La rétinite à Cytomégalovirus (CMV) est l’infection opportuniste oculaire la plus fréquente et la plus grave qui touche particulièrement les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Elle pose de nombreuses difficultés diagnostiques et thérapeutiques.
Le but de notre travail est d’étudier les particularités épidémiologiques, cliniques, paracliniques et thérapeutiques ainsi que les aspects évolutifs de notre série, et de comparer ses résultats avec ceux rapportés dans la littérature à travers une revue de la bibliographie.
C’est une étude rétrospective descriptive qui a concerné soixante patients infectés par le VIH et ayant une atteinte rétinienne à CMV confirmée par l’examen ophtalmologique.
Durant notre étude, nous avons colligé 60 cas de rétinite à CMV sur 2398 nouveau cas, soit 2,5% de la population VIH. L’âge moyen des malades était de 38 ans. Le sexe-ratio était de 1,3. Le taux moyen de CD4 était de 89,6 cellules/mm3 au moment du diagnostic. L’examen systématique à l’admission a permis d’établir le diagnostic de la rétinite à CMV chez 38 patients (46%) ; la baisse de l’acuité visuelle a été rapportée par 14 patients (23%). L’examen au fond d'oeil a objectivé des lésions à type de foyers hémorragiques en tâches (15 patients), de foyers hémorragiques punctiformes (17 patients), de nodules cotonneux (36 patients), de foyers rétiniens blanchâtres avec l'aspect de «cheese and ketchup» (19 patients), d’exsudats maculaires (9 patients), de lésions de vascularites (7 patients) et de lésions de nécrose rétinienne (3 patients). Chez 26 patients, un recours à l’angiographie à la fluorescéine a été nécessaire pour établir le diagnostic, et un complément par OCT maculaire a été fait pour 16 patients. L’amplification génomique par PCR à CMV dans le sang, réalisée chez 48 de nos malades présentant une rétinite était positive chez 38 patients (77%).Tous les patients ont été traités par le Ganciclovir. Des injections d’anti-VEGF ont été faites pour 4 patients, alors que 3 patients ont bénéficié de séances de photocoagulation panrétinienne. Une bilatéralisation de l’atteinte est survenue chez 3 patients (5%), une cécité ou une baisse profonde de l’acuité visuelle étaient notées chez 5 patients (8,3%).
Avant l'ère des antirétroviraux hautement actifs, plus de 20 % des PVVIH présentaient au cours de leur évolution une maladie à cytomégalovirus, l’œil était l’organe atteint dans 80% des cas. Le taux moyen des CD4 chez les patients présentant une atteinte oculaire était inferieur à 100cellules/mm3 ce qui rejoint les résultats de notre étude. La confirmation diagnostique peut être apportée par amplification génique (PCR) du génome viral prélevé à partir de l’humeur aqueuse, la sensibilité de cette technique est proche de 100%. Dans notre série, le taux de guérison après traitement intraveineux (IV) de Ganciclovir seul était de 63.4% rejoignant les données de la littérature. Le Ganciclovir (IV) est actuellement la molécule de référence dans le traitement des rétinites à CMV. Le Valganciclovir est préféré devant la simplicité de son usage. Par ailleurs, les lésions menaçant la vision et qui sont proche de la macula sont traitées initialement par les implants ou des injections intra-vitréennes, lesquels permettent un meilleur contrôle de la progression de la rétinite.
La sérologie VIH doit être systématique devant certaines affections ophtalmologiques évocatrices. De même que chez tous les patients séropositifs, l’examen ophtalmologique doit faire partie du bilan initial et du suivi régulier des malades VIH. L’inconvénient majeur de la prise en charge de la rétinite à CMV reste cependant l’absence d’alternatives thérapeutiques (injection intravitréenne de Ganciclovir, non disponibilité de traitement per os…).