but de répondre à des besoins thérapeutiques non couverts. Le décret n° 2022-164 du 11 février 2022 encadre ce dispositif [19]. Le CPC est à l'initiative de l'ANSM, à partir de signalements émanant de l'Institut national du cancer (INCa), des conseils nationaux professionnels, de filières de santé maladies rares ou d'associations de patients. Son évaluation relève de l'ANSM, qui le délivre pour une durée de 3 ans renouvelable. Un CPC peut être demandé pour un médicament qui n'a pas vocation à être commercialisé dans l'indication d'intérêt.
Historique, évolution et bilan du dispositif après 3 ans de mise en œuvre
Le dispositif d'AP est en réalité une réponse à la simplification des dispositifs d'accès dérogatoires qui existaient en 2021, lesquels étaient l'autorisation temporaire d'utilisation (ATU) de cohorte, le dispositif post-ATU, le dispositif d'accès direct post-AMM et l'ATU d'extension d'indication [16]. Chacun de ces dispositifs avait des critères d'accès et de prise en charge spécifiques. Ces accès ont ainsi été simplifiés et les processus homogénéisés, notamment grâce à un processus d'instruction plus clair avec délais maîtrisés, mais aussi grâce à des demandes de recueil de données et de critères d'éligibilité mieux définis.
Par ailleurs, la nécessité d'imposer une durée limite à ces accès dérogatoires a aussi été un argument clé de cette refonte. De même, le dispositif d'AC est une réponse à la simplification, d'une part, des ATU nominatives, remplacées par les AC et AC très précoce et, d'autre part, des recommandations temporaires d'utilisation (RTU), remplacées par les CPC. Il est intéressant de remarquer qu'avant la réforme, on opposait ATU nominative et ATU de cohorte, alors que ces dernières étaient bien délivrées nominativement par le laboratoire. Ces nouveaux dispositifs d'accès dérogatoire sont entrés en vigueur en juillet 2021 suite à la parution du décret n° 2021-869 du 30 juin 2021 relatif aux autorisations d'AP et d'AC, en application de l'article 78 de la LFSS pour 2021 [ 2 , 4]. Ce décret détaille les conditions et modalités d'octroi, de suspension ou de retrait des AP et AC. Il a été complété par le décret n° 2022-164 du 11 février 2022 [ 19].
La HAS publie périodiquement en accès libre sur son site Internet un bilan d'activité de l'AP [20]. À titre d'exemple, entre le 1 er juillet 2021 et le 30 juin 2024, 120000 patients ont bénéficié de ce dispositif d'accès précoce. Sur 172 décisions d'AP, 76 concernaient des demandes pré-AMM et 96 des demandes post-AMM. Environ 59 % de ces décisions ont été rendues favorables (122/172). Les médicaments concernés sont majoritairement issus du domaine de l'oncologie (59 décisions favorables sur 122); l'ophtalmologie n'a représenté que 1 % des décisions favorables. Autre fait intéressant : près de 40 % des médicaments ont obtenu une amélioration du service médical rendu (ASMR) II et III (20 % d'ASMR V et 40 % d'ASMR IV). Enfin, les médicaments disponibles en AP le restent en moyenne 13 mois (407 jours) avant leur inscription en droit commun.
Éléments de discussion : avantages et limites du dispositif
Avantages du dispositif
Les avantages du dispositif sont les suivants :
  • accès anticipé aux traitements innovants avant leur AMM ou en attendant leur remboursement;
  • collecte de données en vie réelle : le laboratoire peut recueillir, grâce au PUT-RD, des données sur l'efficacité et la sécurité du médicament en conditions réelles d'utilisation (c'est-à-dire en dehors de protocoles stricts d'essais cliniques);
  • continuité de traitement : le dispositif permet de poursuivre le traitement initié chez un patient ayant bénéficié dudit traitement lors d'essais cliniques de phase III;
  • soutien financier : les médicaments autorisés en AP bénéficient d'un remboursement par l'Assurance maladie. Ce financement anticipé aide le laboratoire à couvrir les coûts de développement et de production;
  • réputation et engagement du laboratoire : en participant à ce dispositif, le laboratoire montre son engagement envers l'innovation et la santé publique, ce qui peut renforcer sa réputation auprès des professionnels de santé et des patients.
Limites du dispositif
Les limites du dispositif sont les suivantes (voir tableau 54-2
Tableau 54-2
Éléments de synthèse : comparaison entre accès compassionnel (AC) et accès précoce (AP).
Accès précoceAccès compassionnel
ObjectifAnticiper la mise à disposition d'un médicament innovant, répondant à un besoin thérapeutique non couvert Mettre à disposition un médicament répondant à un besoin thérapeutique non couvert de manière satisfaisante
Caractère innovantMédicament susceptible d'être innovantMédicament pas nécessairement innovant
Pas de développement en cours, ni de démarche en vue d'une AMM sur le territoire français
Intention de mise sur le marchéAbsence d'AMM en cours
Intention de commercialiser le médicament dans l'indication donnée
Le laboratoire s'engage à déposer une demande d'AMM et de remboursement de droit commun, le cas échéant
Absence d'AMM en cours en France, mais possible AMM étrangère
Le médicament n'a pas vocation à être commercialisé en France par le laboratoire dans l'indication donnée
Initiative de la demandeGénéralement à l'initiative du laboratoire, avec implication des autorités de santé À l'initiative du prescripteur pour un patient donné (AC) ou dans le cadre d'un protocole (CPC)
Anciens dispositifsRemplace les ATU de cohorte (ATUc), post-ATU, ATU en extension d'indication (ATUei) Remplace les ATU nominatives (ATUn) pour les AC, et les RTU pour les CPC
Autorité compétente instruisant le dossier d'octroi de l'accès dérogatoire du médicament ANSM et HASANSM
Autorité délivrant les autorisations aux patients candidats pour un médicament en accès dérogatoire Laboratoire via une plateforme administrée par celui-ci (ou sous sa responsabilité) ANSM via e-Saturne
N.B. : une plateforme peut également être mise en place et administrée par le laboratoire pour récupérer des données cliniques et/ou confirmer l'accès au traitement après délivrance de l'AAC par l'ANSM (défini par PUT-RD)
Financement et remboursementÀ 100 % par l'Assurance maladie
En sus du GHS et/ou rétrocession
À 100 % par l'Assurance maladie
En sus du GHS et/ou rétrocession
Origine de la demande dérogatoireLaboratoirePrescripteur/équipe médicale
Modalités de prescription/dispensationPrescription hospitalière ± réservée à un spécialiste
Dispensation hospitalière (en interne ou en rétrocession)
N° d'AAP (anciennement appelé cohorte) en cours de validité, généralement valable un an renouvelable
Prescription hospitalière ± réservée à un spécialiste
Dispensation hospitalière (en interne ou en rétrocession)
N° d'AAC en cours de validité (période variable entre 1 et 365 jours selon le produit)

AAC : autorisation d'accès compassionnel; AAP : autorisation d'accès précoce; AMM : autorisation de mise sur le marché; ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé; ATU : autorisation temporaire d'utilisation; CPC : cadre de prescription compassionnelle; GHS : groupe homogène de séjour; HAS : Haute autorité de santé; PUT-RD : protocole d'utilisation thérapeutique et de recueil de données.


) :
  • moindre maîtrise de la fixation du prix par les autorités de santé : le prix du médicament est proposé par le laboratoire. Les marges de négociation sont limitées;
  • l'incertitude sur la sécurité et l'efficacité : le candidat médicament est présumé efficace, bien toléré et de qualité pharmaceutique. Bien que les résultats disponibles soient encourageants, ils restent préliminaires; aussi, l'innovation et l'apport clinique pour le patient ne sont pas encore totalement avérés;
  • sélectivité/accès limité : l'accès peut être restreint à certains patients ou certaines affections spécifiques, ce qui peut limiter leur disponibilité à une population plus large que l'AMM le prévoira;
  • rigueur de l'évaluation du dossier d'accès à l'AP : la sélection des projets est plus stricte que celle des AC.
En résumé, l'AP permet de répondre à des besoins médicaux urgents tout en offrant au laboratoire des opportunités de collecte de données et de soutien financier.
Le tableau 54-2
Tableau 54-2
Éléments de synthèse : comparaison entre accès compassionnel (AC) et accès précoce (AP).
Accès précoceAccès compassionnel
ObjectifAnticiper la mise à disposition d'un médicament innovant, répondant à un besoin thérapeutique non couvert Mettre à disposition un médicament répondant à un besoin thérapeutique non couvert de manière satisfaisante
Caractère innovantMédicament susceptible d'être innovantMédicament pas nécessairement innovant
Pas de développement en cours, ni de démarche en vue d'une AMM sur le territoire français
Intention de mise sur le marchéAbsence d'AMM en cours
Intention de commercialiser le médicament dans l'indication donnée
Le laboratoire s'engage à déposer une demande d'AMM et de remboursement de droit commun, le cas échéant
Absence d'AMM en cours en France, mais possible AMM étrangère
Le médicament n'a pas vocation à être commercialisé en France par le laboratoire dans l'indication donnée
Initiative de la demandeGénéralement à l'initiative du laboratoire, avec implication des autorités de santé À l'initiative du prescripteur pour un patient donné (AC) ou dans le cadre d'un protocole (CPC)
Anciens dispositifsRemplace les ATU de cohorte (ATUc), post-ATU, ATU en extension d'indication (ATUei) Remplace les ATU nominatives (ATUn) pour les AC, et les RTU pour les CPC
Autorité compétente instruisant le dossier d'octroi de l'accès dérogatoire du médicament ANSM et HASANSM
Autorité délivrant les autorisations aux patients candidats pour un médicament en accès dérogatoire Laboratoire via une plateforme administrée par celui-ci (ou sous sa responsabilité) ANSM via e-Saturne
N.B. : une plateforme peut également être mise en place et administrée par le laboratoire pour récupérer des données cliniques et/ou confirmer l'accès au traitement après délivrance de l'AAC par l'ANSM (défini par PUT-RD)
Financement et remboursementÀ 100 % par l'Assurance maladie
En sus du GHS et/ou rétrocession
À 100 % par l'Assurance maladie
En sus du GHS et/ou rétrocession
Origine de la demande dérogatoireLaboratoirePrescripteur/équipe médicale
Modalités de prescription/dispensationPrescription hospitalière ± réservée à un spécialiste
Dispensation hospitalière (en interne ou en rétrocession)
N° d'AAP (anciennement appelé cohorte) en cours de validité, généralement valable un an renouvelable
Prescription hospitalière ± réservée à un spécialiste
Dispensation hospitalière (en interne ou en rétrocession)
N° d'AAC en cours de validité (période variable entre 1 et 365 jours selon le produit)

AAC : autorisation d'accès compassionnel; AAP : autorisation d'accès précoce; AMM : autorisation de mise sur le marché; ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé; ATU : autorisation temporaire d'utilisation; CPC : cadre de prescription compassionnelle; GHS : groupe homogène de séjour; HAS : Haute autorité de santé; PUT-RD : protocole d'utilisation thérapeutique et de recueil de données.


et la figure 54-4
Fig. 54-4
Comparaison entre l'accès compassionnel et l'accès précoce à partir de la réforme en vigueur depuis le 1 er juillet 2021.
Source : Accès précoces – Infographie de la réforme (juillet 2021), HAS et ANSM. Source ANSM : https://ansm.sante.fr/actualites/reforme-de-lacces-derogatoire-aux-medicaments-renforcer-lacces-aux-traitements-innovants-pour-les-patients-en-impasse-therapeutique https://ansm.sante.fr/documents/reference/medicaments-en-acces-derogatoires/les-acces-precoces-aap. HAS : Reproduit avec l'autorisation de la HAS. Infographie également disponible sur has-sante.fr, rubrique Médicaments > Comprendre l'évaluation.
synthétisent la comparaison entre AC et AP.
Bibliographie
B
[1]
HubPME : quels sont les délais constatés pour obtenir une AMM, un prix ? Disponible sur : https://www.leem.org/hubpme-quels-sont-les-delais-constates-pour-obtenir-une-amm-un-prix.
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Loi n° 2020-1576 du 14 décembre 2020 de financement de la sécurité sociale pour 2021. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042665307.
[3]
ANSM. Demande d’autorisation d’accès précoce. Disponible sur : https://ansm.sante.fr/vos-demarches/industriel/demande-dautorisation-dacces-precoce.
[4]
Décret n° 2021-869 du 30 juin 2021 relatif aux autorisations d’accès précoce et compassionnel de certains médicaments. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043728288.
[6]
Haute autorité de santé. Accès précoce à un médicament. Disponible sur : https://www.has-sante.fr/jcms/r_1500918/fr/acces-precoce-a-un-medicament.
[7]
Décret n° 2021-870 du 30 juin 2021 fixant les délais mentionnés aux articles L. 5121-12 et L. 5121-12-1 du Code de la santé publique et à l’article L. 162-16-5-4 du Code de la sécurité sociale. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043728411.
[8]
Article R5121-70 - Code de la santé publique. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045166651.
[9]
DGOS ; DGS. Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. Autorisation d’accès précoce, autorisation d’accès compassionnel et cadre de prescription compassionnelle. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/medicaments/professionnels-de-sante/autorisation-de-mise-sur-le-marche/article/autorisation-d-acces-precoce-autorisation-d-acces-compassionnel-et-cadre-de.
[10]
Article L162-16-5-1-1 - Code de la sécurité sociale. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000048703283.
[11]
Arrêté du 1er juillet 2021 pris pour l’application des articles L. 162-16-5-2 et R. 163-52 du code de la sécurité sociale et relatif aux remises applicables à une spécialité pharmaceutique faisant l’objet dans une indication donnée d’une prise en charge au titre de l’article L. 162-16-5-2. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043742015?init=true&page=1&query=SSAS2118377A&searchField=ALL&tab_selection=all.
[12]
Arrêté du 1er juillet 2021 pris pour l’application des articles L. 162-16-5-1-1 et R. 163-33 du code de la sécurité sociale et relatif aux remises applicables à une spécialité pharmaceutique faisant l’objet dans une indication donnée d’une prise en charge au titre de l’article L. 162-16-5-1. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043742025?init=true&page=1&query=SSAS2118381A&searchField=ALL&tab_selection=all.
[13]
Arrêté du 1er juillet 2021 pris pour l’application du E du IV de l’article 78 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2021.
[14]
Arrêté du 1er juillet 2021 relatif aux seuils graduels d’autorisations d’accès compassionnel impliquant des majorations de remises.
[15]
Arrêté du 15 avril 2022 relatif au modèle de convention prévu aux articles R. 5121-70, R. 5121-74-5 et R. 5121-76-6 du Code de la santé publique.
[16]
DGOS ; DGS. Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. Autorisation d’accès précoce, autorisation d’accès compassionnel et cadre de prescription compassionnelle. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/medicaments/professionnels-de-sante/autorisation-de-mise-sur-le-marche/article/autorisation-d-acces-precoce-autorisation-d-acces-compassionnel-et-cadre-de.
[17]
Article R5121-74-5 - Code de la santé publique. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045166702.
[18]
Décret n° 2023-303 du 21 avril 2023 fixant le délai mentionné au 1° du VIII de l’article L. 5121-12-1 du Code de la santé publique. 2023-303 avr 21, 2023.
[19]
Décret n° 2022-164 du 11 février 2022 relatif aux cadres de prescription compassionnelle et modifiant les dispositions du Code de la santé publique relatives aux autorisations d’accès précoce et compassionnel. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000045159528.
[20]
Haute autorité de santé. Comprendre l’évaluation des médicaments. Disponible sur : https://www.has-sante.fr/jcms/c_412115/fr/comprendre-l-evaluation-des-medicaments.