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Chapitre 1
Structure et fonctionnement de la rétine

V. Smirnov, D. Hicks, E.F. Nandrot, I. Meunier, I. Audo, O. Marre, D. Varro, C. Vignal-Clermont, R. Karadayi, X. Guillonneau, C. Zeitz

Introduction
L'œil est une structure sensorielle complexe acquise au cours de l'évolution (à vrai dire, les différents yeux qu'on retrouve dans les diverses espèces d'animaux ont évolué de multiples fois de façon indépendante, mais en exploitant les mêmes gènes fondamentaux). La fonction globale des composants de l'œil tel qu'on le trouve chez l'homme est d'apporter une image claire et focalisée du monde extérieur sur la rétine. La rétine traduit la lumière en un signal électrochimique qui est transmis à travers les couches rétiniennes jusqu'à ce qu'il atteigne le nerf optique, puis par les voies visuelles jusqu'à ce qu'il atteigne le cerveau, où il est traduit dans une scène visuelle [1 , 2].
Structure microscopique de la rétine
La rétine des vertébrés ( rete = filet) est un tissu stratifié avec une grande diversité de cellules qui forment des circuits distincts qui fonctionnent en parallèle et en combinaison pour produire un signal visuel complexe. Sa fonction est de capturer, d'intégrer et de traiter le signal lumineux. La rétine comprend deux structures dérivées de la vésicule optique : la couche neurale ( pars optica retinae , partie interne de la vésicule optique) et l'épithélium pigmentaire rétinien (EPR) – dont les rôles sont multiples : le renouvellement des photorécepteurs (PR), le recyclage des rétinoïdes, l'absorption de la lumière parasite diffusée, le transport des nutriments et des métabolites de manière sélective à travers la barrière hématorétinienne externe et la formation de la matrice extracellulaire.
La rétine neurale est un tissu blanc semi-transparent stratifié. Les couches (fig. 1-1
Fig. 1-1
Anatomie normale de la rétine.
L'épithélium pigmentaire rétinien (EPR) et la neurorétine. SE et SI : segments externe et interne des photorécepteurs, respectivement ; CNE : couche nucléaire externe ; CPE : couche plexiforme externe ; CNI : couche nucléaire interne ; CPI : couche plexiforme interne ; CCG : couche de cellules ganglionnaires. Les photorécepteurs à bâtonnets sont en gris, les cônes en rouge ; les cellules bipolaires des bâtonnets en rose pâle, les cellules bipolaires ON et OFF des cônes sont respectivement en violet pâle et violet foncé ; les cellules horizontales sont en marron, les cellules amacrines en jaune ; les cellules ganglionnaires ON et OFF sont respectivement en vert clair et vert foncé ; les cellules de Müller sont représentées en bleu pâle.
Source : dessin de Cyrille Martinet.
) sont : la couche des photorécepteurs avec les structures subcellulaires composées des segments externes (SE) et des segments internes (SI) des PR ; la couche nucléaire externe (CNE) formée par les corps cellulaires des PR avec les noyaux ; la couche plexiforme externe (CPE), une couche de connexion correspondant aux synapses entre les cellules photoréceptrices, les cellules bipolaires et les cellules horizontales ; la couche nucléaire interne (CNI), composée des corps cellulaires des bipolaires, des cellules horizontales et des amacrines, ainsi que des cellules gliales de Müller ; la couche plexiforme interne (CPI), qui est une couche de connexion correspondant aux synapses entre les cellules bipolaires, amacrines et ganglionnaires ; enfin, une couche de cellules ganglionnaires (CCG) qui constitue la « sortie d'informations » vers le cerveau, composée des corps cellulaires des cellules ganglionnaires et de leurs axones ( retinal nerve fibre layer [RNFL], ou couche des fibres nerveuses rétiniennes) qui vont converger pour former une tête du nerf optique.
Cellules du tissu rétinien et liens avec la pathologie
La rétine des vertébrés comprend différents types de cellules.
Photorécepteurs (fig. 1-2
Fig. 1-2
Photorécepteurs.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [5].
)
Structure et physiologie
Ce sont des cellules sensibles à la lumière qui sont essentielles à la phototransduction Phototransduction – une étape initiale du processus de la vision –, une conversion de la lumière en un signal électrochimique. Il existe deux types de PR dans la rétine des mammifères : les bâtonnets et les cônes. La structure des PR est hautement compartimentée. Les bâtonnets et les cônes contiennent un segment externe (SE), un cil connecteur (CC), un segment interne (SI), un corps cellulaire avec un noyau, et un axone suivi d'une région synaptique. Le SE des bâtonnets est formé d'un empilement de disques contenant majoritairement des photopigments, entouré d'une membrane plasmique distincte ; en revanche, le SE des cônes est formé d'une seule membrane repliée successivement sur elle-même. Pour les deux types, leur rôle principal est la capture de photons.
Les SE sont connectés au SI par le CC, une structure hautement organisée permettant le trafic de molécules du cytoplasme/SI vers le SE, et le maintien de la structure du SE. Le CC des PR est un cil sensoriel modifié. Il est composé de différentes parties : un corps basal formé d'un centriole, à la limite entre SE et SI, d'où s'étend l'axonème ; une zone de transition ou porte ciliaire où certaines protéines interagissent avec la membrane plasmique et créent une porte entre SE et SI ; et l'axonème. Le cil est une structure microtubulaire très importante pour le développement, le maintien structurel et le transport des protéines des PR [3]. Il convient de noter que le bon fonctionnement du cil est essentiel non seulement pour les PR, mais aussi pour d'autres cellules telles que les cellules épithéliales du rein, de l'oreille interne et les cellules nerveuses gliales. Des défauts dans les gènes codant pour les protéines impliquées dans la ciliogenèse, le maintien de la structure ciliaire et le transport ciliaire conduisent à un groupe hétérogène de pathologies, appelées ciliopathies Ciliopathie(s) [4].
Le SI assure la fonction métabolique des PR et contient des mitochondries, l'appareil de Golgi, le réticulum endoplasmique (RE) et les lysosomes. Les SE/SI sont en continuité avec le corps cellulaire, y compris le noyau. Des structures de type microvillosités appelées processus caliciels émergent à l'extrémité du SI et entourent la base du SE (fig. 1-3
Fig. 1-3
Processus caliciels.
Structures de type microvillosités remplies de F-actine, formant un échafaudage autour du segment externe (SE).
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [156].
). Ce sont des prolongements membranaires spécialisés (microvillosités d'actine F) généralement au nombre de 8 à 16, organisés en anneau, et formant un calice autour du SE. Leur structure est différente selon les espèces et ils sont absents des PR de souris, par exemple [5]. À l'opposé du SE se trouve une région synaptique ( sphérule pour les bâtonnets et pédicule pour les cônes) pour la transmission du signal visuel des PR aux cellules bipolaires [6-7-8]. Il est à noter que, selon le positionnement du corps cellulaire au sein de la CNE (qui est composée d'environ 6 à 15 rangées de noyaux selon l'espèce), soit le prolongement apical vers le SI, soit l'axone vers le synapse seront plus ou moins longs.
La distribution spatiale des PR n'est pas uniforme à travers la surface de la rétine (fig. 1-4
Fig. 1-4
Densité des cônes et des bâtonnets le long du méridien horizontal de la rétine humaine.
La densité des cônes est maximale dans la fovéa, où les bâtonnets sont absents. La densité des bâtonnets est maximale dans la périphérie moyenne de la rétine. Il n'y a pas de photorécepteurs dans la zone du disque optique (« tache aveugle » dans le champ visuel monoculaire).
D'après Osterberg [9].
). Les bâtonnets Bâtonnet(s) sont beaucoup plus nombreux (120 millions/rétine chez l'homme), leur densité par unité de surface est plus élevée dans la rétine médiopériphérique, alors qu'ils sont absents de la fovéa. Les cônes (≈6 millions/rétine chez l'homme, soit 20 fois moins) sont présents avec la densité la plus élevée dans la fovéa et sont épars dans la rétine périphérique [ 9 , 10]. Néanmoins, vu la petite taille relative de la macula (≈1 mm 2) par rapport à la rétine entière (≈25 cm 2), en termes de nombre absolu il y a plus de cônes en dehors de la macula. Les cônes et les bâtonnets sont organisés en mosaïques non aléatoires [11].
Les bâtonnets Bâtonnet(s) sont des PR fonctionnant dans des conditions de faible luminosité (scotopiques). Ils sont très sensibles à la lumière, au moins 100 à 1000 fois plus sensibles que les cônes [ 12]. Les bâtonnets peuvent capturer un photon et générer une réponse à celui-ci, mais leur temps de récupération après photoblanchiment est long. Par conséquent, leur fonction est saturée dans des conditions lumineuses (photopiques). Le pigment visuel des bâtonnets est la rhodopsine Rhodopsine , avec un pic d'absorption à 510 nm.
Les cônes Cône(s) sont moins sensibles à la lumière, mais leur régénération est au moins 10 fois plus rapide que chez les bâtonnets. Ce fait explique la possibilité d'adaptation à un large panel de luminance qui est important pour la perception des objets en mouvement [11]. Les cônes ont une sensibilité différentielle au contenu chromatique de la lumière du jour (fig. 1-5
Fig. 1-5
Absorption spectrale des différents types d'opsine.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [157].
), en fonction du spectre d'absorption de leur chromophore, la conopsine Conopsine (ou iodopsine). Trois types de cônes peuvent être subdivisés : les cônes communément appelés « rouges » (ou « L » pour « long » – sensibles aux longues longueurs d'onde, exprimant l'opsine OPN1LW), « verts » (ou « M » pour « medium » , sensibles aux longueurs d'onde moyennes, exprimant l'opsine OPN1MW), et « bleus » (ou « S » pour « short » , sensibles aux courtes longueurs d'onde, exprimant l'opsine OPN1SW).
Les terminaisons synaptiques des PR sont appelées pédicules dans les cônes et sphérules dans les bâtonnets. Ce sont des structures hautement spécialisées dotées d'un équipement biochimique complexe responsable de la transmission verticale et horizontale des signaux des PR. Dans le cas des cônes, les pédicules sont peut-être les synapses les plus compliquées, structuralement parlant, de tout le système nerveux central.
Traduction, transmission du signal visuel et gènes impliqués dans les conditions pathologiques
La phototransduction est une première étape de la vision qui se déroule dans le SE des PR. C'est un processus photochimique complexe qui permet de convertir la lumière incidente en un signal électrochimique. Elle dépend fortement de la structure globale du PR et de son équipement protéique. La cascade de phototransduction partage certaines similitudes, mais est clairement distincte pour son équipement protéique entre les bâtonnets et les cônes.
Phototransduction dans les bâtonnets
La rhodopsine Rhodopsine (codée par RHO ) est la protéine photosensible spécifique des bâtonnets. C'est une protéine transmembranaire, localisée dans la membrane plasmique du disque, appartenant à la famille des récepteurs couplés aux protéines G. Elle contient une molécule chromophore, le 11- cis -rétinal [13]. La phototransduction commence par la capture de photons qui entraîne la photo-isomérisation du 11- cis -rétinal en tout- trans -rétinal en moins de 200 femtosecondes [14], puis la formation de métarhodopsine en quelques millisecondes [15]. Les changements de conformation spatiale de la métarhodopsine permettent à la molécule de reconnaître, de se lier et d'activer la transducine du bâtonnet. La transducine du bâtonnet est une protéine G hétérotrimérique, composée de la sous-unité α (GNAT1), des sous-unités β (GNB1) et γ (GNGT1). L'activation de la transducine par la métarhodopsine produit le remplacement de la guanosine diphosphate (GDP) par la guanosine triphosphate (GTP) dans la sous-unité α, qui change sa conformation et se dissocie des sous-unités β et γ. La métarhodopsine se dissocie également du complexe et peut ensuite activer jusqu'à 1300 molécules de transducine par seconde [16].
L'étape suivante de la phototransduction est l'activation de la phosphodiestérase 6 spécifique des bâtonnets composée de deux sous-unités catalytiques, α (PDE6A) et β (PDE6B), et de deux sous-unités inhibitrices, γ (PDE6G), qui forment une protéine hétérotrimérique à l'état de repos. Le complexe GNAT1-GTP active la PDE6 : les deux sous-unités inhibitrices γ PDE6 sont déplacées des sous-unités catalytiques PDE6A et PDE6B qui hydrolysent la guanosine monophosphate cyclique (GMPc) en 5′-GMP. L'activité hydrolase de la PDE6 est extrêmement élevée (6000-8000 molécules de GMPc/s) [17].
Cela entraîne une chute soudaine de la concentration intradiscale de GMPc et la fermeture des canaux ioniques sensibles à la GMPc présents au niveau de la membrane plasmique des bâtonnets, composés de trois sous-unités α (CNGA1) et d'une sous-unité β (CNGB1). Au repos, ces canaux sont maintenus ouverts par la GMPc et permettent l'entrée de Ca 2+ et de Na + , équilibrés par les échangeurs Na + /Ca 2+ , K + , codés par le gène SLC24A1 , qui représentent un canal voltage-dépendant qui échange un Ca 2+ et un K + contre quatre Na + . Lorsque les canaux CNG ( cyclic nucleotide-gated ion channels ) sont fermés, SLC24A1 continue de pomper le Ca 2+ de la cellule et provoque une chute soudaine de la concentration intracellulaire de Ca 2+ . Cela produira une hyperpolarisation globale des bâtonnets et une diminution de la libération de glutamate par les terminaux synaptiques [8]. Les étapes de la phototransduction sont résumées dans la figure 1-6
Fig. 1-6
Étapes initiales de la phototransduction.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [157].
.
L'inactivation de la phototransduction dans les bâtonnets prend environ 250 à 500 ms, en fonction de l'intensité lumineuse [11]. Les étapes cruciales sont l'inactivation de RHO et de PDE6, suivie de la resynthèse de GMPc et de la restauration de la concentration en Ca 2+ (fig. 1-7
Fig. 1-7
Inactivation de la phototransduction dans les bâtonnets.
a. Inactivation de la rhodopsine. b. Inactivation de PDE6. c. Resynthèse de la GMPc.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [158].
). La chute soudaine de la concentration en Ca 2+ active la recovérine (codée par RCVRN ou RCV1 ) par l'enfouissement de la partie myristoylée de cette dernière à l'intérieur de la molécule et la dissociation de la recovérine de la membrane plasmique. La recovérine intégrée dans la membrane plasmique agit comme un inhibiteur de la rhodopsine kinase (RK, codée par GRK1 ). La RK activée phosphorylera la RHO. La RHO phosphorylée est reconnue par l'arrestine (ou l'antigène S, codé par SAG ) qui rompt la liaison entre la RHO et la transducine. La sous-unité GNAT1 de la transducine a sa propre activité GTPase, mais ce processus est lent. L'hydrolyse de GNAT1-GTP est accélérée par un complexe protéique activateur de la GTPase composé du régulateur de la signalisation de la protéine G9 (RGS9), de la forme longue de la sous-unité β 5 de la protéine G (GNB5) et d'une protéine ancrée à la membrane, la protéine de liaison du régulateur de la signalisation de la protéine G 9 (RGS9BP) [18]. GNAT1 est ainsi dissocié de PDE6 : le GNAT1-GDP reforme le complexe hétérotrimérique avec les sous-unités GNB1 et GNGT1, et se lie à nouveau à la rhodopsine, tandis que le complexe hétérotrimérique inactivé PDE6 se réassemble. Parallèlement, la faible concentration en Ca 2+ conduit à l'activation des protéines activatrices de la guanylate cyclase, GUCA1A ( guanylate cyclase activator 1A ) et GUCA1B ( guanylate cyclase activator 1B ), qui active la guanylate cyclase, GUCY2D (guanylate cyclase 2D, rétinal) : la concentration intracellulaire en GMPc est restaurée à l'état de repos [8].
Des défauts dans presque toutes les protéines de la cascade de phototransduction sont associés à une pathologie rétinienne (tableau 1-1
Tableau 1-1
Gènes/protéines de la cascade de phototransduction des bâtonnets impliqués dans les pathologies rétiniennes humaines .
GèneProtéineMaladie associée (référence OMIM de phénotype)Référence OMIM du gène
Cascade de phototransduction
RHORhodopsineRP AD/AR (613731), CNCS Riggs AD (610445)180380
GNAT1α subunit of rod transducinCNCS Riggs AD/AR (610444)
RP AR [19]
139330
PDE6Aα subunit of rod phosphodiesteraseRP AR (613810)180071
PDE6Bβ subunit of rod phosphodiesteraseRP AR (613801)
CNCS Riggs AD (163500)
180072
PDE6Gγ subunit of rod phosphodiesteraseRP AR (613582)180073
CNGA1α subunit of cyclic nucleotid gated ion channel RP AR (613756)123825
CNGB1β subunit of cyclic nucleotid gated ion channel RP AR (613767)
CNCS Riggs AR [20]
600724
SLC24A1Solute carrier family 24
(sodium/potassium/calcium exchanger)
member 1
RP AR [21]
CNCS Riggs AR (613830)
603617
Cascade d'inactivation
RCVRN ou RCV1RecoverinRétinopathie associée au cancer (CAR) [22, 23]
Rétinopathie auto-immune [24, 25]
179618
GRK1G protein-coupled receptor kinase 1Maladie d'Oguchi 2 AR (613411) 180381
SAGRod arrestin, S-antigenMaladie d'Oguchi 1 AR (258100)
RP 47 AR (613758)
181031
RGS9Regulator of g protein signaling 9Bradyopsie AR (608415)604067
RGS9BPRegulator of G protein signaling 9-binding/anchoring protein ; RGS9AP Bradyopsie AR (608415)607814
GUCA1AGuanylate cyclase activator 1a, GCAP1COD/CORD AD (602093)600364
GUCA1BGuanylate cyclase activator 1b, GCAP2RP AD (613827)602275
GUCY2DGuanylate cyclase 2dCOD/CORD AD/AR (601777)
ACL AR (204000)
600179

ACL : amaurose congénitale de Leber ; AD : autosomique dominant ; AR : autosomique récessif ; CNCS : cécité nocturne congénitale stationnaire (ou héméralopie essentielle) ; COD : cone dystrophy (dystrophie des cônes) ; CORD : cone-rod dystrophy (dystrophie cône-bâtonnet) ; RP : rétinite pigmentaire.


), à la fois héréditaire et acquise (par exemple rétinopathies auto-immunes et paranéoplasiques).
Phototransduction dans les cônes
La cascade de phototransduction dans les cônes reproduit approximativement les étapes de la phototransduction dans les bâtonnets, mais l'équipement protéique (isoformes) est différent et la cinétique de la cascade est beaucoup plus rapide. Les cônes expriment trois types d'opsine Opsine sensibles à la lumière (iodopsines, photopsines) : les cônes S expriment l'opsine OPN1SW sensible aux longueurs d'onde courtes ; les cônes M expriment l'opsine OPN1MW sensible aux longueurs d'onde moyennes ; et les cônes L expriment l'opsine OPN1LW sensible aux longueurs d'onde longues. Comme la rhodopsine, ce sont des récepteurs photosensibles couplés aux protéines G, utilisant le 11- cis -rétinal comme chromophore. La durée de vie du photopigment du cône activé est d'environ de 3 à 5 ms. La durée de vie de la transducine/PDE activée est d'environ 9 à 18 ms.
Le temps de renouvellement de la concentration de Ca 2+ cytoplasmique est d'environ 3 ms et le temps de renouvellement de la GMPc cytoplasmique est aussi court que 4 à 6 ms [26]. On ne comprend pas entièrement pourquoi les cônes réagissent si rapidement. Cela est probablement dû à leur taux de récupération plus élevé. Quant à la désactivation de l'opsine du cône, la kinase de l'opsine du cône (GRK7, récepteur couplé à la protéine G kinase 7) et l'arrestine du cône (ARR3) doivent agir avec une rapidité extrême. La rupture plus rapide de l'interaction transducine/PDE du cône est le résultat de la concentration plus élevée de RGS9 et RGS9BP, qui accélèrent l'activité de la GTPase [27]. Les variations plus rapides de la concentration de Ca 2+ cytoplasmique résultent probablement de la surface plus importante de la membrane plasmique, puisque le SE du cône n'est pas composé de disques séparés comme dans les bâtonnets, mais du repliement direct d'une membrane plasmique continue [26].
Des défauts portant sur les protéines de la cascade de phototransduction des cônes sont également à l'origine de diverses pathologies rétiniennes héréditaires (tableau 1-2
Tableau 1-2
Gènes/protéines de la cascade de phototransduction des cônes impliqués dans les pathologies rétiniennes humaines.
FonctionGèneProtéineMaladie associée
(référence OMIM
de phénotype)
Référence OMIM du gène
Cascade de phototransduction
PhotopigmentsOPN1LW
OPN1MW
OPN1SW
Cone opsin L
Cone opsin M
Cone opsin S
Daltonisme XL, protan (303900)
Daltonisme XL, deutan (303800)
Tritanopie AD (190900)
300822
300821
613522
TransducineGNAT2α subunitACHM AR (613856)139340
GNB3β subunitCNCS AR (617024)139130
GNGT2γ subunit139391
PhosphodiestérasePDE6Cα' subunitCOD AR
ACHM AR (613093)
600827
PDE6Hγ' subunitACHM AR (610024)601190
Canaux sensibles à GMPcCNGA3α subunitACHM AR (216900)600053
CNGB3β subunitACHM AR (262300)605080
Échangeur Na+/Ca2+,K + SLC24A2solute carrier family 24 member 2 609838
Cascade d'inactivation
RecovérineRCV1Le même que dans les bâtonnets
Kinase de l'opsine des cônesGRK7G protein-coupled receptor kinase 7606987
Arrestine des cônesARR3Arrestin 3 Myopie forte limitée aux femmes (301010)301770
Complexe des protéines activatrices de GTPase RGS9Le même que dans les bâtonnets, mais la concentration est plus importante dans les cônes [27]
RGS9BP
GNB5Guanine nucleotide-binding protein, beta-5 Trouble de neurodéveloppement avec arythmie cardiaque et défaut de transmission rétinienne AR (617173) [28] 604447
Activateur de guanylate cyclaseGUCA1AGuanylate cyclase activator 1a, GCAP1 COD/CORD AD (602093)600364
GUCA1BGuanylate cyclase activator 1b, GCAP2 RP AD (613827)602275
Guanylate cyclaseGUCY2DGuanylate cyclase 2dCOD/CORD AD/AR (601777)
ACL AR (204000)
600179

ACHM : achromatopsie ; ACL : amaurose congénitale de Leber ; AD : autosomique dominant ; AR : autosomique récessif ; CNCS : cécité nocturne congénitale stationnaire ; COD : cone dystrophy (dystrophie des cônes) ; CORD : cone-rod dystrophy (dystrophie cône-bâtonnet) ; RP : rétinite pigmentaire ; XL : lié à l'X.


).
Épithélium pigmentaire rétinien (EPR)
L'EPR est une couche monocellulaire de cellules cuboïdes situées entre la rétine neurosensorielle et la choroïde. Il a un rôle majeur dans le métabolisme des PR, le cycle visuel, la phagocytose des articles externes des PR, l'adhérence de la rétine, la formation et le renouvellement de la membrane de Bruch et de la matrice interphotorécepteurs, ainsi que le maintien du statut immunitaire de la rétine.
Nous aborderons ici les différentes anomalies de fonctions de l'épithélium pigmentaire et les pathologies génétiques subséquentes après un bref rappel de la morphologie de l'épithélium pigmentaire.
Morphologie de l'EPR
L'EPR est une monocouche de cellules épithéliales cuboïdes, densément pigmentées, situées entre la rétine et la choroïde [29]. Ces cellules sont arrangées de manière hexagonale et s'étendent sur toute la surface de la rétine. La densité des cellules de l'EPR est plus élevée dans la zone maculaire et fovéolaire. Leur diamètre varie de 14 µm dans la fovéa à 60 µm dans la rétine périphérique. Une seule cellule de l'EPR prend en charge 30 à 40 PR. L'EPR possède une polarité marquée permettant les échanges moléculaires sous la dépendance des canaux ioniques des parties basales et apicales de la cellule, de la choroïde vers la rétine pour les nutriments et vice versa pour les déchets. La structure de l'EPR révèle également cette polarité apicale-basale. Le noyau et les granules de mélano-lipofuscine sont localisés à la partie basale, les mélanosomes à la partie apicale.
Augmentant sa surface d'échange, la membrane basale des cellules de l'EPR est recouverte de cils en contact avec la membrane de Bruch qui sépare l'EPR de la choroïde. Les cellules de l'EPR et la membrane de Bruch composent la barrière hématorétinienne externe. L'étanchéité intercellulaire est assurée par les jonctions serrées ( « tight junctions » ). Ce complexe jonctions serrées-membrane de Bruch permet de réguler et d'orienter sélectivement le transport des ions et des molécules dans la cellule de l'EPR. Les protéines des complexes de jonctions incluent des protéines essentielles comme les claudines et l'occludine.
À la partie apicale, les articles externes des PR viennent s'enchâsser dans les microvillosités (fig. 1-8
Fig. 1-8
L'épithélium pigmentaire rétinien (EPR) et les photorécepteurs (PR).
a. Représentation schématique de la structure de l'EPR et des interactions entre EPR et PR. b. Photographie correspondante en microscopie électronique.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [159].
) des cellules d'EPR dont ils sont séparés par la matrice interphotoréceptrice, un espace intercellulaire de quelques microns. Cette matrice est riche en acide hyaluronique sur lequel viennent s'amarrer deux protéines SPACR, formant un échafaudage macromoléculaire. Au-delà du maintien cellulaire EPR-PR et des échanges intercellulaires, la matrice et les microvillosités assurent une protection mécanique pour les articles externes des PR.
La pigmentation des cellules de l'EPR est due à la présence de mélanine incluse dans les mélanosomes. Cette mélanine protège contre le stress oxydant et la lumière ultraviolette. Ces granules participent également à la régulation de la chaleur et à la réduction de la réflexion lumineuse interne permettant une meilleure acuité.
Les cellules de l'EPR ne peuvent pas se régénérer ; elles sont bloquées en post-mitose. Il est à noter que les cellules de l'épithélium pigmentaire périphérique peuvent s'élargir et migrer vers la fovéa. La perte de cellules de l'EPR conduit à la perte secondaire des PR dont le métabolisme et la fonction de transduction du signal sont sous la dépendance des cellules de l'EPR.
Fonctions de l'EPR et pathologies rétiniennes héréditaires
Au-delà d'une grande hétérogénéité clinique et génétique, les dystrophies rétiniennes héréditaires peuvent être appréhendées par le défaut prédominant de fonction selon le type cellulaire. À l'échelle de la cellule de l'EPR, ces dystrophies sont liées principalement aux altérations du cycle visuel, de la phagocytose, de la membrane de Bruch, de la matrice interphotoréceptrice, et de l'adhérence rétinienne. Nous évoquerons aussi le rôle des cellules d'EPR dans le stress oxydant et la barrière hématorétinienne externe.
Métabolisme de la vitamine A et cycle visuel
Après l'activation photonique d'une molécule de rhodopsine, son chromophore visuel, le 11- cis -rétinal, est isomérisé en tout- trans -rétinal, qui se dissocie de la molécule d'opsine en quelques millisecondes. Le tout- trans -rétinal est régénéré en 11- cis -rétinal par de multiples étapes de transfert et d'isomérisation enzymatique, à la fois dans les PR et dans les cellules de l'EPR. À l'étape de récupération, le tout- trans -rétinal est libéré dans la lumière du disque des bâtonnets, où il se lie à la phosphoéthanolamine et pourrait se dimériser en bisrétinoïde A2E potentiellement toxique. Le tout- trans -rétinal est transféré de la lumière à la membrane externe du disque par l'activité flippase (transfert d'un côté de la membrane plasmique à l'autre) de la protéine ABCA4 ( ATP binding cassette subfamily A member 4 ) (fig. 1-9
Fig. 1-9
Le rôle d'ABCA4 dans l'élimination du tout- trans-rétinal des disques.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [157].
), qui facilite l'élimination des composés rétinoïdes potentiellement toxiques des PR [30].À noter que les variants bialléliques sur le gène ABCA4 sont associées à la maladie de Stargardt Stargardt, maladie de et sont une cause majeure de dystrophie rétinienne de type cône-bâtonnet Dystrophie(s) rétinienne(s) cône-bâtonnet nnets, le tout- trans -rétinal est réduit en tout- trans -rétinol par la rétinol-déshydrogénase 8 (RDH8) et peut-être par la rétinol déshydrogénase 12 (RDH12) [31]. Le tout- trans -rétinol est ainsi lié à la protéine de liaison de rétinol 3 (RBP3), précédemment appelée interphotoreceptor retinoid-binding protein (IRBP), qui transfère le chromophore à l'EPR [32 , 33]. La protéine de liaison de retinol binding protéine 1 (RBP1) interagit avec le chromophore et le transporte à l'intérieur de la cellule d'EPR, où se déroule le cycle visuel.
À l'intérieur des microsomes, l'estérification du tout- trans -rétinal en esters de rétinyl-palmitate ou -stéarate est catalysée par la lécithine-rétinol-acyltransférase (LRAT). L'isoméro-hydrolase RPE65 hydrolyse et isomérise ces esters de rétinyl en 11- cis -rétinol [34]. La protéine de liaison au rétinaldéhyde 1 (RLBP1) interagit avec le 11- cis -rétinol pour aider la rétinal déshydrogénase 5 (RDH5) et 11 (RDH11) à l'oxyder en 11- cis -rétinal. La RLBP1 lie le 11- cis -rétinal et le transporte dans le cytosol de l'EPR, où la RBP3 amène le chromophore recyclé dans les SE des bâtonnets. Le chromophore recyclé formera une nouvelle molécule fonctionnelle de rhodopsine (fig. 1-10
Fig. 1-10
Cycle visuel.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [157].
).
Il est à noter que les preuves expérimentales de ce mécanisme existent surtout pour les bâtonnets, ayant été acquises par le biais de souris transgéniques et de modèles cellulaires in vitro, alors que les informations précises concernant les cônes sont incomplètes. Des données récentes indiquent que ce processus pourrait être fondamentalement différent au sein des cônes, qui ont une composition membranaire et une physiologie cellulaire très différentes des bâtonnets [35].
L'EPR dépend fortement de l'apport extérieur de rétinol. La protéine de liaison de rétinol 4 (RBP4) est le principal transporteur plasmatique du rétinol et des rétinoïdes. Elle forme un complexe hétéro-hexamérique avec la transthyrétine dans le sang, ce qui protège les petites molécules de RBP4 (21 kDa) de la filtration glomérulaire [ 36]. Il existe deux voies différentes par lesquelles les rétinoïdes atteignent l'EPR. La voie principale dépend de la RBP4, qui est complexée au rétinol (holo-RBP4), puis reconnue et liée avec un récepteur membranaire des rétinoïdes STRA6, situé sur la membrane basale de l'EPR. STRA6 permet l'internalisation du rétinol [37]. La voie mineure est sous le contrôle du récepteur de classe B de type I (Sr-BI) qui permet l'absorption des rétinoïdes transportés dans les complexes lipoprotéiques circulants et les chylomicrons, et non liés à RBP4 [38].
Les gènes et protéines de l'EPR impliqués dans le cycle visuel et fréquemment associés aux hérédo-dégénérescences rétiniennes sont répertoriés dans le tableau 1-3
Tableau 1-3
Principaux gènes codant pour les protéines du cycle visuel et l'apport de rétinoïdes et impliqués dans les pathologies rétiniennes humaines.
GèneProtéineMaladie associée (référence OMIM de phénotype)Référence OMIM du gène
ABCA4ATP-binding cassette, subfamily A, member 4Maladie de Stargardt (248200)
CORD (604116)
Fundus flavimaculatus (248200)
601691
RDH5Retinol dehydrogenase 5Fundus albipunctatus (136880)601617
RDH12Retinol dehydrogenase 12ACL (612712)608830
RBP3Retinol-binding protein 3RP (615233)180290
RBP4Retinol-binding protein 4Syndrome de dystrophie rétinienne, colobome irien et acné (615147) 180250
STRA6Stimulated by retinoic acid 6Microphtalmie colobomateuse (601186)610745
RLBP1Retinaldehyde-binding protein 1Rétinite ponctuée albescente (136880)
Bothnia retinal dystrophy (607475)
Newfoundland rod-cone dystrophy (607476)
Fundus albipunctatus (136880)
180090
RPE65ACL, EOSRD (204100)
Retinitis pigmentosa (613794)
180069
LRATLecithin retinol acyltransferaseACL, EOSRD (613341)604863

ACL : amaurose congénitale de Leber ; CORD : cone-rod dystrophy (dystrophie cône-bâtonnet) ; EOSRD : early-onset severe retinal dystrophy (dystrophie rétinienne sévère à début précoce) ; RP : rétinite pigmentaire.


.
Phagocytose des segments externes des photorécepteurs
L'article externe du photorécepteur est un cil primaire spécialisé et unique par l'empilement de multiples disques intracellulaires sensibles aux photons par les opsines qui y sont enchâssées. Les disques sont formés à la base de l'article externe et migrent vers l'EPR en 7 à 10 jours, où ils seront ensuite phagocytés. L'EPR digère chaque jour environ 7 % à 10 % des SE. Une particularité de cette fonction de phagocytose est d'être rythmique, selon un rythme circadien (bâtonnets, 1 heure 30-2 heures après l'arrivée de la lumière toutes les 24 heures chez les rongeurs) ou en lien direct avec l'exposition à la lumière (cônes, 1 heure après l'exposition quelle que soit l'heure chez l'homme).
La phagocytose est initiée par la reconnaissance des articles externes usés à dégrader à la suite de l'externalisation par des flippases des phosphatidylsérines (PtdSer) qui basculent du feuillet interne vers le feuillet externe de la membrane des articles externes. Cette externalisation permet de créer une interaction via la milk fat globule-EGF8 (MFG-E8) à l'intégrine αvβ5 localisée spécifiquement sur les microvillosités apicales de l'EPR. C'est le couple MFG-E8-αvβ5 qui initie le rythme circadien de phagocytose. Cette cupule phagocytaire est ensuite isolée du PR par un jeu de pseudopodes et internalisée dans le cytoplasme de l'épithélium pigmentaire sous l'action de MERTK ( MER proto-oncogene, tyrosine kinase ) et de ses deux ligands Gas6 ( growth arrest specific 6 ) et ProS1 ( vitamin K-dependent factor protein S ), et du cytosquelette avec polymérisation des fibres d'actine et activation d'une GTPAse (Rac1). De nombreux co-acteurs et régulateurs sont impliqués dans cette phase complexe de création-extension de pseudopodes et de séparation avec l'article externe fonctionnel, tels que d'autres récepteurs membranaires et les voies de signalisation associées, et la myosine II.
Cette internalisation produit des phagosomes naissants réguliers de 1 à 2 μm de diamètre. Le processus de digestion des phagosomes dans l'épithélium pigmentaire se poursuit de la partie apicale vers la partie basale de ce dernier. Ces phagosomes fusionnent avec des lysosomes et des endosomes pour devenir des phagolysosomes. Ces phagolysosomes ont un pH de plus en plus acide favorisant l'action de différentes enzymes. Cette acidification est médiée par l'activité de l'ATPase vacuolaire. En l'absence de cette ATPase vacuolaire, les phagolysosomes s'accumulent. D'autres protéines, telles MYO7A et l'ataxine 3, sont impliquées dans la maturation et la migration des phagolysosomes de la partie apicale vers la partie basale de la cellule de l'épithélium pigmentaire. Ainsi, la phagocytose est altérée avec une maturation anormale et lente des phagosomes dans les modèles murins Myo7a-/- et Atxn3-/-.
Parmi les gènes de l'EPR codant des protéines impliquées dans la phagocytose, seuls les gènes MERTK , CERKL ( ceramide kinase-like , MIM 608381) et RAB28 (MIM 612994) sont associés à des dystrophies rétiniennes à début précoce de type bâtonnets-cônes Dystrophie(s) rétinienne(s) bâtonnet-cône tteinte maculaire fréquente ( MERTK , CERKL ), des dystrophies de type cônes-bâtonnets Dystrophie(s) rétinienne(s) cône-bâtonnet ( RAB28 , CERKL ), et plus rarement des dystrophies maculaires isolées plus tardives ( CERKL imitant des pseudo-Stargardt) (tableau 1-4
Tableau 1-4
Principaux gènes codant pour les protéines de la phagocytose des segments externes des photorécepteurs et impliqués dans les pathologies rétiniennes humaines.
GèneProtéineMaladie associée (référence OMIM de phénotype)Référence OMIM du gène
BEST1Bestrophin 1 Microcornea, rod-cone dystrophy, cataract, and posterior staphyloma 2 (193220)
Bestrophinopathy, autosomal recessive (611809)
Macular dystrophy, vitelliform (153700)
Retinitis pigmentosa [50] (613194), phénotype controversé
Vitreoretinochoroidopathy (193220)
607854
CERKLCeramide kinase-likeRetinitis pigmentosa [26] (608380) 608381
MERTKMer tyrosine kinase protooncogeneRetinitis pigmentosa [38] (613862) 604705
RAB28Ras associated protein 28Cone-rod dystrophy [18] (615374) 612994
).
Dans le modèle murin Mertk-/- et dans le modèle de rat RCS, la dégénérescence des PR est très rapide suite à la perte de l'internalisation de la cupule phagocytaire (efférocytose, domaine GRB2/PI3K p85/PLCγ), entraînant l'accumulation de disques formant une barrière physique entre EPR et PR qui est délétère pour l'homéostasie des PR.
Dans le modèle murin Cerkl-/- , les cellules de l'EPR sont pauvres en microvillosités à leur partie apicale, et les phagosomes, les endosomes et les lysosomes s'accumulent anormalement à leur partie basale. On note également une diminution de l'expression de MERTK . La perte cellulaire est plus précoce et prédomine sur les cônes dans ce modèle murin, ce qui est le contraire dans le modèle du poisson zèbre correspondant.
RAB28 (MIM 612994) code pour une GTPase qui a un rôle spécifique dans la phagocytose des cônes. Dans le modèle murin Rab28-/-, les articles externes des seuls cônes sont anormalement longs et enflés, et leurs cellules d'EPR n'ont pas de phagosomes alors que les phagosomes associés aux bâtonnets sont normaux.
Plus récemment, un déficit de la phagocytose avec un dérèglement de l'horloge interne phagocytaire de l'EPR a été démontré dans les cellules d'EPR PRPF mutantes, une famille de gènes codant pour des protéines ubiquitaires, mais développant uniquement un phénotype de rétinite pigmentaire ([39] ; E.F. Nandrot, données non publiées). Les dystrophies rétiniennes liées au gène BEST1 sont abordées dans les channélopathies ci-après, celles liées au gène MYO7A dans le chapitre 19 .
Canaux ioniques et dystrophies rétiniennes
L'EPR régule l'échange de nutriments et d'ions entre la choroïde et la rétine. Il assure le transport dirigé de différents ions, tels que le sodium (Na +), le potassium (K +) et le calcium (Ca 2+) grâce à des pompes ioniques spécifiques. Un dysfonctionnement de canaux ioniques a été démontré dans la maladie de Best et dans la choroïdérémie.
BEST1 s'exprime spécifiquement dans la membrane de la cellule de l'EPR à sa partie basale et fonctionne comme un canal chlore/calcium qui régule le calcium intracellulaire. Dans la maladie de Best Best, maladie de , cette régulation est altérée et désynchronisée, et impacte, avec d'autres canaux ioniques (canaux CaV1.3 L-type et maxiK Ca 2+ -dependent K + ), les capacités de phagocytose des articles externes des PR par les cellules de l'EPR.
Des anomalies des canaux ioniques ont été mises en évidence dans les modèles cellulaires EPR de patients atteints de choroïdérémie (données non publiées). Ces données ouvrent une autre piste dans la compréhension de la dégénérescence de l'EPR liée au déficit de prénylation de la protéine REP1 codée par CHM sans compensation dans l'œil par REP2. Le défaut de prénylation impacte particulièrement Rab12 et conduit à une augmentation de la voie de signalisation mTORC1 ( mechanistic target of rapamycin complex 1 ), provoquant une réduction des capacités d'autophagie [40].
Anomalies de la membrane de Bruch
L'EPR produit et renouvelle la membrane de Bruch, constituée de cinq couches séparant l'EPR de la choroïde. La dystrophie de Sorsby (TIMP3, OMIM 188826) et les drusen dominants, ou malattia leventinese (EFEMP1, OMIM 601548), sont deux dystrophies rétiniennes héréditaires de transmission autosomique dominante caractérisées en imagerie OCT par un épaississement anormal de la membrane de Bruch.
Dans la maladie de Sorsby Sorsby, maladie de , les variants pathogènes impliquent des changements de cystéines avec formation de dimères anormaux TIMP3 qui s'accumulent dans la membrane de Bruch et dans les drusen. Ces variants modifient la capacité d'inhibition des métalloprotéinases et des facteurs angiogéniques. Il a également été décrit dans les modèles dérivés de cellules souches pluripotentes issues de patients et chez les souris Timp3-/- un déséquilibre oxydatif rendant l'EPR plus sensible au stress oxydant [41].
Le gène EFEMP1 code pour une glycoprotéine ubiquitaire F3 ( fibulin 3 ou EGF-containing fibulin extracellular matrix 1 ) de 55 kDa qui est excrétée vers la matrice extracellulaire, et a un rôle dans son renouvellement, la prolifération cellulaire et l'organogenèse. Son expression rétinienne est élevée dans l'EPR, la membrane de Bruch et la choroïde. Dans la malattia leventinese Malattia Leventinese , la protéine mutée dont la conformation est modifiée avec des défauts de repliement s'accumule anormalement dans la cellule de l'EPR et dans les dépôts drusenoïdes sous l'EPR (production anormale de basal laminar deposits ). La protéine mutée mal conformée est toxique pour le réticulum endoplasmique (RE) des cellules de l'EPR, dépassant les capacités de la réponse UPR ( unfolded protein response ). Cette UPR physiologique vise à diminuer la production des protéines afin de réduire leur afflux dans le RE, de produire de nouvelles foldases augmentant le repliement des protéines, et de dégrader les protéines mal repliées. En cas de dépassement de ces trois étapes, l'apoptose sera déclenchée. Il y a de plus un déséquilibre dans le RE entre le calcium libre et le calcium piégé par les nombreux domaines EGF de la protéine mutée F3 accumulée dans le RE. Pour rappel, F3 a une action angiogénique tissu-dépendante, antiangiogénique dans les cancers pulmonaires et hépatiques, et à l'inverse proangiogénique dans les gliomes et les cancers pancréatiques. La forte prévalence des complications néovasculaires dans la maladie de Sorsby Sorsby, maladie de signe la fonction proangiogénique de l'EPR, dont le mécanisme intrarétinien est partiellement élucidé [42].
Enfin, la souris Efemp1-/- , bien que développant des anomalies des tissus élastiques avec de multiples hernies, ne présente pas d'atteinte rétinienne, ce qui suggère un effet pathogène par gain de fonction dans la rétine. Neutraliser la copie mutée pourrait donc être une thérapie de l'atteinte rétinienne. Par ailleurs, une étude récente a également montré que, chez la souris normale, Efemp1 s'accumule avec l'âge et de manière localisée, renforçant l'idée de l'importance du contrôle des quantités de cette protéine dans la rétine [43].
Anomalies de la matrice interphotoréceptrice
La matrice interphotoréceptrice est répartie entre les microvillosités apicales de l'EPR et les articles externes et internes des PR jusqu'à la membrane limitante externe. Elle est la zone de contact et d'échanges intercellulaires EPR-PR. Elle est impliquée entre autres dans le cycle des rétinoïdes et la phagocytose, dans l'adhérence intercellulaire et dans le pool calcique. Elle correspond à un enchevêtrement très structuré entre des molécules d'acide hyaluronique et de nombreuses protéines sécrétées par l'EPR dont RBP3, le véhicule du tout- trans -rétinol et du 11- cis -rétinal, et également les protéoglycanes IMPG1 et IMPG2 (Sparcan). Ces deux dernières molécules sont interdépendantes, avec un processus de maturation impliquant une protéolyse de leurs domaines SEA. Les variants pathogènes sur les gènes codant ces trois protéines donnent principalement des rétinites pigmentaires, et plus rarement des dystrophies vitelliformes pour les gènes IMPG1 ou IMPG2 .
L'EPR est impliqué dans la formation de la matrice interphotoréceptrice via le pigment epithelium-derived factor (PEDF) codé par le gène SERPINF1 . Le PEDF, au-delà de son action anti-inflammatoire et angiogénique, est impliqué dans la différenciation et la survie des PR. Dixit et al. ont montré que les souris rd10 (porteuses de variants bialléliques sur le gène Pde6b ) ont une dégénérescence plus lente que les souris rd10/Serpinf1-/- , confirmant le rôle protecteur du PEDF [44]. En pathologie humaine, des variants pathogènes sont associés à l'ostéogenèse imparfaite, mais n'ont jamais été rapportés dans des dystrophies rétiniennes.
Cadhérines et adhésion rétinienne
Quatre cadhérines sont impliquées dans l'adhésion cellulaire rétinienne et l'architecture de la rétine. Ces cadhérines sont des glycoprotéines transmembranaires dont le fonctionnement est calcium-dépendant. Trois cadhérines codées par les gènes CDHR1 , CDH23 et PCDH15 s'expriment dans les PR. Les variants dans les gènes CDH23 et PCDH15 sont impliqués dans des syndromes d'Usher de type 1 Usher, syndrome d’ de type 1 ons avec MYO7A ), ceux dans CDHR1 , dans des dystrophies des cônes ou de types cône-bâtonnet autosomiques récessives, non syndromiques, et plus rarement maculaires pour des variants hypomorphes.
Une autre cadhérine, la P-cadhérine codée par le gène CDH3 , est exprimée dans les cellules de l'EPR. Cette cadhérine est un constituant des zonulas occludens (jonctions serrées) présentes sur la face latérale des cellules de l'EPR. Elle s'exprime également dans les follicules pileux et dans la glande mammaire. Deux syndromes rares comportant une maculopathie sont ainsi liés au gène CDH3 : le syndrome HJMD ( hypotrichosis with juvenile macular dystrophy HJMD (hypotrichosis with juvenile macular dystrophy), syndrome , OMIM 601553), et le syndrome EEMS ( ectodermal dysplasia, ectodactyly and macular dystrophy syndrome EEMS (ectodermal dysplasia, ectodactyly and macular dystrophy syndrome) , OMIM 225280) [45].
Épithélium pigmentaire rétinien, stress oxydant et perte cellulaire
Le dépassement des capacités antioxydantes est le dénominateur commun de toutes les dystrophies rétiniennes génétiques. Les cellules de l'EPR protègent la rétine et les PR contre le stress oxydant Stress oxydatif en piégeant les radicaux libres, notamment grâce à la mélanine, et en produisant des facteurs antioxydants. La mélanine, dont la concentration intracellulaire est la plus élevée dans la fovéa, neutralise les radicaux libres et diminue fortement la photo-oxydation de la lipofuscine en bloquant les longueurs d'onde les plus toxiques. De plus, la cellule de l'EPR produit des facteurs antioxydants tels que la superoxyde dismutase (SOD), la catalase et la mono-oxygénase du cytochrome P450. En intracellulaire, le stress oxydant est géré par les mitochondries et le RE, et le dépassement de ces capacités va conduire à des phénomènes d'autophagie cellulaire et d'inflammation. Depuis plusieurs années, de nombreuses études ont mis en évidence l'implication de la dysfonction des mitochondries de l'EPR dans de nombreuses pathologies de la rétine, notamment la rétinite pigmentaire et la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA).
Barrière hématorétinienne et immunomodulation
L'EPR joue aussi un rôle clé dans la protection de la rétine contre les agents pathogènes, en formant une barrière hématorétinienne externe qui contrôle le passage de molécules entre la circulation sanguine choroïdienne et la rétine neurosensorielle. Cette barrière garantit le privilège immun au niveau des SE et SI des PR, qui peut être perdu en conditions pathologiques. De plus, l'EPR a une fonction immunomodulatrice en sécrétant des cytokines et des facteurs de croissance, comme le facteur de croissance de l'endothélium vasculaire (VEGF), qui régule l'angiogenèse et la perméabilité vasculaire dans la rétine, ainsi que par la participation directe de récepteurs membranaires. En effet, des études récentes soulignent un second rôle de MERTK dans le maintien de l'immunosuppression par l'EPR [46].
La maladie des dépôts denses avec des variants dans le gène CFH exprimé dans l'EPR est un exemple d'altération de la voie du complément avec la présence inconstante à des degrés variables de dépôts imitant des drusen diffus (drusen cuticulaires). À ce titre, le gène CFH est inclus dans certains panels dédiés aux dystrophies rétiniennes.
Modélisation de l'EPR par les études cellulaires iPSC et organoïdes
Depuis plus de 10 ans, les techniques de reprogrammation cellulaire à partir de fibroblastes de peau permettent la modélisation de pathologies in vitro et l'évaluation d'approches thérapeutiques sur cellules humaines reproduisant la pathologie du patient. Les fibroblastes du patient sont dédifférenciés en cellules souches pluripotentes induites ( induced pluripotent stem cells [iPSC] iPSC (induced pluripotent stem cells)). Ces iPSC sont similaires aux cellules souches embryonnaires et ont donc la capacité de se redifférencier en n'importe quelle cellule selon les conditions de culture. Les cellules de l'EPR issues d'iPSC par culture bidimensionnelle sont plus immatures, avec une signature plutôt fœtale, migrent et se divisent, contrairement aux cellules de l'EPR in vivo, bloquées au stade post-mitotique.
Les organoïdes rétiniens Organoïdes rétiniens modélisant le couple EPR et PR sont obtenus à partir d'EPR placé en culture tridimensionnelle ; les cellules de l'EPR sont internes et les PR sont externes (fig. 1-11
Fig. 1-11
Stratégie d'obtention d'épithélium pigmentaire rétinien (EPR) et d'organoïdes rétiniens en culture tridimensionnelle à partir de fibroblastes de patients reprogrammés en cellules souches pluripotentes induites (iPSC).
Les biopsies cutanées sont mises en culture afin de permettre l'émergence des fibroblastes. Après environ 30 jours de culture, une quantité suffisante de fibroblastes est obtenue pour procéder à leur reprogrammation en iPSC, un processus qui dure environ 90 jours. Trente jours après le début de la différenciation des iPSC, des structures sphériques entourées de zones pigmentées apparaissent dans les boîtes de culture ; elles correspondent à des organoïdes rétiniens précoces et à des précurseurs de l'EPR. Ces tissus rétiniens précoces sont isolés et cultivés séparément afin de permettre le développement, soit de cellules d'EPR matures (environ 295 jours après la biopsie), soit d'organoïdes rétiniens matures (environ 345 jours après la biopsie). La couche nucléaire externe, située à l'extrémité de l'organoïde, est délimitée par le marquage de TBC1D32 en rouge du côté intérieur, et par celui de l'ATP synthase en vert, localisé au niveau des segments externes. Les cellules de l'EPR sont délimitées par un marquage de ZO-1 (en vert), un marqueur des jonctions apicales. L'étape suivante sera de pouvoir les cultiver en complexes 3D avec l'EPR faisant face aux photorécepteurs.
Source : adapté de Dr Vasiliki Kalatzis avec des données de Nejla Erkilic, Institut des Neurosciences de Montpellier, Inserm, Université de Montpellier.
). Ces modèles cellulaires et leurs apports dans la physiopathologie des pathologies rétiniennes héritées ( inherited retinal diseases [IRD]) sont spécifiquement étudiés dans le chapitre 31 .
Ainsi, la perte du couple EPR-PR avec une atteinte primitive ou secondaire de l'EPR est le dénominateur commun des dystrophies rétiniennes héréditaires, avec un poids important des gènes impliqués dans la phagocytose. Au-delà des premières études des fonctions de l'EPR par les modèles murins knock-in et knock-out , les modèles cellulaires humains dérivés des iPSC par une simple biopsie cutanée pourraient conduire au développement de thérapies innovantes visant à traiter des pathologies comme la DMLA et les dystrophies rétiniennes congénitales [47]. Les recherches actuelles continuent d'explorer des solutions thérapeutiques, notamment dans les domaines de la médecine régénérative et de la thérapie génique, et représentent des avancées prometteuses dans la prise en charge des maladies liées à l'EPR. Ainsi, la production de cellules d'EPR a permis de grandes avancées et a mis l'œil sur le devant de la scène comme domaine précurseur pour ces applications de thérapie cellulaire, avec des essais cliniques en cours pour plusieurs pathologies.
Cellules bipolaires
Structure et fonction des cellules bipolaires de la rétine
Les cellules bipolaires, neurones de deuxième ordre, constituées d'une dendrite, d'un corps cellulaire, localisé dans la partie supérieure de la nucléaire interne, et d'un axone, tiennent leur nom des connexions de leurs deux extrémités. En effet, leurs dendrites sont en contact avec les PR, dont ils reçoivent les signaux chimiques glutamatergiques générés en fonction de leur état d'activation par la lumière, et les cellules horizontales, qui exercent des inhibitions latérales, au niveau de la couche plexiforme externe. Par ailleurs, les axones des cellules bipolaires transmettent l'information visuelle, également sous la forme de signaux glutamatergiques, aux cellules amacrines et ganglionnaires, au niveau de la couche plexiforme interne [48] (fig. 1-12
Fig. 1-12
Voies des cellules bipolaires en relation avec les autres cellules rétiniennes.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [160].
).
Il existe plus de 15 sous-types de cellules bipolaires distinctes dans la rétine des mammifères. Ces sous-types peuvent être distingués selon le type de PR auxquels ils sont connectés avec les cellules bipolaires de bâtonnet et les cellules bipolaires de cône [48 , 49].
Les cellules bipolaires peuvent également être subdivisées en cellules bipolaires ON Cellule(s) bipolaires ON tableau 1-5
Tableau 1-5
Caractéristiques physiologiques des différentes cellules bipolaires.
Cellules bipolaires ONCellules bipolaires OFF
Type de synapse avec les photorécepteursBâtonnets (sphérule)
Cônes (pédicule)
Uniquement cône (pédicule)
Type de récepteurs au glutamate à la dendriteRécepteur métabotropique, GRM6Récepteur ionotropique, AMPA/kaïnate
Effet du glutamate (obscurité)GRM6 activé → fermeture de TRPM1 → hyperpolarisationAMPA/kaïnate activés → canaux ouverts → dépolarisation
Réponse à la lumière (c'est-à-dire photorécepteurs hyperpolarisés) ↓ glutamate → ouverture de TRPM1 → dépolarisation (branche montante de l'onde b de l'ERG scotopique et photopique) ↓ glutamate → fermeture des canaux AMPA/kaïnate → hyperpolarisation (branche descendante de l'onde b de l'ERG photopique)
Réponse synaptique par rapport aux photorécepteurs activés Inversion du signal (polarité inversée)Conservation du signal (polarité identique)
Localisation de la synapse bipolaire/ganglionnairePrincipalement dans la sous-couche b (portion interne de la CPI) Principalement dans la sous-couche a (portion externe de la CPI)
Type de cellules ganglionnaires connectéesCellules ganglionnaires ONCellules ganglionnaires OFF
FonctionDétecte le début de la stimulation lumineuseDétecte la fin de la stimulation lumineuse

CPI : couche plexiforme interne ; ERG : électrorétinogramme.


). Ces cellules diffèrent par le type de récepteur au glutamate présent à la surface de leurs terminaisons dendritiques et la voie de transduction du signal glutamatergique dont elles sont dotées : les cellules bipolaires ON expriment GRM6 qui code pour un récepteur métabotropique au glutamate associé à toute une cascade de transduction aboutissant à un canal ionique, TRPM1. Dans l'obscurité, le glutamate est libéré librement dans la fente synaptique entre les PR et les cellules bipolaires, entraînant une activation de GRM6 et de la cascade avec fermeture de TRPM1. Après absorption d'un photon de lumière, la cascade de phototransduction est activée et aboutit à l'hyperpolarisation des PR (onde a de l'électrorétinogramme [ERG] plein champ), puis à une diminution drastique de la libération de glutamate dans la fente synaptique. Il en résulte une inhibition de la cascade de transduction visuelle dans les cellules bipolaires ON via le récepteur GRM6, aboutissant à l'ouverture du canal TRPM1 et à la dépolarisation de la cellule bipolaire ON (branche montante de l'onde b à l'ERG) ; on dit dans ce cas que le signal visuel est inversé par rapport aux PR. Ce changement de polarité modifie secondairement la libération du glutamate au niveau de la synapse entre les cellules bipolaires ON et les cellules ganglionnaires ON, localisée dans la sous-couche b, la plus interne, de la plexiforme interne (voir fig. 1-12
Fig. 1-12
Voies des cellules bipolaires en relation avec les autres cellules rétiniennes.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [160].
). Cela augmente la fréquence des potentiels d'action transmis le long de leur axone formant le nerf optique jusqu'au ganglion genouillé latéral où s'effectuent des projections neuronales vers les aires visuelles primaires, ou accessoires pour le traitement final de l'information visuelle. Cette réponse s'effectue au début de la stimulation visuelle.
Les cellules bipolaires OFF Cellule(s) bipolaires OFF ? elles, présentent à leur surface dendritique des récepteurs ionotropiques au glutamate, AMPA ( α-amino-3-hydroxy-5-methyl-4-isoxazolepropionic acid ) ou kaïnate, qui ont une double nature de récepteur et de canal ionique. La diminution de libération du glutamate secondaire à l'hyperpolarisation des PR activés par la lumière modifie l'état des récepteurs ionotropes, entraînant une hyperpolarisation des cellules bipolaires OFF. On dit dans ce cas que le signal visuel est conservé. Ce changement de polarité modifie secondairement la libération du glutamate au niveau de la synapse entre les cellules bipolaires OFF et les cellules ganglionnaires OFF, localisée dans la sous-couche a, la plus externe, de la plexiforme interne (voir fig. 1-12
Fig. 1-12
Voies des cellules bipolaires en relation avec les autres cellules rétiniennes.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [160].
), diminuant la fréquence des potentiels d'action transmis le long de leur axone. Cette réponse s'effectue à la fin de la stimulation visuelle.
Il est à souligner qu'il existe des cellules bipolaires ON des cônes et des bâtonnets, mais qu'il n'existe pas de cellules bipolaire OFF des bâtonnets [49] ; il n'existe pas de connexion directe entre les bâtonnets et les voies OFF, mais très indirecte par l'intermédiaire des cellules amacrines de type AII qui relient les bipolaires ON des bâtonnets aux bipolaires ON (synapse électrique par gap junction ) et OFF (synapse glycinergique) des cônes (voir fig. 1-12
Fig. 1-12
Voies des cellules bipolaires en relation avec les autres cellules rétiniennes.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [160].
).
Les terminaisons synaptiques des bâtonnets et des cônes, en connexion avec les cellules bipolaires et horizontales, ont une structure différente [50] : on distingue la sphérule, de forme globulaire, qui constitue la terminaison synaptique du bâtonnet. La sphérule contient de nombreuses vésicules synaptiques permettant une libération du neuromédiateur glutamate dans la fente synaptique. Elle établit des connexions synaptique avec des cellules bipolaires de bâtonnets de type ON et des cellules horizontales. En pratique, la sphérule contient une seule invagination, avec au centre la dendrite d'une cellule bipolaire encadrée de chaque côté par une cellule horizontale formant une triade.
La terminaison synaptique des cônes est plus complexe et forme le pédicule. D'aspect plus large et aplati, d'où le nom de pédicule, il contient également de nombreuses vésicules synaptiques à glutamate et présente de multiples invaginations permettant plus d'une centaine de connexions avec plusieurs types de cellules bipolaires de cône ON et OFF ainsi que des cellules horizontales, également organisées en triade [51 , 52]. Cette organisation spécifique du système des cônes permet une transmission visuelle plus fine, avec une résolution spatiale et temporelle plus élevée.
Cellules bipolaires et lien avec la pathologie : exemple de la cécité nocturne congénitale stationnaire de type Schubert-Bornschein (tableau 1-6
Tableau 1-6
Principaux gènes codant pour des protéines importantes pour la transmission du signal visuel des photorécepteurs vers les cellules bipolaires et impliqués dans les pathologies rétiniennes humaines.
Gène Protéine Maladie associée (référence OMIM de phénotype) Référence OMIM du gène
Terminale présynaptique de photorécepteur
CACNA1F Calcium channel, voltage-dependent, alpha-1 subunit CNCS XL, incomplète (300071)
CORD XL (300476)
Maladie des îles Aland (300600)
300110
CABP4 Calcium-binding protein 4 Désordre synaptique cône-bâtonnet AR (610427) 608965
CACNA2D4 Calcium channel, voltage-dependent, alpha-2/delta subunit 4 COD AR (610478)
Dysfonction rétinienne AR [55, 56]
608171
RIMS2 Protein regulating synaptic membrane exocytosis 2 Désordre synaptique cône-bâtonnet (618970) 606630
Membrane post-synaptique de cellule bipolaire ON
GRM6 Glutamate receptor, metabotropic, 6 CNCS AR, complète (257270) 604096
GPR179 G protein-coupled receptor 179 CNCS AR, complète (614565) 614515
LRIT3 Leucine-rich repeat, immunoglobulin-like, and transmembrane domains-containing protein 3 CNCS AR, complète (615058) 615004
TRPM1 Transient receptor potential cation channel, subfamily m CNCS AR, complète (613216) 603576
NYX Nyctalopin CNCS XL, complète (310500) 300278
GNB3 Guanine nucleotide-binding protein, beta-3 Défaut de signalisation rétinienne AR (617024) 139130
GNB5 Guanine nucleotide-binding protein, beta-5 Trouble de neurodéveloppement avec une arythmie cardiaque et défaut de transmission rétinienne AR (617173) [36] 604447

AR : autosomique récessif ; CNCS : cécité nocturne congénitale stationnaire (ou héméralopie essentielle) ; COD : cone dystrophy (dystrophie des cônes) ; CORD : cone-rod dystrophy (dystrophie cône-bâtonnet) ; XL : lié à l'X.


)
La régulation de la libération de glutamate dans la fente synaptique constitue un élément central de la transmission du signal visuel entre PR et cellules bipolaires, faisant intervenir de nombreux effecteurs protéiques de part et d'autre de la synapse. Plusieurs de ces effecteurs, quand ils sont porteurs de variants pathogènes, peuvent être associés à une dysfonction visuelle génétique. L'exemple principal est représenté par l'héméralopie essentielle ou cécité nocturne congénitale stationnaire (CNCS) de type Schubert-Bornschein (voir chapitre 9 ), qui peut être subdivisée en deux groupes phénotypiques, les formes complète et incomplète [53]. La distinction entre ces deux entités présente une corrélation phénotype/génotype très intéressante, documentée par l'ERG, qui a été instrumentale pour l'identification des acteurs de la transduction du signal visuel des PR vers les cellules bipolaires ON et OFF [54]. En bref, les deux formes se distinguent d'abord par leur réponse à l'ERG dans des conditions d'adaptation à l'obscurité ( dark adapted [DA]) de faible luminosité (DA 0,01) : la forme complète ne présente aucune réponse discernable, tandis que la forme incomplète présente une ébauche d'onde b, même si elle est diminuée en amplitude et d'apparition tardive. La réponse à un flash de forte intensité dans les mêmes conditions d'adaptation (DA 3 et DA 10) retrouve une onde a normale, mais une onde b très diminuée, donnant un aspect électronégatif à la réponse, typique d'un défaut de transmission entre les PR et les bipolaires ON des bâtonnets, principalement. Les réponses en adaptation à la lumière présentent des altérations qui sont distinctes entre les deux formes et l'utilisation de flashs de longue durée pour séparer les voies ON des voies OFF permet de mettre en évidence une atteinte sélective des voies ON dans la forme complète, et une atteinte à la fois des voies ON et OFF dans la forme incomplète. À notre connaissance, aucune atteinte sélective des voies OFF n'a été mise en évidence. Ainsi, la CNCS complète présente une atteinte des bipolaires ON des bâtonnets et des cônes, tandis que la CNCS incomplète se caractérise par une atteinte à la fois des bipolaires ON des bâtonnets et des bipolaires ON et OFF des cônes.
Les altérations moléculaires associés à ces différentes formes phénotypiques sont tout à fait cohérentes :
  • CNCS incomplète : altérations de protéines associées à la libération de glutamate après la cascade de phototransduction des cônes et des bâtonnets. Quatre gènes, CACNA1F , CABP4 , CACNA2D4 , RIMS2 , codant pour des protéines localisées au niveau du bouton synaptique les PR ( fig. 1-13
    Fig. 1-13
    Schéma de la synapse photorécepteur – cellule bipolaire ON.
    Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [54].
    ) importantes pour la libération du glutamate après la cascade de phototransduction des bâtonnets et des cônes, ont été associés à la CNCS incomplète. Dans ce cas, l'altération de la libération de glutamate aura un impact à la fois sur le signal transmis aux cellules bipolaires ON et OFF [54] ;
  • CNCS complète : altération des protéines importantes pour la cascade métabotropique des cellules bipolaires ON des bâtonnets et des cônes allant du récepteur au glutamate GRM6 à une série de protéines importantes pour la stabilisation des acteurs de la cascade à la membrane des bipolaires ON (GPR179, NYX, LRIT3), jusqu'au canal TRPM1 (voir fig. 1-13
    Fig. 1-13
    Schéma de la synapse photorécepteur – cellule bipolaire ON.
    Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [54].
    ). On conçoit donc comment des variants pathogènes sur ces protéines ne vont impacter que la fonction des cellules bipolaires ON [54].
Cellules ganglionnaires rétiniennes (CGR)
Anatomie et physiologie
Les cellules ganglionnaires rétiniennes (CGR) sont des neurones qui collectent l'information visuelle pour la transmettre au système nerveux central. Leurs noyaux sont localisés dans la couche nucléaire la plus interne de la rétine. Elles forment des synapses avec les cellules bipolaires et amacrines dans la couche plexiforme interne par l'intermédiaire de leur dendrite. Les axones des CGR ou fibres nerveuses rétiniennes (RNFL) convergent vers la papille pour former le nerf optique.
Les CGR forment une classe très hétérogène. Les dernières recherches ont permis de démontrer qu'elles pouvaient se diviser en de nombreux types différents. Originellement, cette division s'est faite sur la base de critères anatomiques, ou physiologiques chez d'autres espèces. Ces études avaient amené à penser que le nombre de types différents était d'environ 20 chez le primate (macaque, humain). De nouvelles techniques fondées sur la microscopie électronique ont permis de reconstruire la morphologie précise de l'intégralité des cellules présentes dans un tissu rétinien [57].
En parallèle, les progrès du séquençage de l'ARN en cellule unique ( single cell RNAseq ) ont permis d'établir le profil transcriptomique de centaines de milliers de cellules. Il en résulte que les cellules ganglionnaires peuvent se diviser en presque 20 types différents (18 selon [58]). Les cellules dites « midgets » (naines) et « parasols » , qui forment la base des voies parvocellulaires et magnocellulaires respectivement, représentent la plus grosse proportion de cellules ganglionnaires, en particulier dans la fovéa. Cependant, il existe de nombreux autres types dont les fonctions restent encore mal connues.
Cette diversité se retrouve au travers des espèces. On a répertorié plus de 40 types de CGR chez la souris. Le consensus actuel est que chacun de ces types extrait une information particulière de la scène visuelle et l'envoie au cerveau, en projetant parfois dans des aires cérébrales différentes [59] (tableau 1-7
Tableau 1-7
Principaux types connus de cellules ganglionnaires chez le primate.
NomTaille du champ récepteurPrésence dans la fovéaFonction
Midget (ON et OFF) 2 à 20 arc min
(selon l'excentricité)
Oui (type majoritaire)Précis spatialement mais relativement lent temporellement (voie parvocellulaire)
Parasol (ON et OFF)20 à 400 arc min (selon l'excentricité) En minoritéSensibles aux changements rapides mais pas aux détails fins de l'image (voie magnocellulaire)
Petites et bistratifiées20 à 400 arc min (similaire aux parasols à excentricité égale) En minoritéEncode l'information de couleur (bleu versus jaune)
Cellules à mélanopsine400 à 1000 arc min NonEncode la luminance absolue, impliquée dans le rythme circadien
Cellules sélectives à la direction400 arc min NonEncode la direction du mouvement, probablement impliquée dans le nystagmus
).
Mécanismes de base : sélectivité ON et OFF, pourtour suppresseur
Les CGR peuvent grossièrement se diviser entre ON et OFF, répondant respectivement aux incréments et décréments de luminance. Elles héritent ces propriétés des bipolaires ON et OFF auxquelles elles sont connectées. En pratique, certaines CGR (comme les bistratifiées) reçoivent à la fois les signaux de bipolaires ON et OFF, et sont appelés « ON-OFF ». Les cellules horizontales et amacrines vont également influencer la réponse des CGR, en inhibant latéralement les bipolaires et/ou les ganglionnaires. Cette inhibition latérale permet d'avoir un pourtour suppresseur qui va supprimer la réponse aux stimuli plus grands et d'avoir des réponses seulement pour une taille de stimulus optimale.
Voie parvocellulaire et magnocellulaire
Les CGR midgets Cellule(s) ganglionnaires rétiniennes midgets plus fréquentes. Elles sont sensibles à des détails précis de l'image (sensibilité aux hautes fréquences spatiales), mais répondent surtout aux changements lents (basses fréquences temporelles). Cette sensibilité aux détails est permise par leur arbre dendritique, qui est plus petit que la plupart des autres types. Ces CGR reçoivent donc le signal d'un nombre restreint de PR, via les cellules bipolaires.
Il existe deux types de cellules midget , les ON, qui sont sensibles à un incrément de luminance, et les OFF, qui répondent à un décrément. Au niveau de la fovéa, chaque midget n'est connectée directement qu'à une seule cellule bipolaire, qui n'est elle-même connectée qu'à un seul photorécepteur. Chaque photorécepteur est donc connecté à une bipolaire ON et une bipolaire OFF, lesquelles sont elles-mêmes connectées à une midget ON et une midget OFF , respectivement. En allant vers la périphérie, le nombre de PR intégrés par les cellules midget augmente. En conséquence, la taille du champ récepteur augmente. La taille du champ récepteur des midgets impose une limite à la résolution spatiale de l'œil humain : si l'on mesure l'acuité visuelle à différentes excentricités, elle correspond à la taille du champ récepteur des midgets en fonction de l'excentricité [60].
Les cellules midget forment la base de la voie parvocellulaire au sein du système visuel bas niveau, codent les détails fins et certains aspects de la chromaticité des images. Leurs axones se terminent dans quatre couches spécifiques du corps géniculé latéral (CGL). Elles sont censées être à la base de la vision des couleurs. Selon certains travaux, elles peuvent être sensibles au vert dans le centre de leur champ récepteur, mais pas dans le pourtour, et peuvent ainsi soustraire les signaux rouge et vert pour coder la chromaticité. Les études les plus récentes confirment, mais nuancent ce constat. Dans la fovéa, chaque cellule midget ne reçoit directement le signal que d'un seul photorécepteur. L'information de couleur est donc préservée naturellement, alors que, dans la périphérie, chaque cellule midget va recevoir le signal de plusieurs PR, et donc potentiellement mélanger les PR sensibles au rouge et au vert.
Les cellules parasols Cellule(s) ganglionnaires rétiniennes parasols ase de la voie magnocellulaire. Elles se divisent également en deux types, ON et OFF. Elles sont sensibles aux changements rapides, peuvent servir de détecteur de mouvement [61], mais ne sont pas sensibles aux détails fins de l'image (basse fréquence spatiale, mais hautes fréquences temporelles), soit l'inverse des midgets . Certains travaux suggèrent qu'ensemble les cellules parasols et midgets assurent une « couverture optimale » de tous les stimuli visuels que l'œil humain peut rencontrer dans son environnement naturel. Les cellules parasols projettent dans deux couches du CGL, distinctes de celles où projettent les midgets .
Il existe d'autres types de cellules que les parasols et midgets , dont les fonctions restent à explorer. Parmi elles, on peut citer les cellules « petites et bistratifiées » qui forment 1 % des cellules ganglionnaires (6 % en périphérie [62]). Elles ont la particularité de répondre à un incrément de luminance bleu, mais à un décrément de luminance vert ou rouge, ce qui leur permet d'extraire une information de couleur. Elles font partie des cellules qui projettent dans les cellules de la voie koniocellulaire du CGL.
Cellules à mélanopsine
Certains types de cellules ganglionnaires ont une sensibilité intrinsèque à la lumière, due à l'expression de mélanopsine, une opsine dont le pic de sensibilité est dans le bleu. Les réponses à la lumière dues à la présence de mélanopsine sont beaucoup plus lentes que celles dues aux PR. Initialement, il a été considéré que le rôle principal de ces cellules est de contribuer à régler le rythme circadien. Cependant, des recherches plus récentes suggèrent que le rôle ne s'arrête pas là, et qu'elles modulent également d'autres aspects du comportement : régulation de la taille de la pupille, adaptation à la lumière, etc. Ces cellules sont absentes de la fovéa [63], ce qui peut expliquer qu'elles soient préservées dans certaines pathologies qui affectent la fovéa et le faisceau inter-papillo-maculaire (FPM). Elles projettent non seulement dans des aires cérébrales liées au rythme circadien, mais aussi dans les aires liées au traitement de l'information visuelle [64]. Elles sont donc également impliquées dans le traitement de l'information visuelle.
Cellules sélectives à la direction
Dans plusieurs espèces (lapin, souris, mais aussi primate), on trouve des CGR sélectives à la direction du mouvement : elles répondent lorsqu'un objet bouge dans une direction, mais pas lorsqu'il bouge dans la direction opposée. De nombreux travaux ont permis d'élucider le mécanisme de cette sélectivité à la direction. Ces cellules reçoivent une inhibition d'une cellule amacrine dite « starburst » uniquement pour les directions non préférées. Cette inhibition uniquement pour certaines directions du mouvement est due à une connectivité spécifique entre les amacrines starburst et les cellules ganglionnaires spécifiques à la direction, et au fait que les dendrites des cellules starburst sont elles-mêmes sélectives à la direction. Certaines de ces cellules projettent dans le système accessoire optique et sont impliquées dans le réflexe optocinétique.
Lien avec la pathologie
Particularités du transport axonal au niveau des CGR
L'axone assure le transport de l'information visuelle traitée par la CGR vers sa cible post-synaptique. La vitesse de transmission du potentiel d'action (PA) dépend du diamètre de l'axone et de la présence de la gaine de myéline. Ainsi, la conduction est plus rapide au niveau des axones les plus gros ; de plus, l'absence de myélinisation de la portion intraoculaire des axones demande davantage d'énergie et ne permet pas une conduction saltatoire plus rapide. L'énergie est fournie par les mitochondries dont la distribution axonale est inégale (fig. 1-14
Fig. 1-14
Hétérogénéité de la répartition des mitochondries et de la myéline au sein des cellules ganglionnaires.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [161].
). Elles se regroupent préférentiellement dans les secteurs rétiniens et prélaminaires non myélinisés, sont plus nombreuses dans les axones de gros diamètre, et leur nombre diminue brusquement vers l'arrière, jusqu'à la lame criblée, où commence la myélinisation [65].
Cette particularité, avec cette dualité anatomo-métabolique, explique pourquoi les CGR et leurs axones formant le nerf optique sont plus sensibles à l'épuisement énergétique et à l'accumulation de radicaux libres, deux phénomènes qui se produisent dans les pathologies mitochondriales comme les neuropathies optiques héréditaires (NOH).
Fovéa et faisceau inter-papillo-maculaire (FPM)
Les cellules ganglionnaires de la fovéa Fovéa forment un ensemble différent de celles de la périphérie ; l'épaisseur de la couche des CGR et de la RNFL augmente fortement en se rapprochant de la fovéa, où la densité de CGR est la plus élevée de toute la rétine. La proportion de cellules midgets augmente ainsi de manière importante au niveau de la fovéa, où elles sont 20 fois plus abondantes que les CGR parasols ; la densité des CGR diminue ensuite rapidement du périmètre fovéal jusqu'à la périphérie de la rétine de plus de 1000 fois. Les 350 μm centraux de la fovéa (fovéola) sont toutefois dépourvus de couche de cellules ganglionnaires et de RNFL. Cette disposition maximise l'absorption des photons par les PR en réduisant la diffusion de la lumière par les couches internes de la rétine. Les axones des CGR de la région maculaire responsables de la vision centrale contournent ainsi la fovéa et rejoignent les axones des cellules situées en nasal de la macula pour former le FPM, rectiligne, dense, et qui aborde le bord temporal de la papille optique (fig. 1-15
Fig. 1-15
Représentation schématique du trajet des axones des cellules ganglionnaires rétiniennes (CGR) dans la couche des fibres nerveuses de la rétine et de leur projection papillaire.
Dans le faisceau inter-papillo-maculaire, la densité d'axones est plus importante que dans la rétine périphérique, entraînant une plus grande densité de fibres de CGR dans la partie temporale de la papille qu'en nasal. NO : nerf optique.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [66].
). La forte densité axonale dans la région limite la vascularisation, ce qui affecte l'apport d'oxygène et de nutriments dans cette zone.
Les cellules midgets de la fovéa répondent à des stimuli plus lents que les mêmes midgets en périphérie [58]. Cela est dû au fait que les PR de la fovéa sont eux-mêmes plus lents qu'en périphérie [58]. Ce changement de sélectivité se fait de manière continue avec l'excentricité.
Les cellules midgets , dont les axones sont très majoritaires au niveau du FPM, sont de petit calibre tant au niveau de leur corps cellulaire que de leur axone, et leur petite taille les rend plus vulnérables au dysfonctionnement mitochondrial qui conduit très fréquemment à la neurodégénérescence ciblée des CGR [66].
Neuropathies optiques héréditaires (NOH) et vulnérabilité des CGR
La plupart des défauts génétiques responsables de NOH sont situés dans les gènes de l'ADN nucléaire et de l'ADN mitochondrial (ADNmt) codant pour des protéines essentielles à la fonction mitochondriale. Ainsi, les NOH sont en règle bilatérales, avec une prédilection pour une atteinte démarrant dans et touchant de manière plus sévère le FPM constitué d'axones de petit calibre issus des cellules midgets [67]. La dégénérescence du FPM se traduit par une diminution de la vision centrale, avec un scotome cæcocentral, une baisse de l'acuité visuelle, une réduction de la sensibilité aux couleurs et une pâleur papillaire plus marquée en temporal, en lien avec une atrophie des cellules ganglionnaires prédominant en temporal et plus marquée au sein du FPM.
Cellules amacrines et horizontales
Les cellules amacrines sont un type de neurones situés principalement dans les couches intermédiaires de la rétine, bien que certaines, appelées amacrines « déplacées », se trouvent dans la même couche que les cellules ganglionnaires. La majorité de ces cellules exercent une action inhibitrice sur le circuit rétinien. Les cellules amacrines sont activées principalement par les cellules bipolaires, par le biais de synapses chimiques excitatrices utilisant le glutamate. Elles peuvent également être influencées par d'autres cellules amacrines, en particulier via des synapses électriques ( gap junctions ). En retour, elles interviennent pour moduler l'activité des cellules bipolaires, d'autres amacrines, et des cellules ganglionnaires. Leur position intermédiaire au sein du circuit rend toutefois complexe l'étude de leur rôle fonctionnel (fig. 1-16
Fig. 1-16
Représentations schématiques du circuit rétinien chez les vertébrés.
a. L'inhibition feed-forward se produit lorsqu'une cellule amacrine (CA) activée par une cellule bipolaire (CB) inhibe une cellule ganglionnaire (CG). Les cellules horizontales peuvent également former des synapses inhibitrices en feed-forward avec les CB (non représenté). b. L'inhibition crossover implique une CA (ici la CA de type AII en tant qu'exemple) activée par des CB. Ce processus permet une interaction entre les voies des bâtonnets et des cônes (ON et OFF), conduisant à l'inhibition des CG OFF et à l'activation des CG ON (les photorécepteurs et les cellules horizontales sont omis pour plus de clarté). c. L'inhibition latérale se produit lorsque des CA situées loin de la CG sont activées par le circuit rétinien qui les surplombe et qui répond à un stimulus visuel étendu. d. La synchronisation se produit au sein d'une population de CG connectées à la même CA via des jonctions gap . e. Représentation schématique des mécanismes régissant l'organisation des circuits sélectifs à la direction dans la rétine. e1. Schéma montrant la connexion inhibitrice entre les CA en étoile (starburst) et les CG sélectives à la direction (CGSD). Les CGSD génèrent généralement plus de potentiels d'action en réponse à un mouvement dans leur direction préférée (représentée par la flèche orange dans la CG). Cependant, un mouvement dans la direction opposée (flèche grise) inhibe les CGSD via les starbursts, qui reçoivent des entrées glutamatergiques excitatrices des CB et envoient des entrées inhibitrices GABAergiques aux CGSD. e2. Une starburst injectée de luciférine dans la rétine centrale révèle un soma rond et des ramifications dendritiques organisées de manière symétrique. Les dendrites distales présentent de nombreuses petites excroissances, rarement observées sur les dendrites proximales. e3. Une vue de dessus d'une starburst illustre son inhibition asymétrique de quatre différentes CGSD. Chaque quadrant de la starburst forme préférentiellement des synapses GABAergiques avec la CGSD dont la direction préférée est opposée à la direction activant ce quadrant particulier de la starburst.
Source : dessin de Cyrille Martinet, d'après [162, 163].
).
Initialement, on pensait que les cellules amacrines jouaient surtout un rôle dans l'inhibition latérale, permettant ainsi aux cellules ganglionnaires de répondre sélectivement à des stimuli de tailles spécifiques. Cependant, des recherches révèlent une grande diversité aussi bien anatomique [57 , 68], physiologique que fonctionnelle des cellules amacrines. En effet, de nombreux sous-types possèdent des fonctions distinctes, enrichissant leur rôle dans le circuit rétinien [69-70-71].
Diversité des cellules amacrines
Les études anatomiques et transcriptomiques convergent pour démontrer l'existence d'un grand nombre de types d'amacrines différents. Chez la souris, plus de 60 types différents ont été identifiés par analyse transcriptomique [ 57 , 72-73-74]. Chez le primate, on en distingue au moins 27 types, dont 5 sont présents uniquement en périphérie, mais absents de la fovéa. Le profil transcriptomique de ces types semble relativement conservé chez les mammifères [73].
Les types de cellules amacrines se différencient par leur profil de neurotransmetteurs. La majorité d'entre elles expriment des neurotransmetteurs inhibiteurs comme le GABA ( gamma-aminobutyric acid ) [75-76-77] et la glycine. Cependant, certains types expriment également un neurotransmetteur excitateur, tel que le glutamate, un neurotransmetteur excitateur (type VGlut3 ACs [78]) ou l'acétylcholine ( starburst ACs [79]). De plus, elles peuvent libérer des neuropeptides, tels que la dopamine, l'oxyde nitrique et des endocannabinoïdes [80-81-82].
Chaque type de cellules amacrines diffère également d'un point de vue anatomique [57 , 68 , 83-84-85]. Leur arbre dendritique varie en taille : on distingue les cellules avec un vaste arbre dendritique (appelées « wide-field amacrine cells » ), qui sont toutes GABAergiques et émettent souvent des potentiels d'action, et celles avec un arbre dendritique plus restreint ( « narrow field » ), qui peuvent être GABAergiques ou glycinergiques. Selon le type de cellule amacrine, ces arbres dendritiques se stratifient dans différentes couches de la couche plexiforme interne de la rétine [86-87-88].
Réponses à la lumière
Selon leur type, les cellules amacrines peuvent réagir soit à une augmentation de la luminance (on les appelle cellules amacrines ON ), soit à une diminution (cellules OFF ). Cependant, leur sélectivité à la lumière peut être bien plus complexe. Dans la plupart des neurones, les dendrites intègrent les signaux synaptiques, qui convergent vers le soma, où un potentiel d'action est généré et transmis le long de l'axone [89 , 90]. Les cellules amacrines, cependant, ne respectent pas toujours ce mode d'action [83 , 91 , 92]. Beaucoup de types de cellules amacrines ne possèdent pas d'axone (c'est d'ailleurs l'étymologie du mot « amacrine »).
Ensuite, il a été démontré que certains types de cellules amacrines possèdent des compartiments dendritiques dont chacun présente une sélectivité au stimulus qui lui est propre. Le cas le plus connu est celui des cellules starburst Cellule(s) amacrines starburst s cellules en étoile, chaque dendrite répond sélectivement à un mouvement dans la direction « centrifuge », c'est-à-dire du soma vers l'extrémité de la dendrite [92]. Cependant, les starburst ne sont pas les seules cellules amacrines avec une sélectivité spécifique selon les régions de leur arbre dendritique. Par exemple, les cellules amacrines de type A17 possèdent des centaines de compartiments autonomes, qui inhibent de manière indépendante les terminaisons de certaines cellules bipolaires [91].
Impact sur les cellules ganglionnaires
Les cellules amacrines influencent la réponse des cellules ganglionnaires de plusieurs manières grâce à divers motifs de connectivité [70].
L'inhibition feed-forward est un motif où une cellule bipolaire excite à la fois une cellule ganglionnaire et une cellule amacrine, cette dernière inhibant ensuite la ganglionnaire avec un léger délai. Ce processus aide à stabiliser la réponse de la cellule ganglionnaire à des changements tels que le contraste, permettant une adaptation visuelle rapide [71].
L'inhibition crossover intervient lorsqu'une cellule ganglionnaire est excitée par une cellule bipolaire OFF et inhibée par une cellule amacrine activée elle-même par une bipolaire ON. Le motif inverse existe également. Ce motif permet aux cellules ganglionnaires de réagir positivement à un stimulus et négativement à son opposé, linéarisant ainsi leur réponse à la luminance [78 , 93].
L'inhibition latérale, quant à elle, se produit lorsqu'une cellule ganglionnaire est excitée par une cellule bipolaire proche, mais inhibée par une grande cellule amacrine qui est activée par ce même type de cellules bipolaires, mais situées plus loin [ 94 , 95]. En conséquence, le même stimulus qui activerait la ganglionnaire lorsqu'il est présenté à proximité de celle-ci va l'inhiber lorsqu'il est présenté plus loin. Cette inhibition latérale confère aux cellules ganglionnaires une sélectivité à la taille du stimulus, qui varie selon les types de cellules ganglionnaires [96 , 97].
Un autre motif de connectivité implique les jonctions gap : une cellule amacrine peut se connecter à plusieurs cellules ganglionnaires du même type, et peut donc contribuer à les synchroniser [98 , 99].
Ces motifs peuvent se combiner dans un même type de cellule amacrine. Par exemple, les amacrines AII sont excitées par les cellules bipolaires à bâtonnets, connectées aux cellules bipolaires ON par des jonctions gap , et établissent des synapses inhibitrices avec les cellules bipolaires OFF et certaines ganglionnaires OFF [100-101-102-103]. Cette configuration leur permet d'activer les voies ON et d'inhiber les voies OFF en vision de nuit (scotopique). Ces mêmes cellules utilisent cette connectivité pour d'autres buts en vision de jour [ 101].
D'autres types de sélectivité apparaissent également pour des stimuli plus complexes. Chez les cellules amacrines starburst , chaque dendrite est connectée aux cellules ganglionnaires sensibles à la direction opposée à la leur, ce qui leur permet d'inhiber la réponse de ces cellules à la direction non préférée et leur confère leur sélectivité à la direction [92 , 104 , 105].
Ces motifs révèlent une partie de la fonction des cellules amacrines dans la rétine. Cependant, pour la majorité des types de cellules amacrines, leur rôle fonctionnel et leur intégration dans le circuit rétinien restent encore largement méconnus. Ces fonctions sont sans doute majeures, comme l'illustre la démonstration par le groupe de Botond Roska du rôle des cellules amacrines starbust exprimant spécifiquement le gène FRMD7 dans l'inhibition asymétrique des cellules ganglionnaires répondant sélectivement à la direction. Un variant pathogène sur le gène FRMD7 conduit à la perte du réflexe optocinétique [106].
Neuromodulation
Certains types de cellules amacrines, lorsqu'ils sont activés, libèrent des peptides capables de moduler l'état de la rétine, voire au-delà. Par exemple, les cellules amacrines dopaminergiques régulent la concentration de dopamine dans la rétine, ce qui peut modifier la force des jonctions gap dans le circuit rétinien [107]. De manière similaire, certaines cellules amacrines libèrent de l'oxyde nitrique, qui exerce également une action neuromodulatrice [82].
Des études suggèrent que la dopamine pourrait jouer un rôle dans le ralentissement de la croissance oculaire, ce qui en ferait un facteur potentiel de réduction des fortes myopies. Ce lien reste encore à confirmer. Une hypothèse comparable existe pour le peptide vaso-intestinal (VIP), libéré par quelques types spécifiques de cellules amacrines [108-109-110].
Ainsi, le rôle des cellules amacrines dans le circuit rétinien demeure encore largement inexploré. Si nous comprenons assez bien la fonction de certains types, comme les cellules starburst ou AII, le rôle précis de la majorité des autres (parmi plus de 60 types identifiés) reste encore à élucider. L'apparition de nouveaux outils génétiques, anatomiques et physiologiques devrait permettre des avancées significatives dans les années à venir.
Les cellules amacrines, relativement épargnées par les dystrophies rétiniennes, pourraient devenir des cibles privilégiées pour des interventions de restauration visuelle [111-112-113]. Par ailleurs, leur implication dans les pathologies visuelles reste mal comprise. Certains types pourraient participer à la régulation de la croissance de l'œil. Les cellules starburst étant essentielles pour la sélectivité à la direction des cellules ganglionnaires, il est probable que leur détérioration pourrait contribuer à des troubles du réflexe optocinétique (nystagmus). Toutefois, ce lien reste à établir. Les progrès futurs dans la compréhension des rôles fonctionnels des divers types de cellules amacrines pourraient apporter des réponses sur ce sujet.
Cellules gliales de Müller
Physiologie
Les cellules gliales de Müller (CGM) sont les cellules macrogliales majoritaires de la rétine, où elles peuvent représenter jusqu'à 90 % des cellules gliales, soit 8 à 10 millions de CGM par rétine chez l'homme [114 , 115]. Il s'agit de cellules radiales qui traversent la rétine de part en part, depuis les CGR jusqu'aux segments internes des PR, ce qui leur confère une forme de colonne au sein de l'édifice rétinien, leur permettant de jouer un rôle structural dans l'architecture de la rétine. Les CGM sont ainsi en contact direct avec tous les autres types cellulaires et les différents plexus vasculaires de la rétine. Les extensions des CGM enveloppent les capillaires des plexus vasculaires internes de la rétine, leur conférant un rôle majeur dans la formation de la barrière hématorétinienne (BHR) [116 , 117]. Cette proximité avec les vaisseaux sanguins leur permet également de participer à la modulation du débit sanguin grâce à la sécrétion de gliotransmetteurs vasoactifs dérivés de l'acide arachidonique [118].
Les CGM sont aussi des acteurs de premier plan dans la physiologie rétinienne. Elles sont notamment impliquées dans la couverture des besoins énergétiques des neurones [119-120-121-122-123], dans la régulation de la neurotransmission (concept de la synapse tripartite) [122 , 124], ainsi que dans le maintien de l'équilibre osmotique de la rétine [114 , 125]. De plus, il a été décrit que l'activité neuronale peut entraîner l'apparition de vagues calciques capables de se propager aux cellules gliales adjacentes et de moduler l'activité neuronale, notamment des CGR, établissant de la sorte une autre forme de communication bidirectionnelle glie-neurones [126-127-128-129-130-131]. Enfin, certaines études suggèrent qu'elles pourraient jouer un rôle dans le guidage de la lumière jusqu'aux PR [ 132 , 133].
Physiopathologie
En contexte pathologique, les CGM peuvent s'activer à travers un phénomène dit de gliose réactive, notamment caractérisée par la surexpression de la GFAP [134]. L'activation des CGM a pu être montrée chez l'homme dans de nombreuses atteintes pathologiques de la rétine comme la DMLA, les rétinopathies diabétique (RD), du prématuré (ROP), hypertensives, mais aussi la vitrorétinopathie proliférative et le décollement de rétine traumatique [114 , 135]. Des études suggèrent une réduction significative du nombre de CGM au cours du temps dans les phases tardives de la RD qui participerait à l'affaiblissement de la BHR ainsi qu'à l'apparition d'anévrismes [136]. Un nombre croissant d'études suggèrent par ailleurs l'implication des CGM dans les dysfonctionnements rétiniens de maladies génétiques telles que les rétinites pigmentaires [137 , 138], le syndrome d'Usher [139], ou des variants impactant les gènes du cytosquelette comme la dystrophine 71 [140-141-142-143].
Les CGM en état de gliose réactive sont caractérisées par de nombreuses altérations transcriptomiques et fonctionnelles, qui se traduisent principalement par la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires et de facteurs de croissance, notamment pro-angiogéniques, ainsi que des perturbations de l'homéostasie osmotique [ 116 , 136 , 144]. L'activation précoce des CMG est réversible si un retour à l'équilibre homéostatique spontané ou thérapeutique est obtenu. Cette activation est généralement bénéfique sur la survie neuronale et donc la fonction visuelle. Lorsque la perte d'homéostasie n'est pas résolue, l'activation gliale peut alors conduire à une fibrose qui représente un risque majeur pour la rétine [114 , 134 , 145-146-147-148-149]. Une fenêtre thérapeutique optimale reste donc ouverte avant l'apparition d'une fibrose, où le retour à un état basal des CGM permettra un succès thérapeutique [134].
Perspectives
Depuis plus d'une décennie, des études innovantes sont menées sur la dédifférenciation des CGM en cellules souches pluripotentes. Ces cellules peuvent alors être utilisée pour produire de grandes quantités de cellules gliales humaines utilisables à des fins de recherche fondamentale ou clinique [150], ou être reprogrammées en cellules neurales (capacité intrinsèque chez certaines espèces telles que le poisson-zèbre [ zebrafish ] ou les Xénopes), ce qui pourrait représenter une nouvelle stratégie thérapeutique afin de compenser la perte des PR observée dans les rétinopathies telles que la rétinite pigmentaire par exemple [151-152-153-154-155].
Conclusion
Au travers de ce chapitre, nous avons discuté comment la rétine constitue une interface tissulaire hautement spécialisée entre l'environnement lumineux et l'interprétation du stimulus visuel au niveau cérébral. Les photorécepteurs en assurent la première étape, à travers la cascade de phototransduction, convertissant l'énergie photonique en signaux chimiques. L'intégration du signal visuel implique ensuite l'intégration au sein d'un réseau complexe d'interneurones, cellules bipolaires, horizontales et amacrines, qui modulent, affinent et transmettent l'information visuelle. Les cellules ganglionnaires, en tant que premiers neurones capables de générer des potentiels d'action, relaient ces signaux vers le cerveau via le nerf optique, où ils sont décodés et intégrés en une perception visuelle cohérente. À côté de ces acteurs neuronaux, les cellules gliales de Müller et l'épithélium pigmentaire rétinien jouent un rôle crucial de soutien, de recyclage et d'homéostasie, garantissant la survie et la performance du tissu visuel.
Les avancées récentes dans la compréhension des interactions cellulaires et moléculaires de la physiologie rétinienne ainsi que l'identification, parmi celles-ci, des gènes dérégulés conduisant aux dystrophies rétiniennes et neuropathies optiques génétiques permettent aujourd'hui de mieux relier structure et fonction. Elles ouvrent également la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques, qu'il s'agisse de thérapies géniques, de neuroprotection, d'approches optogénétiques ou de restauration cellulaire, discutées dans la suite de ce rapport.
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