Présenter notre expérience avec l’utilisation du tocilizumab, un inhibiteur de l’interleukine-6, dans la prise en charge de l’orbitopathie dysthyroïdienne réfractaire, y compris chez les fumeurs et en présence ou non de neuropathie optique dysthyroïdienne.
Name
Cibler l’interleukine-6 dans le traitement de l’orbitopathie dysthyroïdienne : Une étude rétrospective canadienne
Introduction
Matériels et Méthodes
Étude d’une cohorte rétrospective monocentrique incluant des patients ayant eu un échec aux traitements de première intention. Les données ont été recueillies au début du traitement avec tocilizumab, à la 12e semaine de traitement, à la dernière dose et au dernier suivi du patient.
Résultats
16 patients (32 yeux) ont été recrutés dont 9 patients (15 yeux) présentant une neuropathie optique dysthyroïdienne. Le tocilizumab a été administré par voie sous-cutanée chaque semaine (62.5%), par voie intraveineuse chaque mois (25%) ou par un mode mixte (12,5%). Le nombre médian d’injections sous-cutanées était de 17,5. La thérapie a été administrée au long terme chez deux patients (12,5%) en raison d’une maladie active persistante. Une diminution significative du score d’activité clinique (CAS) a été observée tant à 12 semaines (-3.1 points) qu’à la dernière dose (-3.2 points) (p<0.001). Un CAS ≤ 1 a été observé chez 89% des patients à 12 semaines et 93% des patients à la dernière dose. Une diminution significative du taux d’anticorps TSI (-9,3 U/L) (p=0.002), de l’exophtalmie (-0.9 mm) (p=0.025) et de la diplopie (risque diminué par 5 fois) (p=0.038) a été notée entre le début du traitement et au moment de la dernière dose de tocilizumab. Spécifiquement pour les patients présentant une neuropathie optique dysthyroïdienne, un CAS ≤ 1 a été observé chez 83% des patients à 12 semaines et 87,5% des patients à la dernière dose. Une diminution ≥ 2 a également été notée chez 100% des patients à 12 semaines de traitement. Une amélioration significative était rapportée après la dernière dose pour l’acuité visuelle (-0.229 logMar) (p=0.028), la vision des couleurs (+1.864 points au HRR) (p=0.012), les champs visuels (-6.393 dB) (p<0.001) et le DPAR (risque diminué par 58 fois) (p=0.005).
Un seul patient a dû cesser le traitement en raison d’effets indésirables. Une récidive de la maladie a été observée chez 25% des patients, en moyenne 236 jours après la dernière dose, au cours du suivi total de 537 jours.
Discussion
Le tocilizumab, notamment en sous-cutané, est efficace pour inactiver l’orbitopathie dysthyroïdienne réfractaire et réduire subtilement l’exophtalmie et la diplopie. Concernant la neuropathie optique dysthyroïdienne, il agit comme une « décompression médicamenteuse » plus ciblée que la décompression chirurgicale en réduisant l’inflammation et la congestion des tissus mous. A l’inverse des corticostéroïdes, son utilisation peut se prolonger si besoin avec une excellente tolérance.
Conclusion
Le tocilizumab a démontré une efficacité pour l’inactivation de l’orbitopathie dysthyroïdienne sévère et réfractaire aux traitements de première intention. Des effets spectaculaires sur la neuropathie optique ont été rapportés chez tous les patients et aucun n’a nécessité de décompression orbitaire en urgence. L’innocuité, le faible coût et la facilité d’administration par voie sous-cutanée en font un traitement immunomodulateur à considérer fortement. Une étude prospective visant à évaluer l’efficacité d’un anticorps anti-IL-6 comme traitement de première ligne permettrait de conclure sur son efficacité et de l’inclure dans l’algorithme de la prise en charge de l’orbitopathie dysthyroïdienne avec ou sans neuropathie optique.