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Chapitre 60
Le point de vue du patient face à la recherche thérapeutique

C. Fasser

Introduction
Le diagnostic : « Vous souffrez d'une dégénérescence rétinienne héréditaire rare, qui peut entraîner la cécité et, malheureusement, il n'existe aucun traitement» reste souvent gravé dans la mémoire des patients concernés ainsi que de leurs proches. Cette annonce bouleverse irrémédiablement la vie des personnes touchées; leurs projets de vie et leurs rêves sont anéantis. Dans une société axée sur la technologie et l'innovation, il paraît inconcevable pour l'individu qu'il existe des maladies pour lesquelles aucun traitement n'est disponible. Une simple recherche sur Internet donne généralement les mêmes résultats, mais sous une forme non différenciée, ce qui rend difficile, pour les non-experts, de distinguer les informations fiables des offres trompeuses, voire frauduleuses.
Cependant, contrairement à autrefois, des approches thérapeutiques existent aujourd'hui, accompagnées d'une augmentation réjouissante des activités de recherche visant à identifier et valider l'efficacité de traitements pour des dégénérescences rétiniennes héréditaires jusqu'ici incurables. Les sondages déjà réalisés amènent à penser que l'attitude des personnes concernées à l'égard des essais thérapeutiques est globalement positive, mais il existe peu d'enquêtes approfondies à ce sujet. En revanche, l'opinion des patients concernant la thérapie génique [1] et le diagnostic génétique [2] est bien connue. Un signe positif est la volonté des patients de participer à des essais cliniques, qu'il s'agisse de recherches sur les bases génétiques ou de participation à des essais thérapeutiques.
Souhaits et espoirs
Les patients atteints de dégénérescence rétinienne héréditaire ou les parents d'enfants concernés espèrent un traitement qui empêche le développement ou, de manière plus réaliste, retarde la survenue de la cécité. Les enfants en âge scolaire, qui peuvent encore lire des textes imprimés, même avec des aides, bénéficient d'un grand avantage. Ils développent des concepts sur la façon dont les personnes voyantes reçoivent et traitent les informations, ce qui leur sera utile plus tard si leur vision se détériore ou s'ils deviennent aveugles. Les informations ne se limitent pas à la lecture et à l'écoute, mais concernent également l'expérience de l'environnement, des couleurs et des objets.
Souvent, avec les dégénérescences rétiniennes héréditaires, la vision nocturne est la première affectée. La cécité nocturne rend les contacts sociaux particulièrement difficiles pour les adolescents et peut entraîner un isolement social. Les patients adultes atteints de dégénérescence rétinienne souhaitent également préserver leur vision ou, à tout le moins, ralentir la progression de la maladie. Pouvoir lire des textes imprimés pendant dix années supplémentaires signifie pour de nombreuses personnes dix autres années dans la vie professionnelle active. Puisque le travail joue un rôle central dans notre société, non seulement pour gagner sa vie, mais aussi pour l'intégration et l'image sociale, ce point revêt une grande importance.
Bien entendu, les personnes concernées souhaitent aussi une amélioration ou même une guérison de leur maladie, mais elles sont souvent assez réalistes pour savoir qu'une stabilisation serait déjà un résultat très satisfaisant. La détérioration continue de la vision sur de nombreuses années représente un fardeau psychologique. Il est souvent plus facile de s'adapter à une situation stable, même avec des aides.
Craintes et appréhensions
Bien que de nombreux patients souhaitent des essais thérapeutiques, des réticences et des craintes diffuses subsistent. Il s'agit, après tout, d'un saut dans l'inconnu. On peut distinguer trois types de participation à des projets de recherche décrits ci-après.
Participation à des études cliniques sur l'évolution naturelle de la maladie
La justification de tout essai clinique doit reposer sur des connaissances solides concernant l'évolution naturelle d'une maladie. Cela vaut non seulement pour les essais de thérapie génique, mais également pour toutes les autres approches thérapeutiques. Sans une compréhension précise de l'évolution naturelle de la maladie, il est impossible d'évaluer le succès d'un nouveau médicament expérimental.
Participation à des études pour l'identification et la caractérisation des variantes génétiques pathogènes
Dans environ 20 % des cas, la variante génétique responsable de la maladie reste encore inconnue aujourd'hui. Des études montrent que les personnes atteintes de dégénérescences rétiniennes héréditaires souhaitent un test génétique pour diverses raisons [3] :
  • elles veulent savoir s'il existe une thérapie pour leur variante génétique;
  • elles souhaitent mieux comprendre leur propre maladie ou celle de leurs proches;
  • elles veulent savoir si leur variante génétique est éligible à un essai thérapeutique.
Ces motivations poussent les patients et leurs proches à participer à la recherche de la variante génétique responsable. Cela exige souvent la coopération de toute la famille, ce qui peut entraîner des tensions psychologiques. Les parents peuvent se sentir coupables, ou le sujet peut être considéré comme tabou au sein de la famille. Cependant, lorsque la recherche réussit, la connaissance de la cause génétique de la maladie apporte clarté et sécurité, notamment pour la planification familiale. Dans de nombreux cas, cela permet de réduire les inquiétudes, car les dégénérescences rétiniennes héréditaires qui apparaissent pour la première fois dans une famille sont souvent transmises de manière autosomique récessive.
Participation à des essais cliniques
Un diagnostic génétique est souvent une condition préalable à la participation à des essais cliniques. Ce n'est qu'en connaissant leur propre variant génétique que les patients ou leurs parents peuvent décider de participer à un essai thérapeutique.
Pression des proches
Pour les proches des personnes atteintes de dégénérescence rétinienne héréditaire, il est extrêmement difficile de regarder impuissamment un être cher perdre progressivement la vue. C'est pourquoi ils saisissent souvent la dernière chance pour essayer d'éviter cela. En raison de la nature de cette maladie, la fenêtre temporelle pour une intervention possible se rétrécit après chaque année sans traitement. En même temps, la plupart des proches sont conscients que de nombreuses années peuvent s'écouler entre un essai clinique, souvent de longue durée, et l'autorisation de mise sur le marché. De plus, il y a la crainte que ces traitements, souvent coûteux et innovants, ne soient pas pris en charge par l'Assurance maladie. Ils estiment qu'un essai clinique représente la seule opportunité d'accéder de façon précoce à un traitement potentiellement efficace.
Processus de décision
Fondements compréhensibles
Les patients reçoivent des informations sur les essais cliniques en cours et à venir par différents canaux, que ce soit via leur ophtalmologiste traitant, des organisations de patients, ou encore par Internet et les réseaux sociaux. De nombreux patients s'adressent directement aux chercheurs, tandis que d'autres consultent leur ophtalmologiste de confiance.
Les patients, ou les parents d'enfants atteints de maladies rétiniennes héréditaires, ont besoin de bases robustes pour prendre leurs décisions, bases qui les informent des risques, des examens, du déroulement du traitement (y compris le temps nécessaire), de la durée ainsi que des résultats espérés. Les informations doivent être fournies dans un langage simple compréhensible par des non-spécialistes et dans un format adapté aux personnes malvoyantes. Il est également essentiel que l'information fournie aux enfants soit adaptée à leur âge. De nombreux essais thérapeutiques concernant les dégénérescences rétiniennes héréditaires sont des études multicentriques. Il est donc indispensable que les informations soient rédigées dans la langue maternelle des participants. En cas de handicap supplémentaire, tel qu'une déficience auditive, les informations doivent être adaptées en conséquence.
L'information ne doit pas seulement être fournie avant le début de l'étude, mais être un processus continu tout au long de la durée de celle-ci. Même s'il est impossible de dire aux participants s'ils reçoivent le médicament ou un placebo, ils doivent être informés des résultats des examens en cours. L'une des motivations pour participer à de telles études est le suivi régulier et minutieux des participants sur des temps longs, ce qui permet de détecter et de traiter précocement les maladies concomitantes pouvant être soignées.
Rôle crucial de la direction de l'étude
La direction de l'étude joue un rôle central. Elle est non seulement responsable de fournir des informations complètes aux participants potentiels, mais aussi d'informer correctement les collègues spécialisés. Il est essentiel que des informations claires soient fournies sur les critères d'inclusion et d'exclusion, ainsi que sur les risques et les résultats attendus.
Le fait qu'une personne choisisse ou non de participer à une étude dépend de nombreux facteurs. Cependant, la confiance dans l'investigateur médecin est l'un des plus importants.
Consentement éclairé
Le consentement éclairé est la base de tout essai clinique. Sa mise en œuvre nécessite un avis favorable du comité de protection des personnes (CPP) en France. En général, ces documents sont très longs et détaillés. La complexité de la plupart des essais thérapeutiques dans le domaine des maladies rétiniennes héréditaires fait que beaucoup des premières rédactions de ces consentements sont rédigés dans un langage difficile à comprendre pour des non-spécialistes. Toutefois, les CPP demandent très souvent des modifications aux promoteurs afin que le document soit rédigé de manière claire et compréhensible. La note d'information doit décrire les objectifs de la recherche, les procédures cliniques et les examens qui seront réalisés, tout en expliquant les risques et les résultats attendus. Les participants doivent être en mesure de comprendre quelles sont les obligations de chacune des trois parties impliquées (le promoteur, l'investigateur et le patient). Un délai de réflexion est demandé entre l'information éclairée du patient et la signature du consentement (au strict minimum 1 jour et plus pour un essai de thérapie génique).
Outre les risques, les participants s'intéressent particulièrement au temps et aux contraintes induits par la participation à la recherche ainsi qu'à la gestion des effets indésirables ou au risque de séquelles tardives de la thérapie. Les questions financières doivent également être clairement définies, notamment en ce qui concerne la prise en charge des éventuelles séquelles tardives. Les modes de prise en charge de l'essai et de celle d'éventuelles complications doivent impérativement être analysés, décrits explicitement et discutés. Le promoteur doit par exemple rembourser les frais de déplacement induits par la participation d'un patient dans une recherche. La question de la précarité des petites entreprises (start-up) soutenant ces essais cliniques ne doit pas être occultée.
Le consentement éclairé contient une section indiquant qu'une synthèse des résultats globaux de l'essai clinique sera communiquée aux participants après la fin de l'étude. La note d'information précise aussi que les participants peuvent se retirer de l'essai à tout moment, sans avoir à en donner les raisons et sans subir de conséquences en ce qui concerne leur prise en charge clinique. Les complications éventuelles et les séquelles tardives seront couvertes par une assurance spécifique prise par le promoteur de la recherche.
Souvent, les participants sont des enfants. L'accord des deux parents doit être obtenu dans le cas commun d'autorité parentale partagée. Néanmoins, les enfants doivent être informés du déroulement de l'essai clinique dans le cadre d'une procédure spécifique, adaptée à leur âge (tranches 7–12 ans, 13–18 ans) et indépendante de leurs parents. Cette information doit être régulièrement répétée, car les enfants grandissent et les informations doivent être ajustées à leur niveau de maturité. Une attention particulière doit être portée à la transition des adolescents vers l'âge adulte. Lorsqu'un(e) participant(e) atteint l'âge de 18 ans au cours d'un essai clinique, il ou elle doit être réinformé(e) et signer un nouveau consentement éclairé dans sa forme pour les adultes.
Discussion avec les proches
La participation à des essais cliniques nécessite de nombreuses réflexions et discussions avec les proches. Pour cela, les participants potentiels doivent disposer de suffisamment de temps et de documents adaptés qu'ils pourront partager. Ces discussions sont importantes, car les proches accompagnent souvent les participants lors des traitements ou des examens réguliers. Le temps requis à cet effet est souvent considérable et s'étend sur une longue période. Les proches ont également leurs propres attentes, désirs et craintes, qui ne coïncident parfois pas avec ceux des participants potentiels. Si cela n'est pas discuté au sein de la famille, cela peut être source de conflits inutiles.
Attentes
Les attentes à l'égard de la recherche clinique sont variées. De nombreux patients espèrent un traitement rapide qui ralentira, arrêtera ou même guérira la maladie. Toutefois, l'attitude face aux nouvelles thérapies peut varier en fonction des convictions personnelles. En particulier, les personnes âgées atteintes de dégénérescence rétinienne ont souvent entendu dire que telle ou telle technologie aboutirait à une thérapie efficace dans 5 à 10 ans. Bon nombre de ces espoirs n'ont cependant pas été réalisés, ce que la communauté des patients appelle la « promesse des 5 ans». C'est pourquoi, aujourd'hui, beaucoup choisissent de suivre les progrès avec attention, mais avec une certaine distance.
Jusqu'en 2018, date d'approbation par l'European Medicines Agency (EMA) du Luxturna® comme thérapie génique pour une forme rare de l'amaurose congénitale de Leber (LCA RPE65 ), les personnes atteintes de dégénérescences rétiniennes héréditaires n'avaient aucune expérience directe de ce type de thérapies. Une exception concernait des syndromes rares, comme le syndrome de Refsum, où les patients profitaient des options disponibles, bien que le régime strict entraîne des contraintes considérables sur leur qualité de vie.
Lorsque la thérapie génique est devenue disponible, les personnes atteintes de la mutation RPE65 ont placé de grands espoirs en elle, mais se sont également posé de nombreuses questions. Elles se demandaient notamment s'il était opportun d'envisager la thérapie génique immédiatement ou s'il valait mieux, par exemple, terminer d'abord un diplôme (comme le baccalauréat) avant de prendre ce risque. Le reste de vision, même minime, revêt une grande importance, et une perte serait perçue comme un coup dur. Cependant, ces préoccupations sont souvent compensées par la perspective d'une stabilisation de la déficience visuelle pendant plusieurs années, de sorte que, sous réserve de l'efficacité du traitement, aucune nouvelle dégradation de la vision ne serait attendue.
L'expérience de la thérapie génique a également montré à quel point les écarts d'évaluation du reste visuel peuvent être importants entre les spécialistes et les personnes concernées. Malheureusement, il est difficile de quantifier objectivement les pertes dans le domaine d'une déficience visuelle sévère. Cependant, pour les patients concernés, chaque petite perte ou chaque petit gain revêt une grande importance. Par exemple, une dégradation de la vision des contrastes a un impact bien plus important sur les activités de la vie quotidienne qu'un changement de l'acuité visuelle. De nombreux aspects de la mobilité dépendent des conditions de luminosité. Ainsi, les bordures de trottoir ou les marches d'escalier sont beaucoup plus difficiles à voir par temps couvert qu'en plein soleil. Une amélioration de la vision nocturne a un impact significatif sur la vie quotidienne : dans nos latitudes, l'aube commence tard et le crépuscule tombe tôt, ce qui signifie que, pendant environ un tiers de l'année, les trajets domicile-travail ou domicile-école se font dans l'obscurité ou la pénombre. Pour les personnes ayant une vision nocturne réduite, cela représente une contrainte majeure.
Les discussions sur la valeur des traitements sont également éprouvantes. Des comités ou des personnes qui ne connaissent pas le quotidien des personnes atteintes de dégénérescences rétiniennes héréditaires jugent de ce qu'est le succès d'une thérapie et décident ensuite de ce qui sera accessible aux patients. Il est difficile pour les patients de supporter d'entendre des étrangers évaluer leur qualité de vie. Les patients et les organisations de patients attendent que, dans la détermination de ces critères, les patients soient impliqués et entendus. La même demande est adressée aux cliniciens qui organisent les essais thérapeutiques : les patients souhaitent être intégrés dès le début du développement des protocoles d'essai et des documents connexes. Une inclusion précoce des patients est un élément clé du succès d'une étude.
Synthèse
L'attitude des personnes atteintes de dégénérescences rétiniennes héréditaires et de leurs familles vis-à-vis des essais thérapeutiques et de la recherche clinique est majoritairement positive et favorable. Les points suivants caractérisent leur attitude.
Scepticisme et réalisme
Bien que de nombreux patients soient pleins d'espoir, il existe également un certain scepticisme vis-à-vis des essais thérapeutiques, notamment lorsque des promesses de guérison sont faites, qui peuvent ne pas être réalistes. Certaines personnes sont prudentes, car elles savent que de nombreux traitements échouent au cours de la phase expérimentale, ou que les résultats peuvent être retardés.
Préoccupations morales et éthiques
Pour certaines thérapies, telles que les thérapies géniques ou les thérapies par cellules souches, il peut également y avoir des préoccupations éthiques. Certaines personnes sont favorables à ces procédés en raison de leur grand potentiel, tandis que d'autres sont plus réservées, notamment en ce qui concerne les interventions sur le patrimoine génétique ou l'utilisation de cellules souches embryonnaires.
Coût et accès
Un autre facteur important est l'accès aux thérapies. Même si des essais cliniques sont disponibles, l'emplacement géographique, les obstacles financiers ou l'accès à des cliniques appropriées peuvent jouer un rôle. De nombreux patients s'inquiètent également des coûts des thérapies lorsqu'elles seront disponibles et de savoir si elles seront couvertes par les assurances maladie.
Communauté et soutien
Les organisations de patients, telles que les organisations Retina dans divers pays, jouent un rôle clé dans la sensibilisation et le soutien des personnes concernées. Grâce à ces communautés, de nombreux patients se sentent mieux informés et mieux soutenus sur le plan émotionnel, ce qui influence positivement leur attitude vis-à-vis des thérapies et des essais cliniques. Ces organisations souhaitent être impliquées dès le début du développement des protocoles d'essai afin d'augmenter l'acceptation des patients concernés et de prendre en compte leurs besoins.
En résumé, on peut dire que l'attitude des personnes atteintes de dégénérescences rétiniennes héréditaires vis-à-vis de la recherche clinique et des essais thérapeutiques est souvent empreinte d'espoir, mais également d'une évaluation réaliste des risques. Beaucoup sont prêtes à prendre des risques pour préserver ou restaurer leur vision, mais elles souhaitent une plus grande transparence et un meilleur accès à l'information.
Bibliographie
B
[1]
Mack HG, Britten-Jones AC, McGuinness MB, et al. Survey of perspectives of people with inherited retinal diseases on ocular gene therapy in Australia. Gene Ther 2023 ; 30 : 336-46.
[2]
Britten-Jones AC, Schultz J, Mack HG, et al. Patient experiences and perceived value of genetic testing in inherited retinal diseases : a cross-sectional survey. Sci Rep 2024 ; 14 : 5403.
[3]
Paudel N, Daly A, Waters F, Stratieva P. Genetic testing experiences of people living with inherited retinal degenerations : results of a global survey. Ophthalmic Res 2024 ; 67(1) : 201-10.