Le syndrome d'Usher représente un groupe de maladies rares d'origine génétique caractérisées par la combinaison d'une surdité de perception et d'une rétinopathie pigmentaire souvent accompagnées de troubles de l'équilibre. C'est la cause la plus fréquente de surdicécité génétique chez l'homme (50 % des cas). Historiquement, le syndrome a été décrit pour la première fois en 1858 par le médecin allemand Albrecht von Graefe, mais il a été nommé en l'honneur de l'Écossais Charles Usher, qui a mis en lumière la nature génétique de ce syndrome en 1914 [1]. Le syndrome d'Usher se divise en plusieurs types cliniques, types I, II et III, qui se distinguent par la sévérité de l'atteinte auditive, l'âge d'apparition des troubles visuels et la présence éventuelle d'une dysfonction vestibulaire (tableau 19-1
Tableau 19-1
Caractéristiques cliniques selon le type de syndrome d'Usher : USH1, USH2 et USH3.
Type
Déficience auditive
Déficits vestibulaires
Rétinopathie pigmentaire (RP)
USH1
Congénitale profonde bilatérale
Aréflexie vestibulaire bilatérale, sévère
RP avant la puberté
USH2
Congénitale moyenne à profonde bilatérale
Absents
RP après la puberté
USH3
Post-linguale, modérée et progressive bilatérale
Variable
Variable
).
Les caractéristiques ophtalmologiques du syndrome d'Usher, qu'il soit de type 1, 2 ou 3, sont dominées par la rétinopathie pigmentaire (RP), avec des différences dans l'âge d'apparition et la progression de la dégénérescence des cellules photoréceptrices. Le bilan et le suivi sont ceux qui sont classiques pour toute rétinopathie pigmentaire (voir chapitre 9).
Statistiques et prévalence
Le syndrome d'Usher comporte trois types cliniques marqués par une hétérogénéité génétique (fig. 19-1
Fig. 19-1Représentation schématique des gènes impliqués dans les divers types cliniques de syndrome d'Usher.Aujourd'hui, neuf gènes ont été identifiés comme impliqués dans le syndrome d'Usher, codant pour des protéines aux fonctions diverses mais liées par un effet conjoint au niveau des cellules de l'oreille interne et des cellules photoréceptrices en cas d'anomalie. Il y a cinq protéines USH1 : la myosine VIIa (USH1B), un moteur moléculaire, l'harmonine (USH1C) et Sans (USH1G), deux protéines organisatrices de complexes moléculaires sous-membranaires et qui peuvent se lier au cytosquelette, et la cadhérine 23 (USH1D) et la protocadhérine 15 (USH1F), deux protéines transmembranaires de la famille des cadhérines. Il y a trois protéines pour USH2 : l'usherine (USH2A), la plus commune, ADGVR1 (USH2C), deux protéines transmembranaires, et la whirline (protéine à domaines PDZ, USH2D). Pour USH3, une protéine USH3, la clarine 1, a été identifiée. C'est une protéine membranaire de type tetraspanine.
Source : dessin de Cyrille Martinet (d'après Delmaghani et al. [2]).
), en raison de l'existence de plusieurs gènes connus, même au sein d'un même type clinique [2]. Selon le gène affecté et ses variations pathogènes, la sévérité et l'évolution des symptômes peuvent varier (tableau 19-1,
Tableau 19-1
Caractéristiques cliniques selon le type de syndrome d'Usher : USH1, USH2 et USH3.
Gènes impliqués dans les types de syndrome d'Usher.*
Type
Gène (chromosome)
Information sur la protéine
Autre(s) pathologie(s) associée(s) au gène**
USH1
MYO7A : 11q13.5
NM_000260.3
Myosine VIIa : moteur moléculaire
Surdité isolée : DFNB2, DFNA11
USH1C : 11p15.1
NM_153676.3
Harmonine : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB18
CDH23 : 10q22.1
NM_022124.5
Cadhérine 23 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB12
PCDH15 : 10q21.1
NM_033056.3
Protocadhérine 15 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB23
USH1G : 17q25.1
NM_173477.2
SANS : protéine d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB
USH2
USH2A : 1q41
NM_206933.2
Usherine : protéine à large domaine extracellulaire
RP isolée : RP39
GPR98 : 5q14.3
NM_032119.3
ADGVR1 Protéine à large domaine extracellulaire
Convulsions fébriles et afébriles
DFNB31 : 9q32
NM_015404.3
Whirline : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DNB31
USH3
CLRN1 : 3q25.1
NM_174878.2
Clarine 1 : de type tétraspannine membranaire
RP isolée
*Ce tableau montre une vue d'ensemble des trois types du syndrome d'Usher, des gènes responsables, de leur localisation chromosomique et des protéines affectées. La dernière colonne mentionne si le gène en question peut être responsable d'autres maladies, par exemple une surdité isolée ou une rétinopathie pigmentaire (RP) isolée.**Il a été établi chez nombre de patients que certaines mutations dans des gènes tels que MYO7A, USH1C, CDH23, USH1G et PCDH15 peuvent entraîner uniquement des déficiences auditives isolées (surdité isolée) sans les caractéristiques cliniques typiques du syndrome d'Usher. De même, des variants du gène USH2A ont été identifiés chez des patients présentant uniquement des symptômes de RP non syndromique. En raison de la complexité de l'interprétation de l'analyse des tests moléculaires, qui vont conditionner le pronostic, notamment quant à une forme syndromique ou une forme isolée, il est fortement recommandé qu'ils soient prescrits par des médecins experts dans un centre de référence maladies rares recevant des patients atteints de syndromes d'Usher (voir chapitre 42).
). La prévalence du syndrome d'Usher est estimée à environ 1/25000 naissances. Tenant compte des diagnostics tardifs et des confusions avec d'autres affections, la prévalence se situe plutôt entre 1/6000 et 1/10000. En France, environ 10 enfants naissent chaque année avec ce syndrome, soit 10/100000 nouveau-nés. Environ 400000 personnes sont concernées dans le monde, avec des variations dans la répartition des types cliniques et des gènes impliqués selon les régions. Par exemple, en France, les types 1 et 2 représentent respectivement 35 % à 40 % et 55 % à 60 % des cas, tandis que le type 3 est courant en Finlande.
Implications et défis
Du fait de la perte multisensorielle, le syndrome d'Usher ne se limite pas à la simple addition de la perte auditive et visuelle. La surdicécité, souvent accompagnée de troubles de l'équilibre, a des conséquences profondes sur la vie quotidienne des individus. La célèbre citation de l'écrivaine américaine Helen Keller, première personne sourde et aveugle diplômée aux États-Unis, souligne cette réalité : « La cécité sépare les gens des choses, la surdité les sépare des gens». L'absence de compensation efficace d'un sens par un autre rend l'interaction avec l'environnement plus complexe, et l'information perçue par ces individus est souvent fragmentaire et insuffisante pour donner une représentation complète de l'environnement et du corps. Au-delà des défis physiques, le syndrome d'Usher peut engendrer un impact psychosocial important qui nécessitera la mise en place d'un accompagnement spécifique.
Ainsi, le syndrome d'Usher soulève des défis considérables en matière de diagnostic, de prise en charge et de recherche, nécessitant une attention continue et des actions concertées pour améliorer la qualité de vie.
Pour plus d'information sur chacune des protéines Usher, se référer aux liens OMIM de chaque molécule référencée sur la figure 19-1
Fig. 19-1Représentation schématique des gènes impliqués dans les divers types cliniques de syndrome d'Usher.Aujourd'hui, neuf gènes ont été identifiés comme impliqués dans le syndrome d'Usher, codant pour des protéines aux fonctions diverses mais liées par un effet conjoint au niveau des cellules de l'oreille interne et des cellules photoréceptrices en cas d'anomalie. Il y a cinq protéines USH1 : la myosine VIIa (USH1B), un moteur moléculaire, l'harmonine (USH1C) et Sans (USH1G), deux protéines organisatrices de complexes moléculaires sous-membranaires et qui peuvent se lier au cytosquelette, et la cadhérine 23 (USH1D) et la protocadhérine 15 (USH1F), deux protéines transmembranaires de la famille des cadhérines. Il y a trois protéines pour USH2 : l'usherine (USH2A), la plus commune, ADGVR1 (USH2C), deux protéines transmembranaires, et la whirline (protéine à domaines PDZ, USH2D). Pour USH3, une protéine USH3, la clarine 1, a été identifiée. C'est une protéine membranaire de type tetraspanine.
Source : dessin de Cyrille Martinet (d'après Delmaghani et al. [2]).
La surdité neurosensorielle est profonde, bilatérale et congénitale. Cette surdité empêche l'acquisition du langage oral sans une intervention précoce. La surdité est généralement dépistée dès la naissance par les otoémissions acoustiques (OEA) ou les potentiels évoqués auditifs automatisés (PEAA) et confirmée par des tests diagnostiques en centres spécialisés d'ORL pédiatrique (PEA, tests subjectifs selon l'âge). La sévérité de la surdité est une indication à une implantation cochléaire précoce.
Atteinte de l'équilibre
L'aréflexie vestibulaire bilatérale congénitale se manifeste par un retard des acquisitions motrices, avec en particulier l'acquisition de la marche autonome qui survient après 18 mois. Les troubles vestibulaires sont compensés au fur et à mesure du développement des autres organes impliqués dans l'équilibre, mais peuvent réapparaître lors de l'absence de compensation visuelle. Cette atteinte est confirmée par des tests fonctionnels vestibulaires en centres spécialisés d'ORL pédiatriques.
Atteinte rétinienne
Les signes de rétinopathie pigmentaire (RP) apparaissent généralement avant la puberté et correspondent aux signes classiques (voir chapitre 9). Les anomalies peuvent être détectées très précocement par des réponses à l'électrorétinogramme (ERG) anormales avant l'apparition des signes cliniques vus au fond d'œil. Les fig. 19-2,
Fig. 19-2Imagerie chez un enfant atteint du syndrome d'Usher lié au gène MYO7A.a, b. Photographies du fond d'œil montrant une atteinte déjà diffuse. c, d. Images en autofluorescence du fond d'œil confirmant l'atteinte diffuse expliquant les champs visuels déjà très restreints. e. OCT de la rétine de l'œil droit. f. OCT de la rétine de l'œil gauche montrant une préservation fovéale de couche des photorécepteurs expliquant une acuité visuelle centrale quasi normale alors que le champ visuel est déjà très altéré.
Fig. 19-3Imagerie chez un adulte atteint du syndrome d'Usher lié au gène MYO7A. montrant une rétinopathie pigmentaire évoluée.a, b. Photographie des fonds d'yeux (œil droit et œil gauche). c, d. Image en autofluorescence des fonds d'yeux. e. OCT de l'œil gauche montrant une perte majeure des photorécepteurs de la région fovéale expliquant une vision centrale quasi non mesurable avec un champ visuel très affecté et une rétine très amincie globalement.
illustrent par divers examens d'imagerie la rétinopathie pigmentaire observée chez un enfant et chez un adulte, respectivement, atteints de syndrome d'Usher lié au gène MYO7A.
Syndrome d'Usher de type 2 (USH2)
En bref
ORPHA : 231178.
Mode de transmission : autosomique récessif.
Gènes impliqués : USH2A , GPR98 , WHRN .
Atteinte de l'audition
La surdité neurosensorielle est congénitale, moyenne à sévère, bilatérale, affectant principalement les hautes fréquences sonores. La surdité est le plus souvent dépistée lors du dépistage en maternité. En cas de surdité plus légère, le diagnostic peut se faire plus tardivement devant un retard de langage ou les tests de dépistage en maternelle. L'atteinte auditive peut s'aggraver avec le temps jusqu'à une surdité profonde bilatérale à l'âge adulte. La surdité est confirmée par des tests diagnostiques dans des centres spécialisés d'ORL pédiatriques.
Atteinte de l'équilibre
Les patients ne présentent pas de problèmes d'équilibre. Les capacités motrices ne sont pas affectées.
Atteinte de la rétine
Les symptômes rétiniens apparaissent généralement après la puberté, souvent entre 10 et 40 ans. La progression de la rétinopathie est plus lente que dans l'USH1. Les signes cliniques de RP sont classiques et le diagnostic peut être confirmé par un ERG.
Syndrome d'Usher de type 3 (USH3)
En bref
ORPHA : 231183.
Mode de transmission : autosomique récessif.
Un seul gène impliqué : CLRN1.
Atteinte auditive
La surdité peut échapper au dépistage néonatal, car elle n'est pas toujours congénitale. La perte auditive apparaît souvent lors des premières années de vie et s'aggrave progressivement. La sévérité et la vitesse de progression varient, mais il existe souvent une surdité profonde à l'âge adulte. La perte auditive progressive peut être confirmée par des tests audiométriques réguliers.
Atteinte de l'équilibre
Le déficit vestibulaire est variable; les patients peuvent ou non présenter des problèmes d'équilibre. Lorsqu'ils sont présents, la dysfonction vestibulaire peut causer des difficultés d'équilibre similaires à celles observées dans l'USH1. Les tests fonctionnels peuvent évaluer la fonction vestibulaire en cas de suspicion.
Atteinte rétinienne
Les signes de RP apparaissent généralement après la puberté, autour de l'âge de 20 ans. La progression est variable, mais souvent plus lente que dans les autres types de syndrome d'Usher. La RP est similaire à celle observée dans les USH1 et 2, avec une atteinte initiale des bâtonnets suivie de celle des cônes. L'ERG et des examens ophtalmologiques réguliers peuvent confirmer le diagnostic dans le suivi d'une surdité avec troubles visuels.
Éléments diagnostiques paracliniques déterminants
Les examens cliniques et paracliniques sont essentiels pour diagnostiquer et suivre les patients atteints de syndrome d'Usher.
Tests audiologiques
Les PEAA et/ou les OEA sont utilisées pour le dépistage néonatal de la surdité en France depuis 2014.
La confirmation diagnostique d'une surdité repose sur un bilan auditif adapté à l'âge comprenant :
une audiométrie tonale (aérienne et osseuse avec masquage controlatéral);
une audiométrie vocale;
une impédancemétrie;
des PEA ou ASSR ( auditory steady state response ) pour le diagnostic quand l'enfant est très jeune ou pour confirmer une aggravation dans un second temps le cas échéant.
Chez l'enfant de moins de 2 ans, il est recommandé de réaliser l'audiométrie subjective avec des tests d'audiométrie comportementale adaptés à l'âge. Ces tests doivent être complétés par des tests objectifs de l'audition pour préciser et confirmer le niveau de l'atteinte auditive (otoémissions acoustiques provoquées [OEAP], PEA ou ASSR).
Pour évaluer le retentissement de ces surdités évolutives sur le développement de la parole et du langage de l'enfant, il est recommandé de réaliser un bilan orthophonique. Le diagnostic pédiatrique est réalisé dans des centres experts en audiologie pédiatrique. Les tests audiométriques montrent une surdité profonde, bilatérale, congénitale ou prélinguale (avant l'acquisition du langage) pour l'USH1. Dans l'USH2, ils montrent une surdité neurosensorielle congénitale bilatérale, moyenne à sévère, affectant principalement les hautes fréquences. Pour l'USH3, la surdité bilatérale peut débuter à tout âge après la naissance.
Tests vestibulaires
La fonction vestibulaire doit être évaluée avec des tests fonctionnels adaptés à l'âge. Ces tests permettent d'évaluer la fonction des différentes structures vestibulaires : saccule, utricule, canaux semi-circulaires. Chez l'enfant, ces tests sont proposés en milieu hospitalier. Une aréflexie vestibulaire bilatérale est retrouvée dans les cas d'USH1. En cas d'USH3, la fonction vestibulaire peut être anormale ou non. Le plus souvent, il n'y a pas de troubles vestibulaires chez les patients atteints d'USH2.
Tests ophtalmologiques
Ces tests sont identiques à ceux d'une RP classique (voir chapitre 9). Pour l'USH1, les anomalies peuvent être détectées avant l'apparition des symptômes cliniques. Dans l'USH2, les anomalies apparaissent plus tardivement, tandis que, dans l'USH3, l'âge d'apparition est variable.
Diagnostic génétique
La confirmation du syndrome d'Usher et de son sous-type passe obligatoirement par un test génétique moléculaire [3]. Ces analyses sont également indispensables pour un conseil génétique adapté. De plus, les signes cliniques de syndrome d'Usher étant, pendant l'enfance, restreints à la sphère ORL, le diagnostic peut être fait lors d'une recherche de la cause d'une surdité congénitale ou précoce. Il convient alors de demander un examen ophtalmologique spécialisé dans une temporalité adaptée en fonction du type de syndrome d'Usher. Aujourd'hui, le séquençage complet de l'ensemble des gènes « Usher» connus (voir tableau 19-2
Tableau 19-2
Gènes impliqués dans les types de syndrome d'Usher.*
Type
Gène (chromosome)
Information sur la protéine
Autre(s) pathologie(s) associée(s) au gène**
USH1
MYO7A : 11q13.5
NM_000260.3
Myosine VIIa : moteur moléculaire
Surdité isolée : DFNB2, DFNA11
USH1C : 11p15.1
NM_153676.3
Harmonine : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB18
CDH23 : 10q22.1
NM_022124.5
Cadhérine 23 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB12
PCDH15 : 10q21.1
NM_033056.3
Protocadhérine 15 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB23
USH1G : 17q25.1
NM_173477.2
SANS : protéine d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB
USH2
USH2A : 1q41
NM_206933.2
Usherine : protéine à large domaine extracellulaire
RP isolée : RP39
GPR98 : 5q14.3
NM_032119.3
ADGVR1 Protéine à large domaine extracellulaire
Convulsions fébriles et afébriles
DFNB31 : 9q32
NM_015404.3
Whirline : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DNB31
USH3
CLRN1 : 3q25.1
NM_174878.2
Clarine 1 : de type tétraspannine membranaire
RP isolée
*Ce tableau montre une vue d'ensemble des trois types du syndrome d'Usher, des gènes responsables, de leur localisation chromosomique et des protéines affectées. La dernière colonne mentionne si le gène en question peut être responsable d'autres maladies, par exemple une surdité isolée ou une rétinopathie pigmentaire (RP) isolée.**Il a été établi chez nombre de patients que certaines mutations dans des gènes tels que MYO7A, USH1C, CDH23, USH1G et PCDH15 peuvent entraîner uniquement des déficiences auditives isolées (surdité isolée) sans les caractéristiques cliniques typiques du syndrome d'Usher. De même, des variants du gène USH2A ont été identifiés chez des patients présentant uniquement des symptômes de RP non syndromique. En raison de la complexité de l'interprétation de l'analyse des tests moléculaires, qui vont conditionner le pronostic, notamment quant à une forme syndromique ou une forme isolée, il est fortement recommandé qu'ils soient prescrits par des médecins experts dans un centre de référence maladies rares recevant des patients atteints de syndromes d'Usher (voir chapitre 42).
) permet de confirmer dans la majorité des cas le diagnostic, grâce à l'identification, pour un patient donné, de variants pathogènes des deux copies (bialléliques) d'un des gènes MYO7A, USH1C, CDH23, PCDH15 et/ou USH1G pour USH1; USH2A, GPR98 et DFNB31 pour USH2; et CLRN1 pour USH3 (voir tableau 19-2
Tableau 19-2
Gènes impliqués dans les types de syndrome d'Usher.*
Type
Gène (chromosome)
Information sur la protéine
Autre(s) pathologie(s) associée(s) au gène**
USH1
MYO7A : 11q13.5
NM_000260.3
Myosine VIIa : moteur moléculaire
Surdité isolée : DFNB2, DFNA11
USH1C : 11p15.1
NM_153676.3
Harmonine : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB18
CDH23 : 10q22.1
NM_022124.5
Cadhérine 23 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB12
PCDH15 : 10q21.1
NM_033056.3
Protocadhérine 15 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB23
USH1G : 17q25.1
NM_173477.2
SANS : protéine d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB
USH2
USH2A : 1q41
NM_206933.2
Usherine : protéine à large domaine extracellulaire
RP isolée : RP39
GPR98 : 5q14.3
NM_032119.3
ADGVR1 Protéine à large domaine extracellulaire
Convulsions fébriles et afébriles
DFNB31 : 9q32
NM_015404.3
Whirline : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DNB31
USH3
CLRN1 : 3q25.1
NM_174878.2
Clarine 1 : de type tétraspannine membranaire
RP isolée
*Ce tableau montre une vue d'ensemble des trois types du syndrome d'Usher, des gènes responsables, de leur localisation chromosomique et des protéines affectées. La dernière colonne mentionne si le gène en question peut être responsable d'autres maladies, par exemple une surdité isolée ou une rétinopathie pigmentaire (RP) isolée.**Il a été établi chez nombre de patients que certaines mutations dans des gènes tels que MYO7A, USH1C, CDH23, USH1G et PCDH15 peuvent entraîner uniquement des déficiences auditives isolées (surdité isolée) sans les caractéristiques cliniques typiques du syndrome d'Usher. De même, des variants du gène USH2A ont été identifiés chez des patients présentant uniquement des symptômes de RP non syndromique. En raison de la complexité de l'interprétation de l'analyse des tests moléculaires, qui vont conditionner le pronostic, notamment quant à une forme syndromique ou une forme isolée, il est fortement recommandé qu'ils soient prescrits par des médecins experts dans un centre de référence maladies rares recevant des patients atteints de syndromes d'Usher (voir chapitre 42).
).
Manifestations cliniques du syndrome d'Usher
Le syndrome d'Usher se caractérise par une triade de symptômes : surdité, déficience vestibulaire et RP.
Les personnes atteintes d'un USH1 présentent le plus souvent une surdité et une déficience vestibulaire congénitales et profondes, et une dégénérescence rétinienne progressive (RP), apparaissant avant la puberté.
La forme USH2 se manifeste par une perte auditive moyenne à sévère bilatérale congénitale, sans atteinte vestibulaire, et une RP qui apparaît généralement à l'adolescence ou à l'âge adulte jeune.
La forme USH3 se caractérise par une perte auditive progressive et une RP d'âge d'apparition et de sévérité variables, parfois associées à une atteinte vestibulaire.
La variabilité de la sévérité et de l'évolution de la surdicécité nécessite un diagnostic, un suivi et un accompagnement spécialisés.
Suivi et accompagnement des patients
Des examens cliniques et des tests fonctionnels réguliers sont essentiels pour surveiller l'évolution des atteintes multisensorielles dues au syndrome d'Usher et adapter l'accompagnement en conséquence. L'accompagnement multidisciplinaire implique divers spécialistes (ORL, orthophoniste, audioprothésiste, psychomotricien, ophtalmologues, orthoptiste, psychologue, assistant social, etc.).
Prise en charge auditive
La réhabilitation auditive fait appel à un appareillage auditif – conventionnel ou par des implants cochléaires. Il s'agira d'un appareillage conventionnel en cas de surdité légère à sévère. En cas d'inefficacité d'un appareillage auditif conventionnel bien adapté, l'implantation cochléaire est indiquée selon les critères de la Haute autorité de santé (HAS).
L'appareillage auditif conventionnel a pour but de restaurer une stéréophonie. Il est recommandé pour tout enfant présentant une surdité bilatérale permanente dont le seuil auditif moyen est supérieur à 40 dB. Il est également proposé aux enfants présentant une surdité légère uni- ou bilatérale en fonction du retentissement. Il est important de faire appel à des audioprothésistes spécialisés dans la prise en charge des surdités sévères et/ou de l'enfant. La prise en charge audioprothétique inclut le choix et l'adaptation des prothèses, le contrôle d'efficacité, le suivi, ainsi que l'éducation prothétique. Le port le plus régulier possible doit être encouragé.
Une implantation cochléaire est indiquée en cas de surdité bilatérale selon les critères déterminés par la HAS en 2012 et permet de très bonnes performances auditives :
en cas de surdité profonde bilatérale;
en cas de surdité sévère de l'enfant ou de l'adulte, avec discrimination des sons inférieure à 50 % à 60 dB avec un appareillage bien adapté, ou gain audioprothétique insuffisant pour le développement du langage.
L'indication d'implantation cochléaire est portée après un bilan pluridisciplinaire (clinique, audiométrique subjectif et objectif, vestibulaire, radiologique, orthophonique, psychologique) réalisé dans un centre spécialisé. L'implantation peut être uni- ou bilatérale, simultanée ou séquentielle en fonction de l'atteinte auditive, vestibulaire et de l'âge du patient (avant ou après acquisition de la marche chez l'enfant). En cas d'implantation unilatérale, il est important d'encourager le port de la prothèse auditive controlatérale. Une implantation controlatérale (bilatérale séquentielle) est proposée en cas d'aggravation auditive à distance du premier implant.
Une implantation cochléaire bilatérale est indiquée chez les enfants atteints d'USH1 et chez les adultes ayant un USH2 ou un USH3 pour lesquels la surdité est devenue profonde. Au début de la vie, les patients touchés par un USH2 ou un USH3 bénéficient le plus souvent d'appareils auditifs conventionnels.
La rééducation orthophonique constitue un pan important de la prise en charge, chez l'enfant présentant une surdité prélinguale, dès le début de la réhabilitation auditive. Les objectifs sont le développement du langage oral : éducation auditive au monde sonore de façon ludique, développement des capacités d'expression de l'enfant et encouragement de l'expression de l'enfant en français parlé lors des activités de la vie quotidienne. Le nombre de séances hebdomadaires est évalué par l'orthophoniste en fonction du bilan initial. En cas d'implantation cochléaire, la rééducation orthophonique doit être poursuivie après l'activation de l'implant afin d'obtenir une amélioration progressive de l'intelligibilité des patients.
Prise en charge vestibulaire
Les patients porteurs d'un USH1 ayant une dysfonction vestibulaire congénitale sévère bénéficient de programmes de rééducation vestibulaire et psychomotrice pour améliorer l'équilibre, la coordination, et soutenir le développement moteur. En cas de dysfonction vestibulaire dans un USH3, des programmes de rééducation vestibulaire similaires à ceux d'USH1 peuvent être mis en place, avec un suivi régulier de la fonction vestibulaire. Le traitement repose principalement sur :
un traitement médical symptomatique associant un antivertigineux (acétyl leucine) et un antiémétique (métoclopramide, utilisé avec précaution et en 2 e intention chez l'enfant après l'âge de 1 an) en cas de crise aiguë de vertige et en dehors d'éventuelles contre-indications;
la kinésithérapie vestibulaire (chez l'adulte ou le grand enfant), qui a toute sa place en cas de symptomatologie vertigineuse chronique;
une prise en charge par un psychomotricien en cas de retard psychomoteur chez le petit enfant.
Il n'est pas recommandé de traitement médical de fond de la symptomatologie vestibulaire.
Prise en charge visuelle
Pour tous les types de syndrome d'Usher, la prise en charge visuelle inclut la surveillance régulière, l'adaptation des aides visuelles et la prise en charge des complications rétiniennes de type RP (voir chapitre 9).
Accompagnement psychologique et social
Les patients souffrant d'un syndrome d'Usher, déjà confrontés aux conséquences d'une surdité, doivent en plus gérer la détérioration progressive de leur vision, ce qui peut gravement perturber leur adaptation psychologique et sociale [4]. Ces retentissements sont particulièrement marqués, car l'atteinte visuelle débute souvent pendant l'adolescence, une période critique de développement personnel et social. La communication devient un défi majeur et les limitations sensorielles peuvent restreindre les interactions sociales, affectant négativement la qualité de vie. Des impacts sur la formation et l'insertion professionnelles peuvent également survenir. Pour atténuer ces conséquences, un accompagnement psychologique et social précoce, des programmes de réadaptation sociale et professionnelle, ainsi que des stratégies de communication adaptées doivent être proposés. La sensibilisation et le soutien de la communauté et des aidants sont aussi cruciaux pour promouvoir l'inclusion sociale et réduire l'isolement de ces patients.
Le syndrome d'Usher est reconnu comme une surdicécité secondaire, ouvrant droit à une prestation de compensation du handicap (PCH) spécifique depuis janvier 2023, disponible auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Le rapprochement avec des associations liées à la surdité, la dystrophie rétinienne ou la surdicécité doit être encouragé (voir annuaire des associations sur https://www.sensgene.com). Un centre de ressource national dédié à la surdicécité peut être sollicité par les soignants, les patients et leurs aidants (https://www.cresam.org).
Accompagnement des patients atteints d'un syndrome d'Usher
L'accompagnement des patients ayant un syndrome d'Usher repose sur un suivi régulier et une approche multidisciplinaire.
Surdité : une implantation cochléaire bilatérale précoce est indiquée chez les patients porteurs d'un USH1. Pour les patients atteints d'un USH2 et d'un USH3, des appareils auditifs conventionnels adaptés à la progression de la surdité sont essentiels, avec possibilité d'une implantation cochléaire secondaire en cas d'évolution du déficit auditif.
Suivi ophtalmologique : un suivi régulier de la vision est nécessaire, avec adaptation des aides visuelles et rééducation basse vision pour optimiser leur vision résiduelle.
Réhabilitation vestibulaire : les patients ayant un USH1 et un USH3 peuvent bénéficier de programmes de rééducation vestibulaire pour améliorer l'équilibre et soutenir le développement moteur.
Accompagnement psychologique et social : un accompagnement psychologique et social précoces est nécessaire pour améliorer la qualité de vie des patients atteints de syndrome d'Usher.
Conseil génétique et diagnostic prénatal
Le syndrome d'Usher est transmis de manière autosomique récessive (voir chapitre 34). Le dépistage des porteurs (présentant un seul allèle muté et donc avec un statut d'hétérozygote) peut être discuté au cas par cas lors d'une consultation de génétique médicale. Un couple à risque peut demander un diagnostic prénatal ou préimplantatoire dans un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN), selon les termes de la loi de bioéthique.
Diagnostics différentiels
La présence de variations pathogènes bialléliques dans un des gènes responsables du syndrome d'Usher chez un enfant présentant une surdité précoce sans signes cliniques de dystrophie rétinienne ne permet pas de diagnostiquer un syndrome d'Usher, car ces gènes peuvent également être responsables de surdités isolées (voir tableau 19-2
Tableau 19-2
Gènes impliqués dans les types de syndrome d'Usher.*
Type
Gène (chromosome)
Information sur la protéine
Autre(s) pathologie(s) associée(s) au gène**
USH1
MYO7A : 11q13.5
NM_000260.3
Myosine VIIa : moteur moléculaire
Surdité isolée : DFNB2, DFNA11
USH1C : 11p15.1
NM_153676.3
Harmonine : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB18
CDH23 : 10q22.1
NM_022124.5
Cadhérine 23 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB12
PCDH15 : 10q21.1
NM_033056.3
Protocadhérine 15 : molécule d'adhésion
Surdité isolée : DFNB23
USH1G : 17q25.1
NM_173477.2
SANS : protéine d'échafaudage
Surdité isolée : DFNB
USH2
USH2A : 1q41
NM_206933.2
Usherine : protéine à large domaine extracellulaire
RP isolée : RP39
GPR98 : 5q14.3
NM_032119.3
ADGVR1 Protéine à large domaine extracellulaire
Convulsions fébriles et afébriles
DFNB31 : 9q32
NM_015404.3
Whirline : protéine PDZ d'échafaudage
Surdité isolée : DNB31
USH3
CLRN1 : 3q25.1
NM_174878.2
Clarine 1 : de type tétraspannine membranaire
RP isolée
*Ce tableau montre une vue d'ensemble des trois types du syndrome d'Usher, des gènes responsables, de leur localisation chromosomique et des protéines affectées. La dernière colonne mentionne si le gène en question peut être responsable d'autres maladies, par exemple une surdité isolée ou une rétinopathie pigmentaire (RP) isolée.**Il a été établi chez nombre de patients que certaines mutations dans des gènes tels que MYO7A, USH1C, CDH23, USH1G et PCDH15 peuvent entraîner uniquement des déficiences auditives isolées (surdité isolée) sans les caractéristiques cliniques typiques du syndrome d'Usher. De même, des variants du gène USH2A ont été identifiés chez des patients présentant uniquement des symptômes de RP non syndromique. En raison de la complexité de l'interprétation de l'analyse des tests moléculaires, qui vont conditionner le pronostic, notamment quant à une forme syndromique ou une forme isolée, il est fortement recommandé qu'ils soient prescrits par des médecins experts dans un centre de référence maladies rares recevant des patients atteints de syndromes d'Usher (voir chapitre 42).
). Le diagnostic est confirmé par l'existence de signes cliniques ou paracliniques de dystrophie rétinienne, ou l'identification de deux variations pathogènes préalablement identifiées comme déjà responsables du syndrome d'Usher.
Diagnostic du syndrome d'Usher
Les analyses génétiques jouent un rôle crucial dans le diagnostic du syndrome d'Usher, permettant de confirmer la maladie et d'identifier les variations pathogènes en cause (pour les trois types cliniques de syndrome d'Usher: USH1, USH2, USH3).
En plus d'affirmer le diagnostic, ces tests sont cruciaux pour le conseil génétique et le diagnostic prénatal.
Une coopération étroite entre les spécialistes et les centres de référence est indispensable pour une prise en charge efficace et personnalisée des patients atteints du syndrome d'Usher.
Physiopathologie du syndrome d'Usher
L'audition, l'équilibre et la vision reposent sur des capteurs hautement spécialisés au sein de cellules sensorielles qui, lorsqu'ils sont activés, communiquent avec des milliards de neurones spécialisés pour traiter, décoder, interpréter et intégrer les messages perçus, et agir, ou non, en conséquence. Une coopération des molécules Usher entre elles forme des complexes moléculaires nécessaires à la mise en place et au fonctionnement des cellules sensorielles de l'oreille interne et de la rétine [1 , 2]. Plusieurs de ces complexes sont représentés sur les fig. 19-4,
Fig. 19-4Représentation schématique des protéines USH (responsables du syndrome d'Usher) dans la touffe ciliaire de l'oreille interne.a. Représentation schématique de la touffe ciliaire cochléaire illustrant le rôle des protéines USH dans les cellules ciliées. Dans la partie apicale des stéréocils, les homodimères cadhérine 23/USH1D et protocadhérine 15/USH1F relient les stéréocils entre eux, et forment également le lien de bout de cil qui contrôle l'ouverture du canal de transduction. La myosine VIIa/USH1B, l'harmonine/USH1C et la protéine sans/USH1G relient ces liens, la membrane stéréociliaire au cytosquelette des filaments d'actine. La protéine USH3 contribuerait à la machinerie de transduction, près du canal de transduction. Les protéines USH2 participent à la formation de liens transitoires, à la base des stéréocils : l'usherine/USH2A et ADVLR1/USH2C formant les liens, et la whirline/USH2D faisant le lien avec le cytosquelette. b. Représentation à partir de modèles murins des déficits auditifs et vestibulaires du syndrome d'Usher qui sont liés à des anomalies des cellules ciliées de l'oreille interne. Une forme anormale et un dysfonctionnement des stéréocils, structures de type microvillosités (riche en actine) qui composent la touffe ciliaire (antenne mécanoréceptrice), sont communs à toutes les souris mutantes USH, avec une sévérité dépendant du type génétique USH.
Source : dessin de Cyrille Martinet; photos de Delmaghani S, El-Amraoui A. Inner ear gene therapies take off : current promises and future challenges. J Clin Med 2020; 9(7) : 2020; et Aziz El-Amraoui, Gwenaelle G S Géléoc. Usher syndrome Recent advances in our understanding of genes and therapeutics. Research Outreach, 2022, 131, 10.32907/RO-131-3039996892. pasteur-03922019.
Fig. 19-5Représentation des protéines Usher dans les photorécepteurs en condition normale (a) et en condition pathologique (b).a. Les protéines Usher (USH) opèrent au niveau du complexe membranaire périciliaire, à l'interface entre le segment interne et le segment externe des photorécepteurs. En couplant la membrane périciliaire du segment interne à la fois au cil et à la base du segment externe (couplé aux processus caliciels dans certaines espèces), les protéines USH1 et USH2 fournissent une structure mécanique essentielle pour l'intégrité architecturale et la fonction des cellules photoréceptrices. b. En l'absence de protéine Usher 1, les processus caliciels ne se maintiennent pas correctement autour des segments externes des photorécepteurs, ce qui entraîne un défaut dans l'organisation et l'agencement des disques membranaires. C'est cette perturbation du déroulement normal de la morphogenèse des segments externes des photorécepteurs qui est à l'origine de la rétinopathie USH.
Source : dessin de Cyrille Martinet; photos de Delmaghani S, El-Amraoui A. The genetic and phenotypic landscapes of Usher syndrome : from disease mechanisms to a new classification. Hum Genet 2022; 141(3-4) : 709-35; et Schietroma C, et al. Usher syndrome type 1–associated cadherins shape the photoreceptor outer segment. J Cell Biol 2017; 216(6) : 1849-64.
.
Physiopathologie du syndrome d'Usher
Le syndrome d'Usher combine déficits auditifs et visuels dus à des anomalies dans les cellules sensorielles de l'oreille interne et de la rétine.
Dans l'oreille interne, les protéines Usher assurent la cohésion des stéréocils des cellules ciliées, responsables de la conversion du son et du mouvement en signaux électriques. En leur absence, des anomalies entraînent des pertes auditives et des troubles de l'équilibre.
Dans la rétine, les protéines Usher contribuent à l'intégrité et au bon fonctionnement de structures membranaires à la base du segment externe, site de la phototransduction du signal lumineux.
Les déficits visuels résultent de perturbations dans la phototransduction causant la dégénérescence des cellules rétiniennes.
Une meilleure compréhension de ces mécanismes pathologiques pourrait permettre le développement de thérapies ciblées, transformant ainsi la prise en charge des patients atteints du syndrome d'Usher.
Apport de la recherche pour traiter le syndrome d'Usher
À ce jour, aucun traitement médicamenteux traitant la cause primaire n'existe pour les atteintes auditives et visuelles liées au syndrome d'Usher [1 , 2 , 3-4-5-6]. Cependant, les progrès récents en thérapie génique offrent de nouvelles perspectives prometteuses. La stratégie thérapeutique adoptée peut être différente selon la forme du syndrome d'Usher, le stade de la maladie (avant ou après l'apparition des premiers symptômes), et doit aussi être adaptée en fonction de la taille du gène impliqué ainsi que la nature de la mutation (la variation génétique) à l'origine de la pathologie. L'introduction de copies fonctionnelles des gènes USH dans les photorécepteurs de la rétine et les cellules ciliées de l'oreille interne peut préserver la fonction cellulaire et améliorer la perception sensorielle [1 , 2 , 3-4-5-6].
Des stratégies telles que le remplacement génique, l'édition génique et l'utilisation d'oligonucléotides antisens (ASO) se révèlent particulièrement prometteuses pour traiter les dystrophies rétiniennes héréditaires liées au syndrome d'Usher [6]. En effet, dans le cadre de l'essai de phase 1/2 Stellar (NCT05176717), une séquence ASO nommée QR-421a a été conçue pour sauter l'exon 13, porteur de nombreuses mutations dans le gène USH2A . Les résultats montrent que QR-421a est bien tolérée, sans événements indésirables graves, et améliore la vision selon plusieurs mesures. Devant ces résultats prometteurs, un essai clinique de phase 2/3 est prévu pour confirmer l'efficacité et la sécurité de cette thérapie et se préparer à une éventuelle approbation clinique. Ces avancées capitalisent sur une compréhension approfondie des mécanismes pathologiques et des approches thérapeutiques innovantes, ouvrant la voie à une médecine sensorielle personnalisée. Bien qu'il n'existe pas encore d'essais cliniques en phase 3 chez l'homme, les recherches précliniques et les essais cliniques de phases 1 et 2 montrent des résultats encourageants, notamment pour la vision [1 , 2].
Apport de la recherche aux thérapies du syndrome d'Usher
À ce jour, aucun traitement médicamenteux ciblé n'existe pour les atteintes auditives et visuelles liées au syndrome d'Usher. Cependant, la thérapie génique offre des perspectives prometteuses.
Des études récentes ont montré que l'introduction de copies fonctionnelles des gènes Usher dans les photorécepteurs de la rétine et les cellules ciliées de l'oreille interne peut améliorer la perception sensorielle.
Des essais cliniques sont en cours chez l'homme pour évaluer l'efficacité et la sécurité de ces approches innovantes.
Ces recherches avancent à un rythme rapide et des percées peuvent survenir qui changeront notre approche des thérapies sensorielles. Pour que l'espoir devienne réalité, l'accélération de ces recherches nécessitera des efforts concertés entre scientifiques, cliniciens et divers spécialistes du domaine, afin de transformer ces avancées précliniques en traitements cliniques durables, ouvrant la voie à des solutions thérapeutiques viables et efficaces.
Bibliographie
B
[1]
Delmaghani S, El-Amraoui A. Inner ear gene therapies take off : current promises and future challenges. J Clin Med 2020 ; 9(7) : 2020.
[2]
Delmaghani S, El-Amraoui A. The genetic and phenotypic landscapes of Usher syndrome : from disease mechanisms to a new classification. Hum Genet 2022 ; 141(3-4) : 709-35.
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[4]
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Schietroma C, et al. Usher syndrome type 1–associated cadherins shape the photoreceptor outer segment. J Cell Biol 2017 ; 216(6) : 1849-64.
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