COMMUNIQUÉ DE PRESSE SFO
Paris, le 13 août 2026
Santé visuelle des enfants et des adolescents
Bien voir pour bien grandir
Près d'un enfant sur cinq présente aujourd'hui un trouble visuel en France. Souvent silencieux, ces troubles peuvent passer inaperçus pendant plusieurs années et n'être découverts qu'au moment des premiers apprentissages, avec des conséquences sur le développement visuel, les performances scolaires et la qualité de vie.
À l'approche de la rentrée scolaire, la Société Française d'Ophtalmologie (SFO) rappelle que bien voir est essentiel pour apprendre, grandir et s'épanouir. Face à la progression de la myopie et à l'évolution des usages numériques, préserver le capital visuel des enfants et des adolescents constitue aujourd'hui un enjeu majeur de santé publique.
1 - Les troubles visuels de l’enfant
Un dépistage précoce pour préserver le développement visuel
Contrairement à l'adulte, un enfant ne sait pas toujours exprimer une baisse de vision. Capable de compenser certains troubles visuels, il peut ainsi être diagnostiqué tardivement.
Myopie : une épidémie silencieuse en progression
La myopie se caractérise par une vision floue de loin et une vision de près généralement préservée. Elle apparaît le plus souvent entre 6 et 16 ans et progresse jusqu'à la fin de la croissance, vers 20 à 25 ans. Elle résulte d'un allongement excessif du globe oculaire, entraînant une focalisation de l'image en avant de la rétine.
Dans le monde, près d'une personne sur trois est aujourd'hui myope. Les projections internationales estiment qu'une personne sur deux pourrait l'être d'ici 2050. Cette évolution traduit surtout une progression rapide de la myopie au sein des nouvelles générations, particulièrement les enfants et les adolescents, avec près de 90% d’enfants myopes en Asie. L’augmentation de sa fréquence et le risque de complications associé aux formes fortes font désormais de la myopie un enjeu majeur de santé publique.
« La myopie ne se résume pas à une simple correction par des lunettes. Dans ses formes les plus importantes, elle peut favoriser l'apparition de complications oculaires parfois sévères à l'âge adulte, comme un décollement de rétine, une maculopathie myopique ou un glaucome », souligne le Pr Arnaud Sauer, ophtalmologiste au CHU de Strasbourg.
L’hypermétropie correspond à un œil légèrement trop court, depuis la naissance. L'enfant fournit alors un effort important d’accommodation pour voir net, compensant souvent spontanément ce trouble. Lorsque l'hypermétropie est importante, elle peut provoquer fatigue visuelle, maux de tête, clignements et difficultés de concentration. Elle constitue également un facteur de risque de strabisme.
L’astigmatisme résulte d’une irrégularité de la courbure de l’œil. Il entraîne une vision floue ou déformée à toutes les distances et peut se traduire par une fatigue visuelle importante et des difficultés d’apprentissage.
L’amblyopie, souvent appelée « œil paresseux », touche environ 2 à 4 % des enfants. Elle correspond à un défaut d’apprentissage de la vision d’un œil pendant la petite enfance : le cerveau n’a pas appris à utiliser l’œil paresseux de manière optimale. Détectée précocement, elle peut être corrigée dans la majorité des cas grâce à une prise en charge adaptée. En l'absence de traitement, elle peut entraîner une perte de vision durable.
Le strabisme est un défaut d’alignement des yeux. Au-delà de son retentissement esthétique, il peut perturber la vision binoculaire, favoriser une amblyopie et compliquer les apprentissages, notamment de la lecture et de l'écriture.
La sensibilisation des familles, le dépistage précoce et un suivi régulier des enfants sont essentiels pour préserver leur capital visuel à long terme.
2 - Dépister tôt pour protéger durablement la vision
Les premières années sont décisives pour le développement visuel
Certaines pathologies visuelles ne peuvent être corrigées efficacement que si elles sont détectées précocement. La SFO rappelle l'importance des principales étapes de surveillance visuelle, assurées par les professionnels de santé impliqués dans le dépistage et le suivi des enfants (ophtalmologistes, orthoptistes, pédiatres, médecins généralistes, infirmières scolaires…) :
- À la naissance : le premier examen visuel réalisé par le pédiatre de la maternité permet de détecter d’éventuelles anomalies congénitales.
- Entre 9 mois et 1 an : un contrôle est particulièrement important chez les enfants à risque (prématurés, antécédents familiaux, anomalie suspectée).
- Vers 3 ans : l’examen est important à l’entrée en maternelle pour dépister amblyopie et strabisme.
- Vers 6 ans : un bilan est conseillé lors de l’entrée en primaire à l’occasion de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
- Entre 11 et 13 ans : une surveillance est recommandée, notamment pour dépister l’apparition ou l’évolution d’une myopie.
- À l’adolescence : un suivi régulier est conseillé, selon les besoins visuels du jeune et les recommandations des professionnels de santé.
Un suivi régulier permet de détecter précocement les troubles visuels et d’éviter des conséquences parfois irréversibles.
3 - Écrans : adopter les bons usages
Limiter le temps d'écran, favoriser les activités en extérieur
L'augmentation du temps passé devant les écrans chez les enfants et les adolescents s'inscrit dans une évolution plus globale des modes de vie, marquée par une intensification des activités en vision de près et une diminution du temps consacré aux activités en extérieur.
« Les études récentes suggèrent qu'au-delà d'environ une heure de temps d'écran quotidien, le risque de développer une myopie augmente progressivement. Si les écrans ne sont pas les seuls responsables de cette évolution, la limitation du temps d'écran, associée à des pauses régulières et à une exposition quotidienne à la lumière naturelle, constitue une mesure de prévention reconnue », précise le Pr Guylène Le Meur, ophtalmologiste au CHU de Nantes.
Les activités prolongées en vision de près peuvent également entraîner une fatigue visuelle transitoire. Celle-ci peut se manifester par une sensation d'inconfort oculaire, des yeux secs ou irrités, des maux de tête, une vision fluctuante ou une baisse de la concentration.
Pour préserver la santé visuelle des enfants et des adolescents, la SFO recommande :
- D’adapter le temps d'écran à l'âge de l'enfant :
- Aucun écran avant 3 ans.
- Entre 3 et 6 ans, un usage limité, accompagné par un adulte et privilégiant des contenus adaptés.
- D’éviter les écrans dans la chambre et dans l'heure précédant le coucher.
- De faire des pauses régulières en appliquant la règle du 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder pendant 20 secondes un point situé à environ 6 mètres.
- De maintenir une distance de lecture d'au moins 30 cm.
- De veiller à un éclairage adapté lors des activités de lecture ou sur écran.
- De favoriser chaque jour les activités en extérieur et l'exposition à la lumière naturelle.
4 - Santé visuelle, réussite scolaire et égalité des chances
Quand bien voir devient un enjeu de société
Un enfant qui voit mal lit moins facilement, se fatigue davantage et peut rencontrer des difficultés d’apprentissage sans que l’origine du problème soit identifiée. Les troubles visuels non dépistés peuvent être confondus avec des difficultés de concentration, un manque d’attention ou un retard scolaire. Les conséquences dépassent largement le cadre médical. Elles concernent également la réussite éducative, l’inclusion sociale et l’égalité des chances.
Sensibiliser, dépister et accompagner précocement les enfants constitue un levier essentiel pour préserver leur santé visuelle, favoriser leur réussite scolaire et contribuer à l'égalité des chances.
La Société Française d’Ophtalmologie (SFO), créée en 1883, reconnue d’utilité publique en 1927, est la société savante de référence dédiée à l’avancement des connaissances en ophtalmologie, à la formation des professionnels et à la diffusion d’informations scientifiques et médicales auprès du public.
Contact Presse : Suehanna NAGI – sue@sfo.asso.fr / Port : 06 98 89 00 42