Revue de presse Octobre 2025

Auteurs : Paul Bastelica, Alexandre Matet, Antoine Rousseau.
Coordination : Marc Labetoulle

Revues sélectionnées :     
Ophthalmology, JAMA Ophthalmology, IOVS, Progress in Retinal and Eye Research, Current Opinion in Ophthalmology, Survey of Ophthalmology, Journal of Cataract and Refractive Surgery, American Journal of Ophthalmology, British Journal of Ophthalmology, Retina, Cornea, Nature, Lancet, NEJM, Science.



Injection de cellules souches endothéliales cornéennes : 10 ans de recul et des résultats prometteurs. 

La pénurie chronique de greffons de cornée et les limites des techniques chirurgicales classiques pour le traitement de la dysfonction endothéliale cornéenne, telles que la DSAEK ou la DMEK, motivent la recherche de solutions alternatives plus durables et accessibles. Dans ce contexte, l’équipe japonaise de Kinoshita et al. avait publié en 2018,1 les résultats prometteurs d’une approche chirurgicale innovante : l’injection intracamérulaire de cellules endothéliales cornéennes (CEC) humaines hétérologues cultivées suspendues dans une solution contenant un inhibiteur de Rho kinase.1 Le principe est de cultiver in vitro des CEC saines à partir de la cornée d’un donneur jeune (ici âgés de 7 à 29 ans), puis de les suspendre dans une solution contenant un inhibiteur de Rho kinase, visant à favoriser la survie et l’adhésion des cellules endothéliales greffées au tissu receveur. Dans le prolongement de ce premier travail, le prestigieux journal Ophthalmology a publié ce mois-ci les résultats à 10 ans de cette technique chirurgicale pour le traitement de la dysfonction endothéliale cornéenne. 

Cette étude prospective non comparative a inclus 65 patients atteints de dysfonction endothéliale chronique (dystrophie endothéliale de Fuchs et décompensation endothéliale post phacoémulsification uniquement), définie comme une densité endothéliale inférieure à 500 cellules/mm², associée à une épaisseur cornéenne centrale (ECC) supérieure à 630 µm, à un œdème de l’épithélium cornéen, et à une meilleure acuité visuelle corrigée (MAVC) inférieure à 5/10. Ces patients ont tous reçu une injection intracamérulaire (aiguille 26 Gauges) de 300 µl de CEC (0,2 à 1 million par injection) suspendues dans une solution contenant un inhibiteur de Rho kinase (Y- 27632), avec maintien en position ventrale pendant trois heures en post-opératoire. Le critère de jugement principal était la restauration et la persistance de la transparence cornéenne en lampe à fente ; les critères de jugement secondaires incluaient le maintien d’une densité cellulaire endothéliale > 1000 cellules/mm², d’une ECC < 630 µm, l’amélioration de l’acuité visuelle ≥ 2 lignes de l’acuité visuelle, et la survenue de complications postopératoires. La transparence cornéenne était maintenue dans 98,5 % des yeux à 24 semaines, 93 % à 5 ans et 83,7 % à 10 ans. La densité cellulaire endothéliale était supérieure à 1000 cellules/mm² chez 93,8 % des patients à 24 semaines contre 79,6 % à 5 ans (données non disponibles à 10 ans). Par ailleurs, l’ECC était < 630 µm chez 98,5 % des patients à 24 semaines, contre respectivement 98,5 % et 83,7 % à 5 ans et 10 ans après la chirurgie. La MAVC avait augmenté d’au moins 2 lignes chez 92,3 % des patients inclus à 24 semaines après la chirurgie, contre 85,7 % à 5 ans après la chirurgie (données non disponibles à 10 ans). De façon plus pragmatique, la MAVC moyenne est passée approximativement de 1/10 à 5/10 à 5 ans de l’intervention. Aucune complication sévère (infection, rejet, hypertonie oculaire, uvéite notamment) n’a été rapportée au cours des 10 années de suivi. 

Cette étude de Kinoshita et al. confirme que la transplantation de CEC hétérogues cultivées offre une restauration durable de la transparence cornéenne et de la vision (mais incomplète), sans rejet ni complications majeures. Elle ouvre une voie thérapeutique originale, susceptible de réduire la dépendance aux greffons de cornées et d’exploiter plus fortement le potentiel des cellules endothéliales des donneurs jeunes. Cependant, plusieurs limites doivent tempérer notre enthousiasme : l’absence de groupe contrôle (avec une DMEK conventionnelle par exemple), de nombreux perdus de vue (57 à 10 ans), l’absence de données à 10 ans sur tous les critères étudiés (dont l’acuité visuelle et la densité cellulaire) et la grande variabilité des quantités de cellules injectées d’un patient à l’autre. Des études prospectives randomisées comparant ces nouvelles procédures à des techniques chirurgicales de référence comme la DMEK permettront une évaluation plus précise, et espérons-le, leur introduction dans l’arsenal thérapeutique courant des chirurgiens de la cornée.

 

1) Kinoshita S, Koizumi N, Ueno M, et al. Injection of cultured cells with a ROCK inhibitor for bullous keratopathy. N Engl J Med. 2018;378:995e1003.

Kinoshita S, Ueno M, Toda M, Imai K, Tomioka Y, Numa K, Tanaka H, Inatomi T, Kameda T, Tsujikawa A, Hagiya M, Bush J, Sakabayashi S, Teramukai S, Hamuro J, Sotozono C. Long-term Corneal Rejuvenation after Transplantation of Cultured Human Corneal Endothelial Cells. Ophthalmology. 2025 Oct;132(10):1105-1113.

Reviewer : Paul Bastelica, thématique : cornée. 



Résultats à un an du SLT non-contact : 

La trabéculoplastie sélective au laser (SLT) est devenue une des options de premières lignes du traitement de l’hypertonie et du glaucome à angle ouvert. Elle constitue une alternative aux traitements médicamenteux dont l’observance et la tolérance constituent des limites potentielles. Etant donné l’énorme volume de malades à traiter, et son augmentation avec le vieillissement, la simplification et la standardisation de la technique du SLT sont souhaitables pour améliorer son accessibilité dans le plus grand nombre de structures. La technique de SLT directe (DSLT) apporte une réponse à ces défis.  La DSLT est réalisée sans lentille de gonioscopie ni contact cornéen, et délivre automatiquement jusqu’à 120 impacts sur la totalité de la circonférence du trabéculum via le limbe. Cette automatisation permet une exécution rapide (quelques secondes), par un plus large éventail de praticiens car elle ne nécessite aucune expérience en gonioscopie. 
L’équipe de Gus Gazzard (Moorfields Eye Hospital, Londres), à la pointe des développements du SLT (il est notamment l’investigateur principal de l’étude LIGHT) a conduit l’étude multicentrique randomisée GLAUrious, visant à comparer la DSLT à la SLT conventionnelle.
L’essai, conduit dans 14 centres (Israël, Italie, Géorgie, Royaume-Uni), a inclus 192 patients atteints de GPAO ou d’hypertonie oculaire avec angle ouvert, âgés d’au moins 40 ans et traités par 0 à 3 collyres hypotonisants. Les participants ont été randomisés à effectifs égaux entre DSLT et SLT, après une phase de washout du traitement antiglaucomateux. L’objectif principal était de démontrer la non-infériorité de la DSLT sur la baisse de PIO à 6 mois, avec un suivi prolongé à 12 mois. Dans le cas présent, la marge de non-infériorité était fixée à -1,95 mmHg : autrement dit, pour être non-inférieure la réduction de PIO permise par la DSLT ne devait pas été inférieure à celle de la SLT de plus de 1,95 mmHg.
À 6 mois, la réduction moyenne de PIO après washout était de 5,5 mmHg (-20,6%) pour la DSLT contre 6,2 mmHg (-23,6%) pour la SLT, soit une différence de -0,7 mmHg mais non significative (IC95 % : -2,2 à +0,8 mmHg). La marge inférieure de l’intervalle de confiance étant de -2,2mmHg, la non-infériorité n’a donc pas été statistiquement confirmée, même si la baisse pressionnelle était cliniquement significative dans les 2 groupes. À 12 mois, la réduction moyenne sans washout atteignait 3,2 mmHg dans les deux groupes, confirmant une efficacité équivalente et durable.
Les taux de succès (réduction ≥20% de la PIO non médicamenteuse) étaient similaires entre les deux bras : 56 % pour la DSLT contre 63 % pour la SLT à 6 mois. L’utilisation des collyres hypotonisants diminuait également de manière équivalente, environ -0,7 à -0,8 médicament en moyenne.
Sur le plan de la tolérance, la DSLT a présenté un profil de sécurité globalement similaire, à l’exception d’hémorragies sous-conjonctivales punctiformes, bénignes et transitoires. Aucun effet indésirable grave imputable au laser n’a été observé.
L’absence de démonstration statistique de non-infériorité pourrait s’expliquer par une variabilité de PIO plus élevée que prévue (écart-type de 4,8 mmHg dans le groupe DSLT contre 3,5 anticipés), réduisant la puissance de l’étude, et potentiellement liée à la moindre adaptation du geste aux variations anatomiques des patient. Néanmoins, la constance des résultats à 12 mois, la simplicité du geste et son caractère non invasif sont en faveur de cette nouvelle technologie. 
La DSLT pourrait permette de mieux répondre à la croissance mondiale en besoin de traitements efficaces, rapides et accessibles contre le glaucome, notamment dans les régions à ressources limitées ou confrontées à une pénurie de spécialistes.
Pour conclure, bien que la DSLT n’ait pas démontré sa non-infériorité statistique par rapport à la SLT, elle s’est montrée sûre, efficace (au moins partiellement) et durable sur au moins 12 mois. Son caractère automatisé et non contact en fait une option prometteuse. 


Gazzard G, Congdon N, Azuara-Blanco A, Blumenthal EZ, Gomelauri K, Zaliniyan M, Traverso CE, Bracha Z, Dvalishvili A, Solberg Y, Belkin M, Samuelson TW; GLAUrious Study Group. Randomized noninferiority trial of direct selective laser trabeculoplasty in open-angle glaucoma and ocular hypertension: glaurious study. ophthalmology. 2025 oct;132(10):1091-1104. 

Reviewer : Antoine Rousseau, thématique : glaucome. 



Pression intraoculaire durant l’exercice physique : les résultats d’un dispositif implanté. 

L’influence de l’activité physique sur la pression intraoculaire (PIO) a fait l’objet de nombreuses études, mais jusqu’à présent, les variations de PIO n’avaient jamais pu être mesurées en continu pendant l’effort. En raison des limites des tonomètres classiques, les mesures étaient effectuées avant ou après l’exercice, sans capturer les fluctuations dynamiques pendant l’activité elle-même. Lars Choritz et son équipe (Université Otto-von-Guericke, Magdebourg) ont utilisé pour la première fois un capteur intraoculaire télémétrique, le dispositif eyemate-IO, permettant d’enregistrer la PIO en temps réel, sans contact et sans interférence cornéenne.
Ce capteur innovant, développé par Implandata (Hannovre, Allemagne), se présente sous la forme d’un dispositif circulaire biocompatible, logé dans le sulcus ciliaire lors d’une chirurgie de la cataracte.1 Il contient une micro-antenne permettant une alimentation par champ électromagnétique externe et un circuit microélectromécanique qui convertit la pression intraoculaire en signal radio transmis à un récepteur portable. Cette conception autorise des mesures quasi continues (jusqu’à 10 lectures par seconde), indépendantes des propriétés cornéennes ou de la position du patient, et élimine les biais opérateur-dépendants inhérents à la tonométrie conventionnelle. Les études ARGOS ont déjà évalué les performances et la sécurité de ce dispositif chez des patients GCAO volontaires. L’implant peut être responsable de réactions inflammatoires parfois prolongées et de dispersion pigmentaire à bas bruit, d’hypotonies postopératoires - rares et le plus souvent transitoires - et de dysfonctionnement par perte de calibration ou anomalies de transmission des informations. 
Dix patients âgés de 67 à 79 ans, atteints d’un GCAO et déjà implantés du dispositif (dans le cadre des études ARGOS), ont été inclus. Chacun a réalisé un test d’effort sur bicyclette ergométrique de dix minutes, avec une augmentation progressive de la puissance de 0 à 75 W par paliers de deux minutes, suivie de deux minutes de récupération. La PIO, la fréquence cardiaque et la pression artérielle ont été enregistrées simultanément et de manière continue.
Les résultats montrent une augmentation moyenne de la PIO de 15,4 ± 1,3 mmHg au repos à 18,0 ± 1,3 mmHg à 75 W, suivie d’une diminution à 14,4 ± 1,0 mmHg après l’effort. La PIO, la fréquence cardiaque et la pression systolique présentaient une corrélation linéaire étroite pendant l’exercice (R² = 0,986 et 0,997 respectivement), suggérant une régulation commune, probablement sous contrôle du système nerveux sympathique. Cette relation disparaissait dès la fin de l’effort, la PIO revenant plus rapidement à son niveau de base que la pression artérielle ou la fréquence cardiaque.
L’étude confirme ainsi que la PIO s’élève de manière transitoire pendant l’effort aérobie, puis tend à s’abaisser en dessous de la valeur initiale dans les minutes qui suivent, sans atteindre la significativité statistique ici en raison d’une durée d’observation post-exercice trop courte (deux minutes). Les auteurs suggèrent qu’une observation prolongée de cinq à dix minutes aurait probablement permis de confirmer cet abaissement retardé.
Ces variations parallèles de la PIO et de la pression artérielle pourraient s’expliquer par l’activation sympathique induite par l’effort, plutôt que par une relation causale directe. La hausse concomitante de la pression de perfusion oculaire pendant l’exercice pourrait compenser temporairement l’élévation de PIO, tandis qu’une autorégulation altérée des vaisseaux rétiniens pourrait, dans certains cas, rendre cet équilibre plus fragile.
Cette étude pionnière illustre la valeur du suivi télémétrique de la PIO pour comprendre les interactions entre PIO, activité cardiovasculaire et exercice physique. Malgré la taille réduite de l’échantillon et l’absence de groupe témoin sain, ces résultats ouvrent la voie à une meilleure compréhension des fluctuations tensionnelles en conditions réelles.
En conclusion, l’exercice physique induit une élévation transitoire de la PIO corrélée à l’intensité de l’effort, suivie probablement d’une baisse modérée après l’exercice. L’utilisation du capteur eyemate-IO offre une approche inédite et prometteuse pour étudier la physiologie oculaire dynamique chez les patients glaucomateux. Toutefois, les résultats de cette étude, limités par le nombre des sujets et l’absence d’évaluation des conséquences structurelles ou fonctionnelles des variations de PIO mesurées, ne permettent pas encore d’établir des recommandations concernant la pratique de l’exercice physique chez le glaucomateux. Dans tous les cas, les risques inhérents à l’implantation de ce dispositif, a fortiori chez le patient glaucomateux, ne permettent pas d’envisager le déploiement de ce dispositif à grande échelle. 

1) https://infocenter.my-eyemate.com/pdf/IFU_eyemate-IO_Implant_EN_08.2021.pdf
2) Koutsonas A, Walter P, Roessler G, Plange N. Implantation of a novel telemetric intraocular pressure sensor in patients with glaucoma (ARGOS study): 1-year results. Invest Ophthalmol Vis Sci. 2015 Jan 22;56(2):1063-9. 
3) Choritz L, Mansouri K, van den Bosch J, Weigel M, Dick HB, Wagner M, Thieme H; ARGOS study group. Telemetric measurement of intraocular pressure via an implantable pressure sensor-12-month results from the ARGOS-02 Trial. Am J Ophthalmol. 2020 Jan;209:187-196. 

Pennisi V, van den Bosch JJON, Neustaeter A, Ehmer A, Thieme H, Hoffmann MB, Choritz L. Assessment of the effect of physical activity on intraocular pressure using a novel implanted telemetric pressure sensor. br j ophthalmol. 2025 sep 23;109(10):1138-1143.

Reviewer : Antoine Rousseau, thématique : glaucome. 


Implant sous-rétinien photovoltaïque PRIMA pour la DMLA atrophique : résultats d’une étude de phase 3 

L’implant sous-rétinien PRIMA a été développé afin de compenser une incapacité des photorécepteurs à convertir le signal lumineux en stimulus nerveux,1 comme cela survient dans de multiples pathologies qui affectent la macula, des dystrophies rétiniennes héréditaires à la DMLA atrophique avancée.
Contrairement aux implants de première génération comme Argus II2, dont l’implantation était épirétinienne, cet implant est inséré dans l’espace sous-rétinien. La chirurgie d’implantation consiste en une vitrectomie 3 voies, avec création d’un décollement maculaire dans lequel est injecté cet implant pliable. Cet implant est une micro-puce ultrafine (2 mm x 2 mm, 30 microns d'épaisseur) contenant 378 électrodes. Il. fonctionne sans fil grâce à sa technologie photovoltaïque, convertissant le signal lumineux en courant électrique. L’image est captée par une caméra montée sur des lunettes puis projetée sur l’implant via un faisceau infrarouge. Cela évite également la pose d’un boîtier épiscléral connecté à l’implant via un câble nécessitant une sclérotomie permanente, comme c’était le cas pour les implants Argus II. Enfin, contrairement à ces derniers, qui stimulaient les cellules ganglionnaires depuis la face interne de la rétine, les implants PRIMA stimulent les cellules bipolaires et respectent donc le circuit physiologique du signal visuel. L’utilisateur peut modifier le grossissement, la luminosité et le contraste du signal via une télécommande, elle aussi sans fil.

Dans cette étude multicentrique de phase 3, publiée dans le New England Journal of Medicine, 17 centre répartis dans 5 pays européens ont permis de recruter 38 patients présentant une DMLA atrophique bilatérale, avec une atrophie géographique atteignant la fovéa, d’au moins 2,4 mm de diamètre (la taille de l’implant) et une vision initiale supérieure à 1.2 LogMAR (~0,6/10 en équivalent Snellen). Les deux critères de jugement étaient une amélioration visuelle cliniquement significative de 10 lettres ETDRS par rapport à l’acuité initiale, et le nombre d’événements indésirables. 32 patients ont été évalués à 12 mois, car 3 sont décédés, 1 a retiré son consentement et 2 n’étaient pas disponibles pour réaliser les tests. A 12 mois, 26 patients sur les 32 évalués (81%) présentaient une amélioration d’au moins 10 lettres (P<0,001). Leur amélioration moyenne était de 24,5 lettres, avec une amélioration maximale de 59 lettres chez le meilleur patient. 27 patients (84%) pouvaient lire des lettres, chiffres et mots au quotidien, et 22 (69%) ont indiqué une satisfaction moyenne ou haute avec l’implant. Néanmoins, l’analyse d’un questionnaire de qualité visuelle n’a pas identifié de modification significative des comportements de la vie quotidienne liée à l’implant.
Concernant les effets indésirables, 5 patients ont présenté des déchirures rétiniennes détectées et traitées par laser durant la chirurgie d’implantation, et n’ayant pas entraîné de décollement de rétine ; 3 patients ont présenté une hémorragie sous-maculaire pendant l’intervention, résolue après augmentation de la pression d’infusion ; 3 patients ont présenté un trou maculaire, dont 2 ont nécessité un repositionnement chirurgical de l’implant hors de la zone du trou pour optimiser son fonctionnement. Un patient a présenté un décollement de rétine compliqué de PVR, traité par vitrectomie et tamponnement par huile de silicone. Parmi les 14 patients ayant présenté un effet indésirable sérieux, l’amélioration de 10 lettres ETDRS était tout de même observée chez 11 patients (79%), un taux similaire à celui des patients sans effets secondaires sérieux.
Parmi les complications, on peut souligner l’aggravation de l’atrophie, qui a progressé en moyenne de +8,5 mm2 dans les yeux implantés, contre +2,5 mm2 dans les yeux controlatéraux, probablement en raison du décollement maculaire nécessaire à l’implantation, comme le soulignent les auteurs. On pourrait aussi regretter l’absence d’évaluation plus détaillée des activités visuelles permises par cet implant : au-delà de la lecture de lettres ou de mots, qu’en est-il de la capacité de lecture de phrases en termes de fluidité et de vitesse, ou d’écriture ? Gageons que ce travail ambitieux sera suivi d’autres articles explorant ces aspects.

Ce travail pionnier repose sur des années de développements technologiques, à la frontière entre l’optique, la physique et la biologie neurosensorielle, d’expérimentations précliniques, chirurgicales et sur l’optimisation de techniques d’examen visuel adaptées à cet implant. Il confirme la faisabilité d’une implantation sous-rétinienne photovoltaïque et d’une rééducation du système visuel en cas de pathologie de la rétine externe. Cette approche porteuse d’espoir devra être élargie à de nombreux autres causes rétiniennes de perte visuelle.

1.    Palanker D, Le Mer Y, Mohand-Said S, Muqit M, Sahel JA. Photovoltaic restoration of central vision in atrophic age-related macular degeneration. Ophthalmology 2020;127:1097-104.
2.    da Cruz L, Dorn JD, Humayun MS, et al. Five-year safety and performance results from the Argus II Retinal Prosthesis System clinical trial. Ophthalmology 2016; 123:2248-54.

Holz FG, Le Mer Y, Muqit MMK, Hattenbach LO, Cusumano A, Grisanti S, Kodjikian L, Pileri MA, Matonti F, Souied E, Stanzel BV, Szurman P, Weber M, Bartz-Schmidt KU, Eter N, Delyfer MN, Girmens JF, van Overdam KA, Wolf A, Hornig R, Corazzol M, Brodie F, Olmos de Koo L, Palanker D, Sahel JA. Subretinal Photovoltaic Implant to Restore Vision in Geographic Atrophy Due to AMD. New England Journal of Medicine, October 2025

Reviewer : Alexandre Matet, thématique : rétine.



L’atropine au long cours pour freiner la myopie entraine-t-elle des complications ? Résultats d’une étude populationnelle à Taïwan.
 
L’intérêt de l’atropine faiblement dosée au long cours pour prévenir la progression myopique est désormais établi, notamment grâce à plusieurs études randomisées, dont récemment LAMP1 et MOSAIC.2 A court terme, les effets indésirables principaux de l’atropine sont une photophobie et une vision floue, transitoires et liés à la mydriase. Les données sur une éventuelle toxicité au long cours sont encore contradictoires.En raison de la dilatation chronique induite, une élévation de la pression intraoculaire augmentant le risque de glaucome chronique à angle ouvert peut être redoutée, sur des yeux myopes déjà susceptibles de développer un glaucome. De même, cette mydriase augmente l’exposition aux rayonnements UV sur le cristallin et la rétine, exacerbant en théorie le risque de cataracte myopique (principalement sous-capsulaire) et de maculopathie myopique.
Cette étude rétrospective populationnelle, basée sur des données du système national de santé taïwanais, avait pour but d’évaluer l’incidence de cataractes, glaucomes primitifs à angle ouvert, et maculopathies, parmi des enfants âgés de 8 à 15 ans. Les auteurs ont inclus 606 923 enfants ayant un diagnostic de myopie (âge moyen 10,4 ans ; 52% de filles, 48% de garçons), et les ont appariés à un groupe contrôle, constitué d’enfants non myopes extraits de cette même base nationale. Les données des années 2000 à 2021 ont été exploitées. Parmi les enfants myopes, 406 383 ont reçu de l’atropine en collyre (67%) au long cours, pour une durée médiane de 358 jours. 30% des enfants ont reçu l’atropine pendant au moins 2 ans. Le suivi moyen total était de 13,1 ans. Une extrapolation à partir des intervalles de suivi a permis d’établir la durée cumulée d’usage de l’atropine pour chaque enfant, une potentielle faiblesse de l’étude car cette donnée n’était pas directement disponible. 
L’incidence globale des 3 complications étudiées était logiquement plus élevée dans le groupe myope (1,54 événements/personne/an) que dans le groupe contrôle (0,96 événements/personne/an ; HR=1,49 [95%CI=1,36-1,64]). En revanche, cette incidence était la même dans les 2 groupes myopes, avec et sans atropine (HR=1,05 [95%CI=0,93-1,18]). Un risque accru de complications était néanmoins observé après une durée cumulée de prescription d’atropine supérieure à 3 ans pour la cataracte et le glaucome, et 5 ans pour la maculopathie (HR=1,51 [95%CI=1,17-1,94]). Toutefois, cette tendance n’était pas confirmée en analysant uniquement les enfants atteints de myopie forte (HR=1,10 [95%CI=0,56-2,19]). Aucun risque accru n’a été non plus mis en évidence chez les enfants ayant reçu le quartile le plus élevé de dose cumulative d’atropine (HR=1,05 [95%IC=0,89-1,25]). Ces résultats restaient identiques lorsque chaque complication était analysée séparément.
Un commentaire associé à l’article3 souligne que ces résultats sont contradictoires avec plusieurs études ayant identifié de possibles effets secondaires accrus 10 ou 20 ans après prescription d’atropine au long cours, comme l’étude « Atropine Treatment Long-Term Assessment Study ».4 Une récente méta-analyse Cochrane synthétisant 16 études randomisées5 a également décrit des effets indésirables dose-dépendants après usage d’atropine mais il s’agit surtout d’effets à court terme type photophobie et vision floue.
Si les résultats de l’étude de Liu et al sont rassurants, ils sont potentiellement biaisés, notamment en raison de la méthodologie basée sur des données de codage diagnostic à très large échelle, nécessairement imparfaites et incomplètes. Bien que le système national de santé taïwanais couvre >99% de la population, selon les auteurs, l’effet de données manquantes et les variations de qualité des données sont autant de sources de biais. Des études ou méta-analyses complémentaires restent donc nécessaires pour affiner le risque de complications à long terme. On peut également souhaiter que l’influence de l’atropine sur d’autres complications de la myopie soit explorée, comme les déhiscences périphériques et le décollement de rétine, ainsi que la néovascularisation myopique. Les traitements freinateurs (pharmacologiques comme l’atropine, mais aussi optiques comme les verres défocalisés, ou structurels comme l’orthokératologie) permettent de limiter la myopie réfractive. Mais il n’est pas encore établi qu’ils permettent de réduire le développement de la myopie pathologique et de ses complications liées à l’architecture anormale de l’œil myope, et il est important de s’assurer qu’ils ne les aggravent pas.
1.    Zhang XJ, Zhang Y, Yip BHK,et al. Five-year clinical trial of the Low-Concentration Atropine for Myopia Progression (LAMP) study: phase 4 report. Ophthalmology. 2024
2.    LoughmanJ,LinghamG,NkansahEK, Kobia-Acquah E, Flitcroft DI. Efficacy and safety of different atropine regimens for the treatment of myopia in children: three-year results of the MOSAIC randomized clinical trial. JAMA Ophthalmol. 2025
3.    S. Swaroop Vedula. Safety of Long-Term Use of Atropine for Myopia in Children. JAMA Ophthalmol. Oct 2025
4.    Li Y, Yip M, Ning Y, et al.Topical atropine for childhood myopia control: the Atropine Treatment Long-Term Assessment Study. JAMA Ophthalmol. 2024
5.    Lawrenson JG, Huntjens B, Virgili G, et al. Interventions for myopia control in children: a living systematic review and network meta-analysis. Cochrane Database Syst Rev. 2025
Liu YL, Tsai JY, Chiu KY, Tsai IJ, Morgan IG, Tsai TH, Wang IJ. Ocular risks of topical atropine prescriptions among Taiwanese children. JAMA Ophthalmol. Octobrer 2025.
Reviewer : Alexandre Matet, thématique : ophtalmo-pédiatrie, pharmacologie, épidémiologie