Revue de presse Mars 2026

Auteurs : Paul Bastelica, Alexandre Matet, Antoine Rousseau.
Coordination : Marc Labetoulle

Revues sélectionnées :     
Ophthalmology, JAMA Ophthalmology, IOVS, Progress in Retinal and Eye Research, Current Opinion in Ophthalmology, Survey of Ophthalmology, Journal of Cataract and Refractive Surgery, American Journal of Ophthalmology, British Journal of Ophthalmology, Retina, Cornea, Nature, Lancet, NEJM, Science.



La capsulotomie au laser YAG chez les patients diabétiques : un geste pas si anodin… 

La progression d'une rétinopathie diabétique (RD) vers une forme proliférante (RDP) est un événement redouté chez les patients diabétiques, pouvant conduire à des pertes visuelles sévères et irréversibles. Les facteurs favorisant cette conversion sont aujourd'hui bien documentés : en particulier déséquilibre glycémique chronique, ou rééquilibration trop brutale, hypertension artérielle, durée d'évolution du diabète, chirurgie de la cataracte… Dans ce contexte, l’effet de la capsulotomie au laser YAG, geste souvent considéré comme anodin, n’avait jusqu’à présent pas encore été bien documenté. Alors que certaines complications de la capsulotomie ont été largement documentées (décollement de rétine, hypertonie oculaire, luxation de IOL…), aucune étude n'avait en effet cherché à quantifier de façon précise son impact spécifique sur le risque de conversion et de complications de la RD. 

C'est précisément cette lacune que cherche à combler l’étude d’Alshaikhsalama et al., publiée par le Journal of Cataract and Refractive Surgery. Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective reposant sur la base de données TriNetX, réseau de données de santé électroniques anonymisées portant sur plus de 100 millions de patients américains. Les patients inclus dans l’étude étaient des adultes atteints de diabète de type 1 ou 2, présentant une RDNP documentée depuis au moins un an (diagnostic fait sur données de codage), avec un antécédent de chirurgie de la cataracte. Deux cohortes ont été constituées : un groupe ayant eu une capsulotomie au laser YAG (groupe YAG) et un groupe contrôle (sans capsulotomie). Les patients présentant moins de six mois de suivi ont été exclus. Un appariement (1:1) a été réalisé afin d'équilibrer les deux groupes sur de nombreuses covariables potentiellement sources de biais (âge, sexe, tabagisme, dépendance à l'alcool, hypertension artérielle, dyslipidémie, indice de masse corporelle, hémoglobine glyquée, stade de la RDNP, comorbidités oculaires et antécédents d'injections intravitréennes). Le critère de jugement principal était la survenue d'une RDP. Les critères secondaires comprenaient la survenue d’un décollement de rétine tractionnel (DRT), d’une hémorragie intravitréenne HIV, d’un glaucome néovasculaire (GNV) et le recours à la photocoagulation panrétinienne (PPR). 

Au total, 10 750 patients (5 375 par groupe) ont été inclus dans l'analyse principale, avec des caractéristiques bien équilibrées entre les deux groupes. Au terme d'un an, les patients du groupe YAG présentaient un risque quasiment doublé de progression vers la RDP (616 versus 334 événements ; HR (hazard ratio) = 1,91 ; IC (intervalle de confiance) 95 % = 1,67-2,18). Le risque de DRT était également significativement plus élevé (63 versus 31 événements ; HR = 2,04 ; IC95 % = 1,32-3,13), tout comme celui d’HIV (222 versus 159 ; HR = 1,40 ; IC95 % = 1,15-1,72), de GNV (110 versus 76 ; HR = 1,45 ; IC95 % = 1,08-1,94) et de recours à la PPR (143 versus 97 ; HR = 1,48 ; IC95 % = 1,14-1,91). Dans le sous-groupe de patients présentant une RDP pré-existante (n = 2 580 par groupe), seul le GNV était significativement plus fréquent dans le groupe YAG (HR = 1,41 ; IC95 % = 1,05-1,90), sans différence significative pour les autres critères.

Cette étude confirme donc l’intuition que la capsulotomie au laser YAG chez des patients présentant une RDNP est associée à une augmentation significative du risque de progression vers la RDP et de ses complications, indépendamment des facteurs confondants classiques. Plusieurs mécanismes physiopathologiques peuvent expliquer ces résultats : l'énergie photodisruptive du laser induit une réponse inflammatoire rétinienne avec libération de cytokines et de facteurs angiogéniques, et donc, aggrave potentiellement les altérations microvasculaires sous-jacentes. Par ailleurs, la perturbation du vitré antérieur peut également générer des tractions sur des néovaisseaux fragiles et favoriser la survenue d’une HIV ou d’un DRT. Sur le plan clinique, ces résultats invitent à reconsidérer la surveillance post-YAG chez les patients diabétiques. Dans certains cas à haut risque, des mesures prophylactiques avant le YAG (PPR, anti-VEGF, optimisation glycémique) pourraient être envisagées, bien que ces stratégies nécessitent une évaluation prospective.

Alshaikhsalama AM, Mansoor BS, Zaidi Z, Alsoudi A, Loya A, Wai K, Koo E, Ludwig C, Mruthyunjaya P, Rahimy E. Risk of diabetic retinopathy progression after YAG laser capsulotomy. J Cataract Refract Surg. 2026 Mar 1;52(3):282-288

Reviewer : Paul Bastelica, thématique : cataracte, rétine. 


Hypertonie oculaire et glaucome après vitrectomie : une méta-analyse lève le voile sur les facteurs de risque. 

La vitrectomie trois voies par la pars plana (V3V) est indiquée dans un large éventail de pathologies allant du décollement de rétine à la membrane épirétinienne, en passant par les trous maculaires ou les hémorragies intravitréennes. Bien qu'efficace, cette intervention expose à un certain nombre de risques, notamment d'hypertonie oculaire (HTO) et de glaucome. Plusieurs facteurs de risque ont déjà été identifiés : l'utilisation d'huile de silicone, le recours à des gaz expansifs, les décollements de rétine complexes, ou encore le statut pseudophake, mais les données sont contradictoires d'une étude à l'autre. Une méta-analyse publiée sur le sujet en 2018, n'incluait que 7 études (observationnelles de surcroit), un nombre faible au regard du nombre de procédures.1 
L'article présenté dans cette édition de la revue de presse, publié dans la prestigieuse revue Ophthalmology, permet une réelle avancée dans la compréhension des facteurs de risque d'HTO et de glaucome après V3V. Il s'agit d'une méta-analyse ayant inclus l'ensemble des études comparatives portant sur des adultes opérés de V3V (indications non liées aux complications de la rétinopathie diabétique), avec un suivi minimal de 3 mois. Les critères diagnostiques de l'HTO variaient selon les études, avec un seuil absolu de PIO variable selon les études, tandis que les définitions du glaucome reposaient sur des critères structuraux, fonctionnels ou thérapeutiques selon les cohortes.

Au total, 41 études observationnelles publiées entre 1989 et 2025, représentant 54 021 yeux vitrectomisés, ont été inclues dans l’analyse. L'âge moyen des participants était de 62,8 ans avec un suivi moyen de 26,5 mois. La pression intraoculaire (PIO) moyenne à l’inclusion était de 14,2 mmHg et s'élevait à 14,9 mmHg à la dernière visite (p = 0,005). Le risque absolu (RA) d'HTO post-V3V était de 5,6 pour 100 yeux (IC 95 % = 3,1-9,9). Le RA de glaucome était de 3,9 pour 100 yeux (IC 95 % = 2,0-7,2). Ces estimations étaient associées à une hétérogénéité statistique très élevée, reflétant la diversité des populations étudiées, des techniques chirurgicales et des critères diagnostiques utilisés. Les auteurs ont par ailleurs réalisé une analyse en sous-groupes selon le statut cristallinien, dont les résultats sont particulièrement éloquents. Parmi les yeux pseudophaques, le RA d'HTO était de 20,9 % (IC 95 % = 10,1-38,6) contre 7,1 % (IC 95 % = 1,9-22,3) dans les yeux phaques, correspondant à un odds ratio (OR) de 3,2 (IC 95 % = 1,0-9,9). Pour le glaucome, les différences étaient encore plus marquées : RA de 6,3 % dans les yeux pseudophaques versus 1,0 % dans les yeux phaques, avec un OR de 11,8 (IC 95 % = 4,2-33,6).  Par ailleurs, la stratification par type de tamponnement a révélé que l'huile de silicone est associée à un risque d'HTO et de glaucome significativement plus élevé que les gaz, et les taux de glaucome étaient également plus élevés pour les décollements de rétine complexes, comparativement aux membranes épirétiniennes ou trous maculaires non compliqués. 

Le résultat principal de cette méta-analyse est sans ambiguïté : la V3V est associée à un risque cliniquement significatif d'HTO (5,6 %) et de glaucome (3,9 %). Ce risque est particulièrement amplifié dans les yeux pseudophaques, chez qui la probabilité de développer un glaucome est près de douze fois supérieur par rapport à un œil phaque. L'absence de cristallin dans les yeux pseudophaques priverait l'œil d'une barrière physiologique protectrice, favorisant une réponse inflammatoire accrue au niveau du trabéculum et du segment antérieur après V3V, susceptible d'altérer l’écoulement trabéculaire de l'humeur aqueuse et donc, d’induire une HTO. Ces résultats sont cependant limités par l’absence de données issues d’études prospectives. Des études prospectives bien conduites seraient donc nécessaires afin de mieux caractériser les mécanismes sous-jacents et d'identifier les facteurs de risque modifiables. En pratique clinique, ces résultats plaident pour un suivi renforcé chez le patient pseudophake opéré de V3V.

1-    Miele A, Govetto A, Fumagalli C, et al. Ocular hypertension and glaucoma following vitrectomy: a systematic review. Retina. 2018;38:883-890

Gallo Afflitto G, Fabozzi L, Palmieri F, Anastasi M, Pant N, Kaymaz O, Surico PL, Maurino V, Aiello F, Nucci C. Ocular hypertension and glaucoma after pars plana vitrectomy: a systematic review and meta-analysis. Ophthalmology. 2026 Mar;133(3):387-398.

Reviewer : Paul Bastelica, thématique : rétine, glaucome. 


Chirurgie de la cataracte et « notion d’allergie à la pénicilline » : trop de patients inutilement privés de prophylaxie antibiotique intracamérulaire ?

L'injection intracamérulaire de céfuroxime (1 mg/0,1 mL) permet une réduction de plus de cinq fois du taux d'endophtalmie post chirurgie de cataracte.1 Cette molécule est par ailleurs préconisée dans les recommandations de l'ESCRS et de la SFAR/SFO,2 et présente des avantages en termes de spectre antibiotique ciblé et de faible pression écologique sur les flores oculaire et systémique, comparativement aux antibiotiques topiques.
Mais au moment de programmer la chirurgie, une proportion non négligeable de patients rapportent une « notion d'allergie à la pénicilline » (NAP), sans documentation précise, mais pourtant consignée dans leur dossier. Ce diagnostic, le plus souvent établi dans l'enfance, est fréquemment erroné. Par ailleurs, chez les patients déclarant une NAP, la réactivité croisée entre pénicillines et céphalosporines, dont le céfuroxime, est inférieure à 1 %. Malgré ces éléments, entre 33 % et 63 % des chirurgiens de la cataracte renonceraient à la céfuroxime en cas de NAP, au profit d’alternatives (moxifloxacine ou encore vancomycine intracamérulaire) pour lesquelles le niveau de preuve est moindre, et davantage pourvoyeuses de résistances.
C'est dans ce contexte qu'une équipe du Kellogg Eye Center (Université du Michigan) a évalué l'impact d'une politique institutionnelle de reclassification des NAP sur le choix de l’antibioprophylaxie lors de la chirurgie de la cataracte. 
Cette étude rétrospective d'amélioration de la qualité des soins, menée dans un centre tertiaire a inclus l'ensemble des patients avec NAP ayant bénéficié d'une chirurgie de cataracte non compliquée entre 2020 et 2025, soit 1 905 patients et 3 077 interventions, réalisées par 51 chirurgiens. Les patients présentant une allergie prouvée à une céphalosporine étaient exclus.
La date charnière de l'étude était le 30 novembre 2022, à laquelle était mise en œuvre une intervention comportant trois composantes : (1) la reclassification des NAP dans le dossier médical informatisé, après étude du dossier par un pharmacien ; (2) la suppression des alertes automatiques du dossier médical pour réactivité croisée pénicilline-céphalosporine chez les patients identifiés comme à faible risque ; (3) la formulation d’une recommandation préopératoire systématique de la pharmacie au chirurgien sur l’antibioprophylaxie à employer pour chaque patient préalablement étiqueté NAP. 
La stratification du risque allergique distinguait trois catégories : risque faible (en résumé : réaction ancienne, inconnue ou bénigne), risque élevé (anaphylaxie, angio-œdème, symptômes respiratoires ou cardiovasculaires), et réaction sévère non IgE-médiée (atteinte d'organe, anémie ou cytopénie hémolytique immuno-induite, syndrome de Lyell ou Stevens Johnson, rash pustuleux généralisé, maladie sérique avec éruption fièvre, myalgies, et arthralgies). Pour les patients à faible risque, le pharmacien recommandait la céfuroxime comme prophylaxie de première intention. Pour les patients à risque élevé, ou avec un antécédent de réaction sévère non IgE médiée, la moxifloxacine intracamérulaire (0,5 mg/0,1 mL) était proposée comme alternative.
Les critères de jugement principaux étaient le taux d'utilisation de chaque modalité prophylactique (céfuroxime intracamérulaire, moxifloxacine intracamérulaire, antibiotique topique seul, absence de prophylaxie) avant et après la mise en place de la reclassification. L'analyse statistique reposait sur un modèle complexe tenant compte des chirurgies itératives chez un même patient, du sexe, de l'âge, de l'origine ethnique, de l'expérience du chirurgien et du nombre de réactions allergiques déclarées.
Les résultats sont saisissants : avant la mise en place des recommandations, le taux d'utilisation du céfuroxime chez les patients « NAP » était de 2 % (IC 95 % : 1-3 %). Après mise en place, ce taux atteignait 71 % (IC 95 % : 62-79 %) selon l'analyse ajustée, soit un odds ratio de 127,7 (IC 95 % : 83,93-194,61 ; p < 0,001). La montée en charge était rapide, avec 13% d’utilisation de la céfuroxime intracamérulaire dès le premier mois, et 68% au deuxième mois. Parallèlement, l'utilisation de la moxifloxacine chutait de 79,7 % à 13,9 %, et celle des antibiotiques topiques seuls de 14,1 % à 4,8 %. Aucun cas de réaction allergique n’a été rapporté via le mécanisme de déclaration volontaire mis en place. En analyse ajustée, le seul facteur associé à une moindre utilisation de la céfuroxime après l'intervention était la présence d'une NAP à haut risque avant la révision par le pharmacien (OR ajusté : 0,37 ; IC 95 % : 0,27-0,52 ; p < 0,001).
Cette étude, la première sur le sujet, présente plusieurs forces notables : la taille de la cohorte, la durée de suivi, et la robustesse de l'analyse statistique. Les résultats restent toutefois limités par son caractère rétrospectif. On peut également regretter que l'étude n'ait évalué le taux de réaction allergique survenant après l'injection que par l’intermédiaire de déclaration volontaire, et l’absence de donnée sur le taux d’endophtalmie avant et après intervention (toutefois, étant donné les valeurs de ce dernier, le nombre de patients à inclure pour montrer une différence aurait été astronomique…). 
Au total, ces résultats démontrent qu'une reclassification des NAP permet une modification rapide et massive des pratiques, en améliorant significativement la prophylaxie antibiotique sans signal de tolérance défavorable.
Ces résultats pourraient profondément changer nos pratiques en favorisant une utilisation plus large de la céfuroxime intracamérulaire, trop souvent bridée par des contre-indications infondées. Dans la mesure où l’intervention d’une équipe extra-ophtalmologique (comme c’est le cas dans cette étude) capable de déterminer le niveau de risque d’une allergie, et pour cela d’accéder à un dossier médical complet, ne semble pas réaliste dans le contexte de notre pratique, l’édition de recommandations officielles dans ce domaine pourrait probablement aider à convaincre le plus grand nombre de chirurgiens. 
1) Barry P, Seal DV, Gettinby G, Lees F, Peterson M, Revie CW; ESCRS Endophthalmitis Study Group. ESCRS study of prophylaxis of postoperative endophthalmitis after cataract surgery: Preliminary report of principal results from a European multicenter study. J Cataract Refract Surg. 2006 Mar;32(3):407-10. 
2) https://www.sfo-online.fr/sites/www.sfo-online.fr/files/medias/documents/Antibioprophylaxie%20SFAR%20Ophtalmologie%202023.pdf

Reddy K, Workman P, Eschenauer G, Bixler J, Mian SI. Intracameral cefuroxime use in cataract surgery after penicillin allergy reclassification. JAMA Ophthalmol. 2026 Mar 5:e260040.

Reviewer : Antoine ROUSSEAU, thématique : cataracte, infection


Un panorama des « masquerade syndromes » : sont-ils toujours aussi piégeurs en 2026 ?

A l’occasion d’un numéro spécial de Ocular Immunology and Inflammation consacré aux « masquerade syndromes », ou « pseudo-uvéites », un éditorial propose un panorama de ces entités caractérisées par une présentation clinique évoquant une uvéite inflammatoire ou infectieuse, mais qui sont en réalité des processus cancéreux, dégénératifs ou iatrogènes. 
Une série hollandaise a retrouvé, parmi 1906 cas adultes d’uvéite, 6% de causes non inflammatoire/infectieuses, dont la majorité étaient des lymphomes vitréo-rétiniens.1 Une autre cause néoplasique est représentée par les métastases choroïdiennes, surtout lorsque leur présentation est infiltrative, ou associée à un important décollement de rétine exsudatif. Dans la population pédiatrique, ces formes trompeuses d’origine cancéreuses sont représentées majoritairement par les leucémies, les lymphomes, mais aussi par les rétinoblastomes et encore plus rarement les médulloépithéliomes. Les auteurs soulignent l’importance cruciale du diagnostic précoce dans ces pathologies, dont dépend le pronostic vital.2
Concernant les causes non néoplasiques, les auteurs passent en revue des diagnostics qui peuvent évoquer au cours de leur évolution une uvéite, qu’elle soit antérieure (syndrome TASS, dépigmentation irienne bilatérale aiguë) ou postérieure (rétinite pigmentaire, endophtalmie chronique, décollements de rétine syndromiques, corps étrangers intraoculaires, effusion uvéale, choriorétinopathie séreuse centrale chronique, etc).
Les causes iatrogènes sont également nombreuses, et incluent les inhibiteurs de checkpoint immunitaires (comme le pembrolizumab) les anticorps drogue-conjugués (ADC) (comme le mirvetuximab), les thérapies ciblées telles que BRAF inhibiteurs (tel que le dabrafenib), MEK inhibiteurs (comme le trametinib), ou les anti-EGFR (comme l’erlotinib).4 Ces traitements ont révolutionné la prise en charge de nombreux cancers, mais leurs effets indésirables oculaires peuvent s’apparenter à de véritables tableaux inflammatoires qui touchent le segment antérieur et notamment la cornée (dans le cas des ADC), ou le segment postérieur, comme certains pseudo-Vogt-Koyanagi-Harada secondaires aux immunothérapies. Ils nécessitent une prise en charge spécifique au même titre qu’une véritable uvéite ou kératite, qui peut aller jusqu’à nécessiter une modification de dose ou un arrêt du traitement.
Enfin, une dernière famille de « masquerades syndromes » comprend les syndromes paranéoplasiques oculaires, tels que le CAR (cancer-associated retinopathy), le MAR (melanoma-associated retinopathy), le BDUMP (bilateral diffuse uveal melanocytic proliferation) et une entité plus récemment décrite, la maculopathie vitelliforme paranéoplasique exsudative polymorphe aiguë (AEPPVM). Les auteurs insistent sur le rôle de l’électrorétinographie, de la campimétrie et de l’imagerie multimodale pour distinguer ces entités de diagnostics purement uvéitiques.
Dans leur conclusion, les auteurs insistent sur trois messages essentiels pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de ces pseudo-uvéites : savoir collaborer avec d’autres spécialités ; savoir réévaluer une hypothèse diagnostique et mener des explorations alternatives lorsqu’une évolution clinique diverge des prédictions ; et enfin avoir un usage raisonné des traitements anti inflammatoires modernes et notamment des biothérapies, pour ne pas traiter par excès comme une uvéite un cas de « masquerade syndrome ».

1.    Rothova A, Groen F, et al. Causes and clinical manifestations of masquerade syndromes in intraocular inflammatory diseases. Retina. 2021;41(11):2318–2324 
2.    Asghar E, Puthussery JC, Boer J, Utz VM. Paediatric neoplastic uveitis masquerade syndromes. Ocul Immunol Inflamm. 2025;34 (2):229–241. 
3.    Kalogeropoulos D, Moussa K, Copado IA, et al. Non-neoplastic disorders mimicking posterior segment inflammation. Ocul Immunol Inflamm. 2025 
4.    Warszawski N, Feng M, Bhuyan A, Fonollosa A, Sobrin L, Berkenstock MK. Immunotherapy and direct acting anti-cancer agent associated-uveitis. Ocul Immunol Inflamm. 
Derrick P. Smit, Jennifer E. Thorne & Ilknur Tugal-Tutkun. Uveitis as a Disguise – Masquerade Syndromes in the Modern Era. Ocul Imm Inflamm. 2026 March

Reviewer : Alexandre Matet, thématique : uvéite, oncologie, rétine



Mode de vie et nutrition : quel impact sur la progression de la DMLA parmi des sujets à haut risque génétique ?

Le duo Seddon/Rosner (Université du Massachusets et Harvard) a démontré l’influence de la nutrition, du mode de vie, et des facteurs génétique sur le risque de DMLA depuis les années 1990-2000.1 Ils analysent ici l’influence des facteurs modifiables (mode de vie, tabagisme et alimentation) sur la progression vers une DMLA avancée chez des patients présentant un risque génétique élevé, à partir des données de la cohorte AREDS.
Il s’agit d’une étude prospective incluant 898 yeux de 573 patients à haut risque génétique, présentant une DMLA à un stade initialement précoce ou intermédiaire, et suivis pendant 5 ans. Ces patients étaient âgés de 55 à 80 ans et avaient une acuité visuelle corrigée > 20/32 à au moins un œil. Le risque génétique avancé était défini par le tertile supérieur d’un score composite basé sur 9 variants, principalement sur les gènes CFH et C3 du complément, mais aussi impliqués dans les voies cellulaires de l’inflammation, la réparation de l’ADN, l’angiogenèse, le métabolisme lipidique et la matrice extracellulaire. Parmi ces 898 yeux, 23% ont progressé vers une forme avancée de DMLA, soit un risque nettement supérieur aux groupes à risque génétique plus faible.
Les facteurs étudiés liés au mode de vie incluaient : tabagisme, indice de masse corporelle, apport calorique quotidien, consommation de légumes verts riches en lutéine-zéaxanthine et de poissons riches en oméga-3. Un profil de mode de vie défavorable était associé de façon indépendante à une augmentation majeure du risque de progression, variant d’un facteur 3 chez les non-fumeurs à 5 chez les fumeurs actifs ou ex-fumeurs.  Cette influence était particulièrement forte pour la progression vers l’atrophie géographique (risque x8 à x12), tandis qu’il était plus modéré (mais significatif) pour la forme néovasculaire.
L’analyse de la contribution pondérée de chaque facteur suggère que 50 à 60 % des cas de DMLA avancée pourraient être évités par l’adoption d’un mode de vie sain, même chez les sujets à « haut risque » génétique. Ce risque augmentait de façon graduelle avec le nombre de facteurs défavorables, témoignant d’un effet dose. 
De façon originale pour un article d’épidémiologie, les auteurs illustrent ces résultats par plusieurs exemples cliniques, montrant qu’une modification des habitudes (arrêt du tabac, amélioration de l’alimentation, perte de poids, etc) peut réduire le risque individuel de progression d’un facteur 3 à 4. Sur le plan physiopathologique, ces effets bénéfiques peuvent s’expliquer au niveau du micro-environnement de l’épithélium pigmentaire rétinien par une diminution du stress oxydatif, de l’inflammation et de l’activation du complément, ainsi que par des interactions gène-environnement, voire des mécanismes épigénétiques.
En pratique, cette étude renforce donc le rôle majeur du conseil hygiéno-diététique personnalisé dans la prise en charge de la DMLA.  Elle confirme le bénéfice majeur d’un arrêt du tabac, du contrôle pondéral, de la limitation des apports caloriques et d’une alimentation riche en légumes verts et poisson, en présence d’un risque génétique élevé.
Dans leur conclusion, les auteurs soulignent que le risque génétique de DMLA n’est donc pas déterministe : les facteurs comportementaux modulent significativement son expression, y compris chez les sujets à très haut risque.

1.    Seddon JM, Ajani UA, Sperduto RD, et al. Dietary caroten- oids, vitamins A, C, and E, and advanced age-related macular degeneration. Eye Disease Case-Control Study Group. JAMA. 1994;272(18):1413—1420 
2.    Seddon JM, George S, Rosner B, Klein ML. CFH gene variant, Y402H, and smoking, body mass index, environ- mental associations with advanced age-related macular degeneration. Hum Hered. 2006;61(3):157—165. 
Johanna M. Seddon, Dikha De, Bernard Rosner. Quantifying Effects of Diet and Lifestyle Changes on Progression to Advanced Age Related Macular Degeneration in High Genetic Risk Individuals. Ophthalmology. 2026 March

Reviewer : Alexandre Matet, thématique : rétine, épidémiologie, nutrition.